RADIOGRAPHIE DU SM : UN NOUVEAU LIVRE D’ENQUÊTE SUR LE SM EN FRANCE

Texte rédigé par Pierre Salo | Interview,Reportage | Dimanche 20 septembre 2009 23:37

Francis Dedobbeleer, notre directeur de la publication, travaille intensivement sur son nouveau livre, qui devrait porter pour titre « RADIOGRAPHIE DU SM« , un recueil d’une trentaine d’interviews de personnes représentatives des pratiques SM en France actuellement.
Le but est de donner la parole, de fouiller les fantasmes et d’expliquer les expériences de personnes, connues ou inconnues, très différentes mais capables de parler de leur sexualité avec personnalité et talent. En quelques jours, le livre est déjà bien avancé avec une quinzaine d’interviews en cours de réalisation. Le livre devrait donc pouvoir paraître comme prévu début 2010 aux éditions Tabou.
Si vous pensez que votre témoignage pourrait se révéler intéressant, si vous avez des choses à dire sur le SM en général et sur votre sexualité en particulier, n’hésitez pas à prendre contact avec Francis Dedobbeleer. Les témoignages de femmes soumises, de travestis soumis et de couples sont plus particulièrement recherchés à ce stade. Pour le contacter cliquez ici : francis@demonia.com

PHILIPPE BOXIS : SHIBARI MADE IN FRANCE

Texte rédigé par Francis Dedobbeleer | Interview | Jeudi 5 mars 2009 11:47

Êtes-vous plutôt shibari ou plutôt bondage ? Ou les deux ?
Plutot shibari évidement, le shibari étant l’art du bondage au Japon je revendique de considérer mon travail comme artistique.

Depuis quand pratiquez-vous le shibari ?
Je pratique le shibari depuis maintenant 6 ans de facon sérieuse,mais en réalité j’ai toujours attacher mes copines, donc depuis très longtemps.(rire)

Qu’est-ce qui va amener à devenir un spécialiste du shibari ?
C’est la passion avant tout ,je ne pensais pas il y a 6 ans en devenir spécialiste, les choses se sont faites naturellement.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans l’art des nœuds ?
La créativité et la complicité avec les modèles.

Comment, avec qui et où avez-vous appris l’art du bondage ?
Bien qu’ayant rencontré Steve Osada lors de mon premier voyage au Japon je n’ai jamais réellement appris,par contre cette rencontre fut déterminante car  c’est en assistant a un show de Steve que le shibari m’est apparut comme une révélation.je fus forcément inspiré par sa maitrise.

Est-ce que cela demande un long apprentissage ?
Je pense que comme toutes activités cela est variable selon les personnes.

Quels sont vos maîtres ou vos références dans le domaine ?
Ma référence est comme je l’ai dit Steve Osada, mais il y a plein de gens que j’apprécie : Patrick Vich, Gilles d’Encordées, Jérome Gouvrion pour les francais Bob et Chantal pour les Hollandais, Mathias Grimm , Patrick Pech, Zamil et Maliz pour les Allemands, Esinem en Angleterre.

Que donneriez-vous comme premiers conseils aux personnes qui  voudraient débuter dans le bondage ?
De beaucoup regarder les autres afin de s’en inspirer mais de garder intact leur propre créativité.

En dehors du bondage quelles sont vos passions ?
Le blues,les voyages,le tennis, la bonne boufffe et les amis.

Comment peut-on assister à vos shows de bondage ?

On peut y assister sur certains salons érotique, comme Lille ,Bruxelles,Mulhouse ou Besançon et le Boundcon de Munich . Mais également dans quelques soirées fétish.

Attachez-vous uniquement des femmes ?
Il m’arrive de le faire sur des hommes mais ce n’est pas ma recherche.

Comment sélectionnez-vous vos modèles ?
Je ne fais pas de séléction , je laisse  les modéles venir d’elles memes.

Vous avez réalisé un DVD avec le photographe Fred Kyrel, pouvez-vous  nous présenter ce DVD ?
C’est un dvd didactique  qui permet à tout le monde d’apprendre les bases et qui permettra à certains d’aller jusqu’aux suspensions , il comprend également des performances ainsi que de nombreux bonus. Fred  s’est occupé du tournage et du montage ainsi que la conception artistique de l’ensemble.

D’après vous, le shibari est-il une pratique érotique à classer parmi  les pratiques SM ?
Non le shibari se suffit à lui même, bien qu’il puisse etre également associé  à des pratiques SM.

www.french-shibari.com

ANDY JULIA EXPOSE À PARIS JUSQU’AU 21 MARS

Texte rédigé par Pierre Salo | Art fétichiste,Interview | Mardi 10 février 2009 16:03

Le Cabinet des Curieux a le plaisir d’ exposer les oeuvres d ‘Andy Julia.
Andy Julia. jeune photographe, a débuté sa carrière en 2004 à l’age de 22 ans par la publication d’un recueil de photos alors qu’il était encore étudiant.
Depuis, il a travaillé pour Madame Figaro, réalisé les visuels de présentation de pièces de haute  joaillerie (Boucheron, Cartier, Chanel Choppard, Mauboussin, Piaget) pour le magazine SO, les  visuels et affiches du  Salon International de la Lingerie…
Andy Julia  compte plus de 15 parutions dans des magazines américains, canadiens, espagnols et français. Il a exposé à Chicago, Tokyo, et Paris. (Thierry Ruby)

Les modèles d’Andy Julia, femmes-fleurs evanescentes, livrent leur beauté en gardant une distance aristocratique et narcissique. Elles évoluent dans un univers impénétrable teinté d’étrangeté et mystère, dont beauté et luxure sont l’obsession.
Elles opposent ainsi au Temps, une vision emplie de symboles qui sont autant d’interrogations sur la fragilité de l’existence.
Ces symboles transfigurés, entourés d’objets chargés de sens et de vie, prendront naturellement place entre les murs du cabinet des curieux.

Andy Julia

Que cherchez-vous à exprimer au travers de votre travail ?
Dans la photographie je cherche une esthétique à travers la sincérité des images. On peut parler
d’émotion, c’est une chose qui revient sans cesse et qui me pousse a continuer. Je suis attaché à cette recherche d’intériorité et suis souvent inspiré et fasciné par ce que mes modèles, ne me disent qu’en image.

Comment êtes-vous devenu photographe ?
Je suis arrivé à la photographie car elle s’est présentée a moi comme une passerelle vers mes sentiments les plus chers.

Que représentent les modèles pour vous ?
C’est une personne avant tout, qui accepte à un moment donné de livrer un morceaux d’elle, qu’elle ne pourra pas reprendre… quelqu’un qui n’attend rien en retour et qui murmure ses secrets aux oreilles attentives.

Si vous deviez choisir trois mots qui résument, selon vous, votre univers artistique,
quels seraient-ils ?

Imprévu, secret, contemplatif. Peut être suis-je pris de cette maladie destructrice et noble qu’est la mélancolie. Qui est aussi une maladie mentale. Le seul remède en est la contemplation, l’extase du beau et la recherche effrénée d’un idéal.

Dans vos images, il y a très peu d’hommes… Pourquoi ?
Il y a peu d’homme car mon intérêt se pose le plus souvent sur l’autre moitié de l’humanité qui me fait la trouver belle. Mes images évanescentes, traduisent une certaine idée du fantasme et du rêve. Les libertines sont  les gardiennes des songes, elles détiennent les clefs de la langueur. Mon intérêt principal se porte sur la photographie ancienne, j’y retrouve  un souffle de vie, une émotion particulière  et une incroyable terre fertile à ma propre inspiration. Peau, cheveux, poudre des visages, soie, oxygène, sueur»

www.cabinetcurieux.com

RIE ASAGIRI : UNE DES PLUS GRANDES DOMINATRICES DE TOKYO

Texte rédigé par Agnès Giard | Interview | Dimanche 18 février 2007 23:44

La belle Rie Asagiri possède un des plus importants bordels SM à Tokyo : “La Siora”. Officiellement, c’est une entreprise florissante cachée dans un grand ensemble du quartier résidentiel Yoyogi. Officieusement, c’est trois mini-studios loués aux 8ème, 10ème et 12ème étage d’un immeuble résidentiel très chic… Il faut d’abord prendre l’ascenseur, puis parcourir de longs couloirs avant de s’arrêter devant une porte d’appartement que rien ne distingue des autres… Ding Dong ! Un homme ouvre. Coutume japonaise : les visiteurs doivent enlever leurs chaussures dans l’entrée minuscule. Une fois passée l’entrée : surprise ! Il y a seulement dans ce « club de maitresses » un petit salon, très baroque : fauteuils à dorures, gros cendrier en verre, mini-bar… Comme dans tous les clubs au japon, il faut d’abord patienter dans un petit salon et discuter des prestations de service. Ici, le SM, c’est un service offert à des clients-rois, un jeu de rôle dont on détermine à l’avance les règles.

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Interview : Agnès Giard
Traduction : Junquo Nimura
Photos : Francis Loup (réalisées à la Torture Garden Tokyo)

La patronne des lieux arrive. Habillée en vinyle, brune au visage de femme-renard, elle se présente avant tout comme une femme d’affaire souriante. Rie Asagiri reçoit ici toutes les personnes qui ont pris rendez-vous (et dans le lmot, il y a des femmes !). En vraie businesswoman, elle leur sert d’abord des rafraichissements (thé vert, whisky ou bière Kirin) puis leur montre un album photo dans lequel ils pourront choisir la dominatrice de leur choix… sur catalogue ! Les séances de SM se déroulent dans des studios aménagés à d’autres étages de l’immeuble. Pour s’y rendre, il faut à nouveau prendre l’ascenseur et parcourir de longs couloirs… au risque de croiser les voisins. La discrétion apparemment, n’est pas de mise : dans sa tenue de « travail » super-sexy, une paire de talons aiguilles à la main, Rie Asagiri nous fait visiter les lieux sans aucune gêne.

Les voisins ne semblent d’ailleurs pas choqués : le SM d’entreprise est un commerce comme les autres. Il se pratique au Japon dans la plus stricte légalité. Car là-bas (comme dans la plupart des pays occidentaux), les dominatrices professionnelles ne sont pas considérées par la loi comme des prostituées. A la différence de la France, elles peuvent même se faire embaucher dans des maisons gérées comme des entreprises. A partir du moment où elles respectent la règle d’or (pas de pénétration vaginale), les voilà « salariées » sans que leur patronne soit condamnée pour proxénétisme. Cette législation particulière autorise donc Rie à employer de nombreuses jeunes femmes, qui cravachent sous ses ordres toutes sortes de clients… Une vraie mine d’or.

Nous voici au 8ème étage. Rie sonne à la porte d’un anonyme appartement… Affolement à l’intérieur : nous tombons en plein milieu d’une séance. La dominatrice, interrompue dans son travail, vient nous ouvrir la porte et nous voyons au centre d’une petite pièce rouge un gros homme nu à genoux, un peu affolé de cette intrusion. Rie s’excuse et nous montons au 12ème étage vers le deuxième lieu de sévice, inoccupé celui-ci. C’est un mini-donjon, aux murs couverts de papier peint imitation brique, décoré de photographies des masques de Venise. Des harnais et des cravaches complètent cette décoration kitchissime. Dans ce pays aux loyers astronomiques, tout semble petit, fait en toc et de guingois… Les « clubs » sont généralement des mini-studios où l’on s’entasse dans la plus grande promiscuité. Et pourtant, celui de Rie passe pour un des plus luxueux.

Rie Asagiri est en effet très fière de son entreprise : elle a créé La Siora vers 1997, et en a fait un des plus importants bordels SM de Tokyo. Elle emploie une dizaine de “queens” à mi-temps, plus deux hommes à tout faire, et passe son temps à travailler : produisant parfois des vidéos SM ou signant des articles dans des revues spécialisées, elle parcourt l’Europe entre les différentes soirées fétichistes de Bruxelles, Paris, Londres et Amsterdam… Elle est venue à la Nuit Demonia où une de ses ex-élèves – Mistress Maï – a fait un show d’auto-suspension. Elle a même créé une « école », donnant des cours de dominations à de pures amatrices (étudiantes ou femmes au foyer), pour le seul plaisir de répandre sa vision de la vie : une féérie romantique, une manière fantaisiste de se réinventer, de réinventer le désir. Rie Asagiri aime rêver.


Quelle est ta définition du SM ?
C’est un « Ohimesama-gokko », un conté de fée (Ohimesama : princesse. Gokko : jeu), un jeu de désir et de sensibilité réservé aux adultes.

Est-ce que tu pratiques le SM ?
Je ne pratique que en privé. Rien que pour mon plaisir.

De quand datent tes fantasmes SM ?
J’ai découvert mes penchants à 17 ans, en lisant « Tempête de l’amour «   et « Histoire d’O ». Mais je crois qu’inconsciemment, j’étais déjà SM depuis toute petite.

Tu aimes dominer ? Ou tu préfères être soumise ?
Je n’éprouve ni jalousie, ni désir de possession. Donc, quand on me demande si je suis dominante, je ne sais pas quoi répondre. Mais, j’aime jouer avec les sentiments des hommes, j’aime les faire obéir et jouer avec. Par contre, quand je suis fatiguée, je préfère être dépendante de quelqu’un, qui s’occupe de moi et me fasse des choses. Volonté et désir sexuel sont deux choses différentes. Je suppose que si j’étais une vraie soumise, ca aurait été beaucoup plus facile pour moi dans la vie…

Ton copain accepte-t-il ton travail ?
Mon copain me comprend très bien. C’est un « knight », un vrai seigneur. Mais, de toute manière  je suis indépendante et n’admet pas d’interférence. Il ne me dit rien sur ce que je fais et vice versa. Je crois que c’est très important de savoir que nous sommes tous seuls dans l’existence après tout.

Comment es-tu devenue directrice d’un « bordel SM » ?
Ça s’est passé naturellement. Je me suis laissé faire par la force des choses.

Quel est son fonctionnement ?
Il faut être membre du club. Les personnes intéressées nous contactent par téléphone ou e-mail puis viennent nous voir. Après examen, je leur montre le book des dominatrices : c’est une liste avec des photos, leurs penchants SM, leurs numéros, etc. Ils en choisissent une et on arrange un rendez-vous pour qu’ils fassent connaissance. Moi, je suis juste la directrice de La Siora. Je ne fais pas de « play ».

Quelles sortes d’esclaves rencontres-tu ?
A mon avis, la plupart des clients ne sont pas de vrais Masos. Je crois que 90% d’entre eux sont juste des curieux qui veulent faire des choses à la mode, ou qui cherchent à avoir des contacts avec des femmes fortes, ou bien qui jouent du pseudo- SM. Ils cherchent une illusion. Mais je n’ai rien contre pour eux.

Combien y’a t-il de clients par jour ?
Entre 8 et 30

Est-ce que tu formes des femmes à la domination ?
Oui, je m’occupe des dominatrices assez sérieusement. Pour leur montrer comment il faut faire, j’amène parfois mes esclaves privés à la Siora et je les domine devant elles ! Je leur enseigne aussi l’art de la corde (le « shibari »), ce qui demande beaucoup du temps. Rien que pour donner les premières leçons de base, ça prend trois jours. Il faut tout le temps s’entrainer pour garder la main.. Alors quand je donne des lecons, je me remets en tête toutes les techniques pour attacher ! Pour parfaire cette formation, je suis les cours d’un psychiatre. Rien que pour moi, et aussi parce que je suis en train d’écrire un roman. Personnellement, j’ai l’impression d’avoir encore beaucoup de chose à apprendre.

Quelle est ta discipline de vie ?
Ce n’est pas très discipliné ! Je me lève vers midi, je prends petit-déjeuner tardif… Je vais à mon club 2 ou 3 fois par semaine. J’essaie de communiquer au maximum avec mon équipe. Les dominatrices aiment parler avec moi, je crois. Mais, mon emploi du temps n’est pas du tout régulier. Il faut aussi que j’aille rendre visite dans des boites de SM, que je fasse des réunions avex les autres entreprises… C’est imprévisible. Je rentre après minuit en général. Des fois je passe diner en coup de vent, trop occupée !  J’adore les legumes et  les poissons. J’essaie de manger beaucoup. Mon rêve : devenir  une dominatrice très forte et musclée !  J’aime les femmes fortes physiquement ainsi que mentalement.

Qu’est-ce que tu aimes dans ton travail ?
Les efforts sont récompensés. La réussite ne dépend que de vous. Donc, vous pouvez être franche et résolue, c’est payant. Etre une fonceuse…

Qu’est-ce que tu détestes dans ton travail ?
J’ai affaire à trop de gens qui aiment les racontars, les choses vulgaires, triviales et grossières… Je me demande si  les Japonais sont moins mûrs que les Occidentaux !  Ils se montrent jaloux, exhalent des plaintes à n’en plus finir, disent du mal des gens ou racontent des histoires sans fondement. J’en ai un peu marre de ça.

Que penses-tu du milieu du SM japonais ?
Je ne l’aime pas. Les gens ne pensent qu’a se faire des croc-en-jambe. Ils sont pas tres positifs. Mais je suis contente quand je rencontre une  belle dominatrice (malheureusement c’est rare). Les belles dominatrices ont souvent bon caractère et je les admire.

Penses-tu que le SM est différent en Occident ?
Oui, il y a tellement de différences que je ne peux pas toutes les énumérer ! Les mentalités, d’abord : nous avons une culture, une histoire, un environnement si étranger… Matériellement, c’est différent aussi. Nous n’avons pas de vrais donjons et nos instruments sont limités : au Japon, on peut dominer, contraindre et suspendre quelqu’un avec juste une corde ! Alors qu’en Occident il y différents types d’appareils, du mobilier et des instruments en cuir…

As-tu des clients français au Japon ?
Oui, mais peu.

Penses-tu que les clients occidentaux sont différents des clients Japonais ?
Fondamentalement, c’est pareil… Mais je fais très attention avec eux car ils ont surement une sensibilite épidermique différente : leur peau est peut-être plus sensible ?

Combien de fois par an viens-tu en Europe ?
Je vis une moitié de l’année en Europe (en Belgique). Pour  me reposer, pour avoir des idées nouvelles et puis surtout pour voir du SM Européen. A ce propos, je n’ai pas encore vu de « Medical play » ni  de « Rubber play » authentique. Si jamais vous connaissez de vrais adeptes du genre, prévenez-moi que je les rencontre !

Quels sont tes projets ?
Je vais publier un roman sur le SM. Je veux me consacrer à l’écriture.

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DIGITAL REDNESS, L’AMOUR A LA COULEUR DE SES CHEVEUX

Texte rédigé par Agnès Giard | Art fétichiste,Interview | Mercredi 19 juillet 2006 19:28

Une femme aux yeux bandés, seulement vêtue d’une jarretière, tient un homme en laisse à quatre pattes, seulement vêtu d’une paire de rangers… Inspiré du tableau de Félicien Rops “La femme au cochon – Pornokrates” (1896), la photo de Digital Redness – “PornokratissimO“ – renverse les perspectives : ici, la femme n’est pas la Circé maléfique, dont Homère dit (dans L’Odyssée) qu’elle peut changer les hommes en porc, en faisant ressortir leurs pulsions de luxure… Non, elle est bénéfique désormais, car elle guide les hommes en dominatrice amoureuse. Elle est même capable de prendre leur place et – se mettant à quatre pattes à son tour – la voici qui joue les soumises sur la photo de Digital Redness intitulée “PornokratissmA”… Un petit cochon ailé – putto érotique, Cupidon ironique – vole au-dessus de la scène, comme ces chérubins armés d’un arc qui, dans la mythologie, ont le pouvoir de créer les coups de foudre ! Lauréate du prix de photo au salon de l’érotisme de Bruxelles en 2006, Digital Redness, la rousse flamboyante, expose des images qui mélangent fétichisme et féminisme, SM et amour. Ses cheveux sont ardents !


Interview : Agnès Giard
Interview réalisée en juillet 2006.

Pourquoi vous appelez-vous « Rougeur Numérique » ?
Je suis Digital Redness. Digital pour la technique artistique que j’utilise. Redness parce que le rouge est omniprésent dans mes créations.
J’ai 35 ans. J’ai étudié, je vis et je travaille dans la région bruxelloise (Belgique). Après mes études en graphisme et publicité de l’Académie des Beaux Arts de Bruxelles, j’ai roulé ma bosse dans le milieu publicitaire avant d’atterrir dans celui de l’édition. Cette activité est alimentaire et je m’évade de sa rigidité par mes créations photographiques décalées, en quête de sensualité.

Vous triturez des photos numériques pour en faire des images bizarrement délavées, avec des superpositions de motifs et de couleurs… Pouvez-vous décrire votre technique ?
Je choisis et photographie moi-même mes modèles. Il ne faut pas que ceux-ci entrent forcément dans le canon de l’esthétique actuelle. Ce sont leurs personnalités étincelantes, leurs sensualités à fleur de peau, ou leurs rôles aguicheurs qui m’interpellent.
En plus de cela, je photographie aussi, des décors, des textures, des éléments divers qui me serviront pour des superpositions multiples de calques sur et autour de la prise de vue originale.
Pour faire tout cela, j’utilise un logiciel graphique classique de retouche d’images, et pendant des heures, je combine différentes photos du même modèle, transforme sa silhouette, corrige les imperfections et re-balance les éclairages… Les courbes doivent être nettes, les lignes épurées, l’expression du visage évocatrice. L’esthétique doit ME sembler parfaite. C’est purement subjectif.
Après ce travail préliminaire, j’entame l’application des textures par calques, détourages et superpositions. L’effet pictural obtenu évoque une peinture, il met en valeur le personnage et les éléments « surréalistes » qui l’entourent. La couleur, souvent saturée, éclatante, parfois salie et craquelée est ma « marque de fabrique ».

Vos photos semblent imprégnées de fétichisme et de SM. Ce sont des sexualités qui vous intéressent ?

Je dirais plutôt que, dans le fétichisme ou le BDSM, ce qui m’interpelle  et m’inspire, c’est l’esthétique, les matières, les vêtements, les accessoires, les contrastes entre le rouge et le noir… Mais, il ne s’agit ici que d’un intérêt purement visuel : les talons aiguilles, les corsets, la dentelle et le latex, incarnent, selon moi, le pouvoir de séduction qu’exerce la femme sur l’homme.
Donc, dans mon univers, la femme fatale est… forcément sexy, sensuelle et provocante. A mille lieues de la vulgarité et de la pornographie.
Dans mes créations, l’accent est mis, plutôt, sur la suggestion. Je dévoile une poitrine, j’intensifie un regard frondeur, je valorise une cuisse gainée, je redessine une bouche ou je joue avec les expressions troublantes de mes modèles. Durant la séance photo, je tisse réellement des liens avec mes modèles. Je respecte leur féminitude et surtout, je ne les vois jamais potiches.

Comment définiriez-vous le fétichisme ?

Je suis attirée par les vêtements (corsets, lingerie, chemisiers de dentelle, jupons…), les accessoires (talons aiguilles, bas, jarretelles, cravaches, cordes, laisses et colliers…), les matières (latex, cuir, métal,…).
Je ne suis pas fétichiste dans le sens où, si on me le demandait, je ne saurais quel objet choisir. Ils me plaisent tous. Ce sont, à mes yeux, les armes de l’éternelle séduction. Ces costumes apprêtés, ces apparences théâtrales, ces maquillages sophistiqués sont des références au gothisme dans lequel je me reconnais. Mes photos sont construites, mises en scène, artificielles. Les modèles prennent des poses dirigées, je les place, les contorsionne afin de leur soutirer, leur voler une expression.

Il y a des anges dans vos tableaux, et des démons aussi… Il y a aussi des cochons ailés… La sexualité que vous mettez en scène est-elle liée au retournement des valeurs ?
Je tente de rendre graphiquement l’Humain ambigu. Les personnages sont mi-anges, mi-démons…acteurs d’un rêve ou d’un cauchemar. « Mes » femmes sont sorcières et ingénues.  Les cochons ailés ? c’est mignon, vous ne trouvez pas ? Un clin d’œil à Rops et aux surréalistes…
Vivons une sexualité rigolote ! Les évolutions que nous connaissons, que vous appelez curieusement « retournement des valeurs » sont un élargissement de la tolérance. Les homosexuels se marient, le libertinage est…à ciel ouvert, le fétichisme n’est même plus un tabou. Et le BDSM est « tendance ». Britney Spears en latex, ça choque plus grand monde.

Où est le bien ? Où est le mal ?
Pourquoi répondre à cette question ?  D’ailleurs pourquoi la posez-vous ? J’aime montrer et voir les deux facettes chez une personne. Le Bien et le Mal sont indissociables, ne pensez-vous pas ?

Une de vos séries – PornocratissimA/O – s’inspire de cette toile de Félicien Rops (Pornocrates) qui montre une femme aux yeux bandés tenant en laisse un cochon… Pouvez-vous expliquer ce que cette œuvre signifie ?

Ce tableau de Rops m’a toujours fascinée par son fétichisme et par son double-sens.
Cette dame ne pouvait me laisser indifférente : elle est quasiment nue, ne porte que des bas, des gants, des chaussures à talons, un chapeau et ses yeux sont bandés.
Une première interprétation, que je ne retiens pas, voudrait que la femme aveuglée par sa luxure et sa vénalité, suive aveuglément un cochon à la queue d’or, promesse de sexe et de richesse.
Je m’associe à une autre explication : ce tableau représente la domination de la femme sur le cochon, l’homme bestial. L’homme-cochon ou le cochon-homme lui est soumis. Elle n’a même plus besoin de voir pour régner.

Etes-vous d’accord avec cette vision de la femme (elle transforme les hommes en porc) ? Vous avez voulu mettre en scène d’autres rapports homme-femme dans votre série PornocratissimA/O : lesquels ?

J’avais envie de faire une série de photos qui mettrait en scène un couple dont chaque partenaire tiendrait l’autre en laisse. Il n’est pas question d’apparenter l’homme à un porc, c’est le rapport de domination/soumission inhérent à tout couple qui est mis en exergue. Ma vision féministe fausse pourtant le tableau : la femme marche à 4 pattes sans être docile… Un zeste de rébellion…

Pensez-vous que le SM soit une sexualité subversive ? Ou au contraire très conformiste ?

Selon le dictionnaire, le conformisme est un « Respect étroit de la norme, de la tradition, des usages établis, de la morale en usage ».
La pratique du BDSM est réprouvée par une certaine morale. Elle bouscule les idées reçues, et à ce titre, elle est subversive.
Mais, d’après ce qu’on m’en a dit, ce type de sexualité est tellement codifié, rempli de normes, imprégné du respect de certains usages qu’il en devient terriblement « conforme ». Je suis mal placée pour parler « pratiques ». Ma connaissance du BDSM se limite à son esthétisme. Je m’inspire de ce monde, rien de plus.

Mettre son partenaire à quatre pattes et le tenir en laisse, ça veut dire quoi pour vous?
Serais-je une Domina qui s’ignore ? Je vous le dirai quand j’aurai essayé !
Dans mes créations, la femme est très souvent dominatrice ou rebelle. C’est  probablement un fantasme caché. J’ai tendance à donner le rôle directeur aux filles que je transforme en impérieuses séductrices, en maîtresses femmes.

Quels sont vos projets ?
Des expositions dans des environnements variés. La première se tiendra en mars 2006 à la Galerie d’Enfer à Bruxelles. Je revisiterai les contes de fées sous un  angle macabre. A l’occasion du « Brussels International Festival Of Fantastic Film » en mars également, je m’inspirerai des films d’horreur et de la littérature fantastique en transfigurant les modèles en vampires, sorcières et autres monstres.
A l’occasion de « Lupan’Art 3 », qui se tiendra dans un hôtel de passes bruxellois, j’exhiberai quelques unes de mes oeuvres érotiques ainsi que quelques-uns des modèles.
Enfin dans un autre registre, une exposition d’art numérique se déroulera à la maison de la culture de Huy, au mois de septembre. J’y défendrai cette nouvelle forme d’art, entre  photographie et  peinture… L’art digital est un concept idéal pour la création de pochettes de disques ou de couvertures de livres. Il est temps d’en persuader les partenaires potentiels.

www.digitalredness.com

« PornocratissimA »
Modèles : Félindra et Centaure

« PornocratissimO »
Modèles : Félindra et Centaure

« L’Ange de la tentation »
Modèle : Félindra

« Green Mickey Mouse »
Modèle : Cyrielle

HARLOT FROM HELL : THE FETISH-BEAST FACTORY

Texte rédigé par Sudo Decoy | Art fétichiste,Interview,Mode fétichiste | Mercredi 19 juillet 2006 18:43

Sheila X, 36 ans, styliste anglaise et créatrice de la marque HFH (Harlot from Hell / Harlot From Heaven) invente des tenues fetish pour les amoureux de science-fiction baroque. Ses modèles s’inspirent du monde invertébré : on dirait des insectes dans la tenue d’apparat pour l’amour, qui font leur danse de séduction toutes griffes dehors !


Interview : Sudo Decoy
Interview réalisée en juillet 2006.

Quand avez-vous créé HFH ?
Il y a 7 ans. Dans le milieu des raves que je fréquentais à l’époque il n’y avait rien d’intéressant à se mettre alors je me suis mise à tailler des costumes proches du cirque, mais avec une forte connotation sexuelle.

Etes-vous une fetish-designer ?
Uniquement dans la mesure où j’utilise des matières high-tech sexy : le vinyle industruel, le cristal, des matériaux réfléchissants, du PVC. Il n’y a pas de matières animales. Que des produits que l’on peut transformer en sculptures pour le corps, des textiles à l’effet tridimensionnel.

Pourquoi vos costumes sont-ils munis de queues ?
Parce que c’est joli de pouvoir balancer une longue lanière entre les fesses ! Je trouve que c’est beau et suggestif, surtout avec des épines de dinosaure mélangés à des pointes futuristes : mes costumes transforment l’humain en cybersaurus érotique.
J’ai toujours trouvé que les queues des animaux étaient expressives : les chats fouettent l’air quand ils sont en colère, les chiens la font frétiller, les oiseaux l’agitent en cadence pour fasciner leur femelle… C’est élégant, ça descend le long des reins comme un appendice naturel. On dirait un serpent qui danse ou une queue de diable. Ca attire l’œil sur les lombaires, ça met en valeur les mouvements des reins et puis c’est piquant.

Quelle sorte d’animal aimeriez-vous devenir ?
Généralement, je préfère rester un mammifère, mais parfois je rêve de devenir une créature très très ancienne comme un dragon. Je suis allée en Amérique du sud et le shamanisme m’intéresse beaucoup : se recouvrir d’une peau de bête, s’approprier ses caractéristiques physiques, ce n’est pas innocent : le pouvoir de l’animal vous envahit et votre esprit change, sous l’influence d’une force inconnue. Le sexe, c’est la même chose. Le fétichisme, c’est s‘habiller en créature de sexe, s’arroger le pouvoir sexuel d’une créature séduisante et pleine de désirs.

www.harlotfromhell.co.uk

www.harlotfromheaven.co.uk

SANDRINE CONTE

Texte rédigé par Agnès Giard | Interview | Vendredi 7 juillet 2006 12:24

L’homme est musclé, tous pectoraux dehors, sanglé dans un harnais de cuir et la tête cagoulée… Sa femme, masquée d’un loup noir, le domine, ligoté sur une chaise, ou le cravache contre le mur… D’où viennent ces images ? Exposées au mur, elles attirent irrésistiblement le regard. De loin, on croit voir des tableaux presque grandeur nature, des peintures croquées sur le vif, aux couleurs orange-rouge, plongées dans une pénombre sexuelle. De près, ça saute aux yeux : il s’agit de photos ! Ces images sont réelles. Elles ont été prises chez un vrai couple pratiquant, puis imprimées sur de la toile de peintre. L’auteur de ces toiles-photos s’appelle Sandrine Conte, lauréate du prix au festival de l’érotisme 2006 de Bruxelles… « Mon nom est Sandrine Conte ou Saandrine, je suis née en France a Neuilly sur Seine dans les Haut de Seine. Mais depuis presque 10 ans j’habite à Bruxelles en Belgique. J’ai fait des études en commerce et en hôtellerie restauration. Je suis actuellement barmaid et photographe ».


Interview : Agnès Giard
Interview réalisée en juillet 2006.

Vous imprimez des photos sur de la toile, pour convertir des  images numériques en tableaux… Pouvez-vous décrire cette technique ?
C’est de l’impression jet d’encre à base de pigments. Les Américains disent « giclée print ». On dit aussi « pigment ink ». La photo numérique est imprimée sur de la toile canevas 100% coton, la même toile que la toile de peintre normale, préalablement préparée avec une fine pellicule d’enduit pour réceptionner le jet d’encre… Mais tout cet aspect technique ne me concerne pas. Moi, je me contente de prendre des photos et de fournir mes clichés en TIFF à l’imprimeur.

Votre série de tableaux-photos montre un couple pratiquer le SM. L’homme est beau, très musclé, soumis… La femme, masquée d’un loup, le ligote sur une chaise ou le tient en laisse…   Qui sont-ils ? S’agit-il d’authentiques pratiquants SM ? Comment êtes-vous  parvenue à les faire jouer devant vous ?

Ce  sont de véritables pratiquants. Sinon je ne leur aurais pas demandé de participer.
J’ai pu les rencontrer grâce a un photographe que j’ai rencontré dans une soirée qui se déroulait dans une maison close (la soirée Lupan’art, organisée par la galerie d’enfer, NDLR) à qui j’ai donné ma carte et qui l’a transmise à un couple de ses amis. Ils m’ont proposé de servir de modèles
Ce sont des habitues des pratiques SM, mais ils n’avaient jamais servi de modèles.
Je crois que le projet les a intéressé et intrigué. C’est pour cela en partie qu’ils ont accepté, et puis j’ai laissé aux sujets une part de création et d’improvisation. Ils avaient la possibilité de se laisser aller, d’oublier ma présence puisque la séance se déroulait chez eux. Je voulais restituer leur sexualité dans son naturel et sa sincérité, ce qui est très important pour moi, n’aimant pas travailler en studio.

Pouvez-vous décrire la séance SM à laquelle vous avez assisté ?
La séance s’est déroulée dans le salon, elle a duré une soirée entière.

Pouvez-vous parler de ce couple ?
L’homme et la femme sont des gens sympathiques qui s’entendent bien et qui s’aiment très sincèrement.

Leur jeu était-il spontané ou dirigé ?
Nous avons travaillé sur un canevas qui incluait leurs rituels et qui s’est déroulé dans une atmosphère d’amour et de respect de l’attente de l’autre. Il ne s’agissait ni d’une sexualité brute, ni d’un rituel guindé mais l’expression d’expulsion de tensions internes dans le partage et la compréhension mutuelle.

Pour vous, le SM, c’est quoi ?
Le  SM est une pratique sexuelle qui utilise la douleur ainsi que la domination pour procurer du plaisir aux partenaires.
Dans mon travail il n’y a pas que du SM, mais aussi du fétichisme.
Mon travail est une illustration soft d’un phénomène de société et d’une réalité reconstituée. Sachant qu’il y a de toute façon de la théatralite chez les acteurs sado-masochistes des lors qu’ils sentent la présence d’un public.

Qu’entendez-vous par « théâtralité » ? Vous pensez que le SM est une sexualité spectaculaire ?
Il y a un côté spectaculaire dès qu’il y a des rites avec des objets récurents,  des paroles et des attitudes répétitives.

Pour vous le SM est une sexualité exhibitionniste ?

Dans le cas de mon couple, s’il n’avait pas eu une petite part d’exhibitionnisme, je n’aurais pas pu faire des photos, c’est évident, même si je reste discrète et arrive « presque » à faire oublier ma présence.
Mais ce couple n’a jamais de spectateurs habituellement. Ce sont mes photos qui leur ont fait prendre conscience d’un regard sur eux-mêmes.

Vous dites  que le SM est « un phénomène de société »… Vous voulez dire un phénomène récent, un phénomène de mode ?
Ce n’est sûrement pas un phénomène récent puisque Sade vivait au 18ème siècle et qu’il n’a rien inventé. Il  a juste  fait du SM un sujet littéraire….
En revanche, oui, c’est un phénomène de mode. La mode, c’est diffuser largement dans le public ce qui n’était pratiqué que dans de petits cercles fermés par des gens fortunés et cultivés.

Vous voulez dire que le SM n’était, à l’origine, qu’une sexualité d’élite, la sexualité de gens fortunés et cultivés ? Et que cette sexualité s’est « démocratisée » récemment ?

Je pense en effet que le SM était une pratique des élites, car la religion l’interdisant, seuls des hommes dont la position sociale pouvait les mettre à l’abri des poursuites pouvaient s’y adonner en entraînant des femmes consentantes ou ne pouvant se plaindre.

Vous dites que le SM est « une réalité reconstituée »… Ca veut dire quoi ?

Je pense que les vrais rapports SM entre les gens sont du niveau de la dépendance psychologique et qu’ils n’ont pas besoin de s’extérioriser de façon évidente.
Le « jeu SM » purge les refoulements.

Etes-vous intéressée par les fantasmes SM ou seulement par  l’esthétique des corps sanglés de cuir ?
Non, je ne suis pas intéressée par les fantasmes SM. Je ne fais pas partie du milieu SM, ni du milieu échangiste, ni d’aucun milieu « libertin ».
Mon travail est un travail purement esthétique. Je photographie des gens au naturel sans intervenir, sans complaisance et sans voyeurisme.
J’ai voulu faire ressortir l’antagonisme entre la rudesse et la précision de la corde et la douceur de la peau, accentuer par ailleurs le brillant et la froideur du métal. J’ai aussi voulu rendre au cuir sa noblesse et lui redonner vie au contact de la peau.
Ce projet, sur le plan personnel, a été une expérience très riche au niveau des rapports humains car j’ai découvert un univers qui n’était pas le mien et donc dû apprendre a installer cette confiance si importante entre un photographe et son modèle.

Avez-vous déjà touché du matériel SM en cuir, des cordes en   chanvre ou du latex ?
Bien sûr que j’ai touché les différentes matières que vous citez. L’année dernière, dans la maison close qui déroulait a Bruxelles…

Je dois avouer que je n’aime pas trop la texture de la corde mais le latex oui. Ceci dit, ce n’est pas pour autant que j’en porterais ou que je participerais à des jeux fetish-SM.

Pour mettre en scène ces matières, vous dites avoir « besoin de   corps ». Pourquoi ?
Si vous posez de la corde ou du cuir sur une table, ils vont perdre de leur noblesse. Il fallait que je mette les acccessoires en situation, sur des corps humains, pour qu’ils prennent vie.

Comment photographier la sexualité – des gens en train de faire   l’amour (ou de faire du SM ce qui est la même chose) – sans que cela  soit obscène, ridicule ou grotesque ?
C’est tout l’art du photographe qui fait passer son regard.

MAITRESSE ATHENA : « J’ADORE L’HOMME EN GÉNÉRAL »

Texte rédigé par Agnès Giard | Interview | Mardi 21 mars 2006 17:23

A Bruxelles où se trouve son donjon, Maîtresse Athéna fait partie des dominatrices les plus connues de la capitale. Elle a du chien et un charme fou. Elle a aussi 13 ans d’expérience et parle de ses jeux avec un plaisir contagieux. Quand je la rencontre pour la première fois – lors d’une soirée fetish à la Galerie d’enfer -, Maîtresse Athéna vient accompagnée d’un soumis costaud et branché, qui arbore fièrement son collier de chien et son T-shirt « International trampling association ». Il adore se faire marcher dessus, se faire bourrer de coups dans les parties génitales et sentir les talons qui le clouent au sol. Il me montre d’ailleurs le bon boulot de Maîtresse Athéna, en relevant son T-shirt, pour exhiber sa peau marquée… Elle sourit. Généreuse, enthousiaste, Athéna parle de la domination comme d’un art du partage.


Interview : Agnès Giard
Interview réalisée en mars 2006.

Quand avez-vous découvert que vous étiez dominatrice ?
Jeune, très jeune. Vers 18 ans en allant voir « Histoire d’O » au cinéma. Quand je l’ai vu, j’ai dit : « Jamais je ne serais comme O ». Et puis je suis allée voir « Ilsa la louve des SS ». Mes parents n’étaient pas eu courant. C’était du cinéma pour adulte à l’époque.

J’ai été élevée dans une famille très catholique. Je suis issue de la bourgeoisie belge. Je montais à cheval énormément, j’avais mes propres chevaux.
Je me suis mariée avec un dentiste et c’était moi qui dirigeait les affaires, même si je n’étais que femme au foyer : je lui disais « Il faudrait ouvrir un cabinet là, et là ». Je négociais les équipements, je traitais avec les fournisseurs de produits médicaux, je menais la baraque. Je dominais mon mari sans m’en rendre compte…

Et puis il m’a quittée et je me suis retrouvée sans rien. C’était il y a 16 ans. J’avais environ 30 ans.
Un soir, j’étais avec des amis dans un « bar-vitrine » de ce quartier de la gare du nord où les filles se mettent en vitrine pour la prostitution (la quartier des Maillons, NDLR)… J’allais souvent boire un café là, parce que j’adorais les maillons le soir… Je me trouvais là et puis quelqu’un est arrivé devant moi et m’a dit : « vous êtes une dominatrice, je le vois dans vos yeux. Je voudrais que vous me fouettiez, que vous me crachiez en bouche et que vous vous asseyiez sur mon visage ». Je l’ai fait. J’y ai pris un malin plaisir. Et j’ai commencé à prendre goût à ça. J’ai eu un esclave puis deux, puis trois…

J’ai été entretenue par un homme qui est devenu mon esclave mais pas trop longtemps. J’ai continué… Ma famille n’a jamais rien su.
Seul mon fils est au courant.

Quand avez-vous décidé de créer un donjon ?

J’ai commencé quelque chose de tout petit : 25 mètres carrés. C’était il y a 8 ans.

Le déclic ? Un esclave à moi, qui m’a dit : « Allez vas-y lance-toi »
Ce sont des concours de circonstances… Mon donjon est situé en plein centre de Bruxelles.

D’où vient votre nom de guerre ?
Mon vrai nom c’est Françoise et jusqu’en novembre 2005, j’étais connue en Belgique sous le nom de Maîtresse Françoise. Mais quand j’ai voulu créer mon site internet, cela a posé un problème… C’est Maîtresse Françoise (de France) qui m’a trouvé le prénom Athéna.
C’est un honneur pour moi ! Et puis il me va très bien.

C’est difficile de trouver un prénom qui ne soit pas déjà pris, n’est-ce pas ?
Oui, c’est vrai. En Allemagne, c’est plus facile qu’en Belgique ou en France. Beaucoup de dominatrices allemandes prennent des noms avec Von : Rita von machin, Rita von truc, donc à chaque fois le nom est différent, même si elles s’appellent toutes Rita ! La pratique latine c’est le prénom seul, alors c’est plus compliqué de trouver un prénom original.

Pour vous, qu’est-ce qui est important dans un nom de guerre ?
La féminité du prénom est très importante. Mais surtout le rattachement à un fantasme mythologique ou historique…
Je ne pourrais pas me faire dominer par Mistress Antoinette, par exemple, parce qu’Antoinette s’est fait couper la tête !
En revanche, Athéna, c’est bien. Au départ, je ne savais pas ce que ce nom symbolisait. J’ai demandé qu’on fasse des recherches et j’ai découvert que Athéna c’était la déesse de la guerre. Ca m’a beaucoup plu. J’adore le cuir, la peau de bête. Je me ferai lionne si je pouvais.



Qu’est-ce que vous appréciez chez un soumis ?

Si je le rencontre lors d’une soirée fetish, par exemple, qu’il me fasse un baise-main, qu’il demande : « Maîtresse est-ce que vous acceptez de me faire l’honneur de me marcher  dessus »…

Qu’est-ce que vous aimez dans la domination ?
J’adore l’homme en général. J’ai toujours adoré l’homme. L’homme qui est à mes pieds, l’homme correct, déférent, respectueux… Je ne supporte pas la vulgarité. Pour moi un homme c’est beaucoup…  Il doit y avoir un feeling entre l’esclave et la Maîtresse. Un respect mutuel.

Quelles sont vos préférences ?
J’en ai beaucoup : l’homme totalement soumis à sa Maîtresse. Les bougies. La fessée. Le SM classique. Le ball busting (il vaut mieux être chaussée pour ça, si possible avec des chaussures pointues). Le trampling des testicules. Je peux percer la peau d’un soumis avec mes talons quand je lui marche dessus.

Vous aimez la féminisation ?
Oh oui ! J’ai des esclaves que je féminise totalement… J’en ai un qui se trouve en Espagne avec son épouse, tous les jours il me téléphone : « Maîtresse vous ne pouvez pas savoir à quel point vous me manquez… Quel temps fait-il à Bruxelles ? » Il me demande de mes nouvelles… Je lui réponds sèchement : « Moi je suis bien, et toi tu es avec ton épouse. » J’ai ma vie.

Vous préférez rester distante avec les soumis ?

J’ai trouvé l’équilibre avec le SM. Je n’ai plus rien de nerveux dans mes jeux. Au départ, quand j’ai commencé, j’avais un grief contre l’homme, parce que j’avais été abandonnée par mon mari. Mais maintenant, je me sens bien dans ma tête. Je ne vais pas massacrer les soumis qui se présentent pour la première fois… Je leur demande ce qu’ils recherchent et je fais en sorte d’y trouver mon plaisir aussi. C’est important qu’il y ait un partage. Mais c’est important aussi de poser ses limites.

Il vous arrive de ne pas prendre de plaisir pendant une séance ?

Dernièrement, j’ai reçu un soumis qui voulait quelque chose de très précis, mais il le voulait tout de suite, sur le champ, sans aucune préparation : il voulait la douche dorée et le caviar. J’ai dit : « la douche dorée OK. La scato il n’y pas que ça… Il faut l’amener tout doucement, il faut une mise en scène ». Mais lui il n’était pas réceptif, il n’y avait pas de feeling. J’étais très perturbée. Il continuait à exiger que ça se fasse immédiatement alors que j’essayais de créer du plaisir… J’aurais pu faire exactement ce qu’il voulait – platement – et le mettre dehors ensuite : vite fait, mal fait. Mais je m’efforçais de créer un jeu à deux, un fantasme à partager… Et ça n’a pas marché. Il était dans son trip, moi ça ne m’a pas plu, j’ai essayé de lui expliquer : « Moi je n’ai pas pris mon plaisir, mais je peux t’apprendre autre chose… ». Je ne l’ai jamais revu.

Vous pouvez deviner à l’avance si un soumis va être bien ou pas ?

Au téléphone il est impossible de savoir si ça va bien se passer. Au téléphone, certains prétendent être masos et extrêmes mais au premier coup de cravache ils vont voir maman… C’est seulement en face à face qu’on commence à sentir. Lorsque je rencontre un soumis pour la première fois, je le jauge. Mais c’est dans le jeu que je peux vraiment voir s’il est bien. S’il n’est pas bien, je lui dis : « Trouve-toi une autre Maîtresse ». C’est moi qui décide de le revoir ou pas…

Quel est le profil type de vos soumis ?
Ils sont très cultivés. Très respectueux. Ce sont des gens qui viennent de très bons milieux. Ils aiment la Femme… Ils aiment la femme belle qui a de l’esprit qui a de la culture…

Ce sont des hommes qui viennent toujours de milieux cultivés ?

Oui, les soumis sont toujours des gens très bien. Jamais vulgaires. Rien à voir avec les hommes qui fréquentent les prostituées. Le problème, c’est que le SM est devenu une mode : depuis quelques années, beaucoup de prostituées deviennent « Maîtresses » parce qu’elles pensent gagner plus d’argent et plus facilement. Elles croient qu’elle peuvent dominer, mais elles n’ont pas ça dans le sang. Elles s’imaginent que donner 10 coups de cravache et mettre un doigt dans le cul, c’est facile… A cause d’elles, il y a une mauvaise image du SM.

Il y en a beaucoup ?
Je les appelle les « dominas pince-linge », parce qu’elles n’ont aucune hygiène. Ce sont celles qui sodomisent un homme avec le manche de leur fouet, directement, sans mettre de préservatif. Vous imaginez l’odeur du manche après ? Même quand on nettoie, ça pue !

C’est quoi une bonne dominatrice ?
On est dominatrice dans le sang. On ne le devient pas. Je connais des dominas qui se vengent sur les hommes. Elles n’ont rien compris. Le SM, c’est un partage, c’est un jeu. C’est un regard, parfois. Ca passe dans les yeux, dans la voix, dans la façon d’être… J’ai des esclaves ils jouissent sans bander ! Ils éjaculent sans avoir d’érection, tellement c’est fort. L’orgasme est dans leur tête. Moi je jouis quand je vois un esclave qui s’abandonne complètement à moi. C’est une osmose. Ça peut être une heure ou deux heures ou plus…

Comment faites-vous pour savoir ce qu’un homme désire ?
En deux minutes je peux identifier le désir d’un homme. Il faut être intuitif.  Je parle aussi bien sûr. Je demande ce que l’homme veut avant de commencer le jeu. Je ne vais pas mettre en cage quelqu’un qui ne me le demande pas ! Il faut qu’il y ait un plaisir mutuel

Les soumis ont-ils des attitudes qui varient en fonction de leurs fantasmes ?

Le soumis de Maîtresse Athéna intervient :  » Le soumis timide qui a du mal à parler, à s’exprimer, c’est souvent un adepte du bondage, de l’enfermement… L’homme plus sûr de lui, c’est un maso profond, quelqu’un qui sait parfaitement ce qu’il veut qu’on lui inflige comme douleur. Moi, je veux qu’on me piétine par exemple. »
Athéna reprend la parole : D’une manière générale, je reçois des banquiers, des chefs d’entreprise qui ont de grossses reponsabilités. Je peux les mettre sur la croix de St andré, jouer avec leurs seins. Ils veulent se défouler chez moi : ils se font engueuler, ils reçoivent des coups. Quand ils sortent de chez moi, ils disent : « Maintenant je peux aller à ma réunion, je sens que ça va bien se passer ils sont bien relax… ».
J’ai un esclave, je lui mets une cage à bite, parce que comme ça il arrive à mieux à travailler au bureau. S’il n’a pas de cage, il se touche, il se concentre moins. Il a tellement de responsabilités ! Il bande, il pense toujours au sexe, alors je lui mets la cage pour l’obliger à se concentrer sur son travail.

Ah bon ? Je pensais que c’était le contraire : il me semblait que la cage à bite empêchait la personne d’oublier son sexe, et le forçait à se focaliser dessus ?
Non, lui, c’est le contraire. Il sait que son cadeau c’est qu’il pourra jouir quand je lui aurai enlevé sa cage.

Que pensez-vous des gens qui disent que dans le SM il n’y a pas de sexe ?

Faux. Mes esclaves jouissent toujours à la fin du séance. Ou alors c’est que j’ai mal dominé ! Si ça ne faisait pas bander les dominateurs, ce ne serait pas du SM. Si ça ne faisait pas mouiller les soumis(es), ce ne serait pas du SM.

Vous avez un compagnon soumis ?
Moi je suis mariée. J’ai un mari qui est pas du tout soumis, mais pas du tout ! Ceci dit, il est courtois, prévenant. Quand je rentre chez moi, j’ai un plateau TV avec mon souper ! C’est un homme adorable. Et il a beaucoup d’éducation. Je ne supporte pas la vulgarité vous savez.

Quel est votre rythme de vie ?
Je commence à 11h du matin et je termine à 19h. Quand j’ai fini, je ne suis plus du tout dans le jeu. Parfois on me téléphone le dimanche, je ne réponds pas parce que c’est ma vie privée. Le dimanche, c’est mon fils, mon mari et mon petit chien.

Vous acceptez de recevoir plusieurs soumis à la fois ?
Oui, s’ils sont d’accord. J’en mets un en cage, un sur la croix et le dernier sur l’autre croix. Je m’occupe d’eux à tour de rôle. Parfois, quand il y en a qui sont bisexuels, je les oblige à se faire des choses entre eux.

Vous aceptez les soumises ?
J’aime pas trop faire les soumises, parce que j’aime trop l’homme ! Souvent ce sont des femmes qui viennent de la part de leur maître ou faire plaisir à leur mari. Dans ce cas-là, ça m’arrive d’accepter… Parfois aussi, c’est un mari qui vient avec sa femme pour que je lui montre comment dominer, pour lui montrer les zones érogènes de son épouse…

Vous aimez le médical ?
Je sais utiliser un autoclave, mais je ne pratique pas trop le médical, je ne prends pas de plaisir avec la couture ni avec les aiguilles ou les scarifications…

Vous aimez l’urolagnie ?
Oui, j’ai beaucoup de soumis comme ça. Je leur donne de l’urine, dans une coupe de champagne, comme ça ils sont obligés de tout boire. J’ai aussi des WC spéciales, avec la tête du soumis à l’intérieur et moi au-dessus : le seul problème, c’est qu’ils peuvent recracher s’ils n’ont pas envie de tout boire.

Votre urine est bonne ?
Je ne sais pas ! Je n’ai jamais goûté mon urine. Mais puisque les soumis en redemandent, ça doit avoir un bon goût… En tout cas, c’est un gage de bonne volonté.

Vous buvez quoi pour avoir une urine qui a bon goût ?
Je bois du café sucré ou du coca-cola light. Il paraît que c’est très bon.

Et le champagne, vous avez essayé ? Je sais que le champagne et les boissons aux édulcorants ça donne une urine au goût de miel…
Je ne bois jamais jamais de champagne.

Quels sont vos soumis préférés ?

Ceux qui reviennent. Moi c’est à la longue : plus l’esclave vient, plus je le sens, plus je lui apprends… Ca va crescendo, chez moi. Et puis, il y a des choses qui sont refoulées chez certains soumis et il faut prendre son temps avec eux. Nous les dominatrices, nous sommes des initiatrices. Nous leur faisons comprendre leur sexualité, nous leur apprenons à se connaître et à connaître leurs zones érogènes.

Quelle zone érogène leur faites-vous découvrir ? Il paraît qu’un très grand nombre de soumis vont chez les dominatrices pour se faire sodomiser, c’est vrai ?
Oui. La zone la plus érogène, chez l’homme, c’est l’anus… le creux des reins et le début de l’anus. Si on joue du doigt, au début, sur l’anus, ils sont surexcités. Il faut intégrer ça dans un scénario SM bien sûr. Parce que sinon ce serait fini en 5 minutes ! Ils éjaculeraient et après, impossible de faire quoi que ce soit. Donc avant d’utiliser le godemiché, on joue avec l’anus.

Même les hommes qui n’ont pas demandé à être sodomisés, vous utilisez le gode sur eux ?
Je regarde s’il y a une réception. Je joue autour de l’anus et si ça réagit, je sens que je peux aller plus loin. Les ¾ des soumis sont vraiment  sensibles à des jeux sur l’anus. Mais certains en ont honte, alors ils n’osent pas demander. Voilà pourquoi mes soumis, je leur mets souvent le masque : pour qu’ils puissent se cacher… Pour qu’ils changent de peau. Avec le masque, ils rentrent dans la peau de quelqu’un d’autre.

Et vous, vous portez une cagoule parfois ?
Moi jamais ! C’est très rare que je porte un masque et généralement c’est un loup. Moi, je suis une dominatrice. C’est le soumis qui porte une cagoule. Il doit voir les expressions de mon visage. Les ¾ ils baissent le regard devant leur Maitresse, mais s’ils lèvent les yeux ils doivent voir mon visage qui les fixe, mes yeux qui ordonnent.

Vous avez des interdits ?
Oui. Un jour, un soumis m’a dit : « Je veux prendre le la cocaine et je veux être soumis par vous après ». J’ai dit non. Chez moi, toute personne doit être, premièrement consentante et de deux doit être bien dans sa tête et les idées bien claires.

Quels sont vos projets ?

Je vais à l’OWK du 13 au 16 septembre 2006 ! Ce sera la première fois. C’est un esclave qui m’a dit : « Il faut y aller Maîtresse, il faut y aller ». J’avais un esclave qui y est allé trois fois et c’était une expérience inoubliable pour lui. Ca ne me disait rien, vraiment rien. A l’OWK, on ne peut pas faire ce qu’on veut avec les soumis… Par exemple, on ne peut pas leur mettre de gode. C’est un domaine qui nous permet à nous dominas de jouer, mais surtout dans les jeux très durs : on frappe, on fouette, on cravache. C’est pour les masos.

Vous allez tourner une vidéo là-bas ?
Oui ! Ils m’ont demandé de faire une scénario. J’y vais avec trois esclaves.

www.maitresse-athena.com

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MAÎTRESSE ZANA : LA PANTHÈRE DE BRUXELLES

Texte rédigé par Agnès Giard | Interview | Mardi 7 mars 2006 12:34

Avec sa carrure de cantatrice allemande, Maîtresse Zana est un des personnages les plus hauts en couleur qu’il m’ait été donné de rencontrer à Bruxelles. C’est une sorte de super-Dalida, version bolide bluffant. Quand on la prend en photo, elle secoue sa crinière, tord sa cravache à deux mains et fait mine de feuler : « Rrrrr, je suis une panthère ». Elle se présente comme une « dominatrice d’origine nordique de 28 ans » et surjoue de son image – la guerrière Viking – en prenant des poses belliqueuses. C’est tellement détonnant, tellement exagéré, tellement outrancièrement Karikatural qu’on en reste… coi. Voire admiratif. Zana est nature. Totalement dénuée d’ironie. Et gare à qui pourrait douter une seconde du sérieux avec lequel elle lime ses ongles longs avant d’en tester le tranchant sur la peau d’un pauvre petit mâle tremblant.


Interview : Agnès Giard
Interview réalisée mars 2006.

Pourquoi avoir choisi le nom de guerre de Zana ?
Drôle de question. Zana c’est plus facile à retenir pour les soumis et sec comme je le suis.

Comment avez-vous découvert votre sexualité ?
Naturellement, cela vient de mes origines maternelles. Ma mère dominait en Allemagne près de Frankfurt. Et là, je me suis intéressée à cette forme de sexe très artistique, surtout que le bdsm est très vaste et donc on ne risque jamais de s’ennuyer.

Quel a été votre parcours ?
Mon parcours est très long et diversifié.

Quelles sont vos préférences ? Vos jeux SM favoris ?
Tortures psychologiques, jeux médicaux, torture physique intense et longue.

Etes-vous une she-male (avec pénis) ou une transsexuelle entièrement opérée ? Cela vous donne-t-il plus un avantage par rapport aux autres dominatrices ?

Je ne comprends pas pourquoi vous me posez ces questions. Je ne suis pas une transsexuelle. Je suis une femme.

Que pensez-vous des hommes ? Vous les trouvez mignons ou pitoyables ? Attendrissants ou haissables ?

Le physique des hommes ne rentre pas en compte. Entre mes mains… c’est là qu’ils deviennent beau.

Que pensez-vous de leur sexe ?

Je suis une dominatrice réelle et pour moi le sexe ne fait pas partie de mon jeu.

Pour vous, une femme, une vraie, c’est quoi ?
C’est moi Maîtresse Zana, une femme autoritaire qui inclu une discipline à ses soumis.

Le SM est-il pour vous un combat entre les sexes ? Ou au contraire un espace dans lequel les hommes peuvent enfin exprimer leur part de féminité, et les femmes leur part de virilité ?
Ce n’est pas un combat entre les sexes bien au contraire. Chacun peut réaliser ses fantasme qu’il/elle soit homme ou femme, soumis ou soumise, dominant ou dominante. Le bdsm est très large… Pour ma part je suis dominante avec une très grande féminité mais j’aime faire ressortir la féminité à mes soumis.

Comment appelez-vous les clients ?
En général : « soumis » mais je regarde ce qu’ils m’inspirent. « Salope », je le réserve à ma soumise perso.

Votre soumise personnelle, c’est Patricia, une soumise trans ?
Oui, C’est ma réussite. « Patricia » est une soumise trans opérée avec qui je vis depuis plus de 5 ans. Je l’aime car elle fait tous mes caprices et elle est assez maso… Il m’arrive de la prêter ou de la louer à d’autres Maitresses mais pas aux Maitres.

Quelles sont les expériences les plus rigolotes ou bizarres que vous ayez vécu ?
Un jour, j’ai été amenée à rencontrer un soumis confirmé. Il m’expliqua qu’il avait eu plusieurs refus de différentes Maîtresses… Ne comprenant pas pour quel motif ce refus, je lui demandai pourquoi. Il refusa de me répondre, alors pour en avoir le cœur net et assouvir ma curiosité je lui demandais de venir un soir dans mon donjon. Ce fameux soir arriva, il sonne… je l’accueille, il avait un panier à la main recouvert d’une serviette. Etonnée je lui demande « Que m’as-tu apporté ? ». Il me répond : « Avec tout le respect que je vous dois, je ne vous le dirai que plus tard… ». Cette réponse éveilla mes sens. Je lui dis « Ok ». Plus tard, il me dit : « Voilà Maîtresse, j’ai fais mon marché, choisissez ce que bon vous semble ». Il y avait un concombre, une courgette, des carottes etc. Son envie était que je lui pratique une sodomie originale avec ses légumes…

www.maitresse-zana.com

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MAÎTRESSE SALEM : « JE NE SUIS PAS PRÊTE À ME METTRE À GENOUX »

Texte rédigé par Agnès Giard | Interview | Lundi 19 septembre 2005 00:06

Maîtresse Salem se décrit comme une « jeune femme de 30 ans » qui joue beaucoup de son charme et de ses longs regards. « J’aime troubler par des jeux de regard, dit-elle : tout peut passer par là. On est souvent étonné car je souris beaucoup pour une Domina. Apparemment c’est étrange. Je ne comprends pas pourquoi j’ai de la joie de vivre. Je ne me prends jamais la tête (enfin j’essaye !). Ceci dit, lors des séances, mes soumis savent qu’à tout moment mon visage peut changer et mon sourire devenir sadique. » Maîtresse Salem est amoureuse d’une dominatrice transgenre qui lui a enseigné les techniques de la domination. Elles vivent ensemble en Belgique.

Interview : Agnès Giard
Interview réalisée en 2005.
Photos : Francis Loup

Salem, êtes-vous une sorcière ?
J’aime envoûter et user de charmes pour mieux faire souffrir les personnes. J’aime l’ésotérisme, la magie et je fais d’ailleurs d’un groupe de shows SM appelé « l’Ordre des Damnés ». Oui, je suis une sorcière – à une différence près : moi, on ne me brûlera pas.

Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de devenir dominatrice ?
J’ai toujours fantasmé sur les super-héroïnes de BD américaines qui -dans leur tenues sexy, moulantes -, dominent du haut de talons vertigineux. Je les ai toujours trouvé très excitantes : les hommes sont à leurs pieds et prêts à tout pour obtenir un regard de ces super-femmes. Au début, c’était juste leur côté fetish qui m’atttirait. Je ne savais pas encore qu’un jour j’irai plus loin.

Vous avez été soumise ou masochiste ?
J’ai effectivement été soumise au début. Enfin, non, plutôt masochiste en fait. Je ne suis pas prête à me  mettre à genoux !

Quand et comment avez-vous découvert le SM ?
Ma première expérience dans le milieu : je m’étais connectée sur un chat SM par curiosité  et je me suis laissée tenter par l’expérience avec un Maître. Dès le début de notre relation, j’étais déjà assez dominante. Il voulait me laisser du temps avant la rencontre pour qu’on apprenne à se connaître et je lui ai dis au bout de trois jours : « ok là je suis libre, je veux te voir. Viens ! ».
Pendant nos jeux j’aimais surtout le fait de ne pas lui donner satisfaction. Je riais, même s’il me faisait très mal. Jamais je ne lui aurais dit stop car pour moi c’était se rabaisser et ça, il n’en était pas question.
C’est lors d’une soirée que je me suis rendu compte que je n’étais pas du bon côté : en plein milieu d’une séance j’ai switché complètement et l’ai humilié comme je ne l’ai encore jamais fait. Le pauvre !

De quelle sorte de personne pourriez-vous tomber amoureuse ?
Mes goûts sont assez vastes mais en fait je n’aime pas le côté classique d’une relation. Ce qui me trouble : un regard, une extravagance, un charme particulier. J’ai une préférence pour les hommes efféminés mais bon en fait je ne sais pas, c’est un ptit truc qui doit passer et c’est tout !

Depuis quand êtes-vous dominatrice ?

Je suis Dominatrice depuis 2 ans… enfin plutôt Maîtresse en fait car j’ai toujours eu un côté Dominant mais j’ai mis longtemps à le mettre à jour. Je n’étais pas prête. Je suis très vite passée par différents stades pour en arriver où j’en suis. Tout ça est neuf pour moi. Mais j’apprends très vite car j’aime ce que je fais. Je suis aussi consciente que j’ai encore beaucoup à découvrir  mais dans ce milieu on apprend tous les jours.
J’ai beaucoup appris grâce à Maîtresse Vampirella au niveau technique. C’est à son contact que j’ai développé mon style.

Qui est Maîtresse Vampirella ?
C’est la femme de ma vie. Je vis en couple avec Maîtresse Vampirella qui est une transsexuelle non-opérée.
Nous nous sommes rencontrés dans le milieu mais étions amis au départ. Puis il s’est passé un « ptit truc ».`

Vous pratiquez le SM en amour ?
Même si nous sommes dans le SM toutes les deux nous ne pratiquons pas ensemble étant donné que nous sommes dominantes.
Ceci dit, ils nous arrive de dominer à deux un soumis.

C’est quoi une bonne dominatrice, pour vous ?
Le plus important pour moi est avant tout le dialogue et le respect de l’autre. Il est important d’établir une confiance car avec ça on peut aller loin et dépasser les limites. Je respecte énormément les sousmis(es) car sans eux une Domina n’est rien et inversement.

Comment appelez-vous les hommes (ou les femmes) qui viennent vous voir pour se faire dominer ?
Tout dépend de leur statut un esclave est diffèrent d’un soumis ou d’un serviteur. Je peux aussi les affubler de petits noms humiliant!

C’est quoi un bon esclave et/ou soumis ?
Un bon esclave/ou soumis est pour moi un être qui se donne complètement dans la confiance, qui respecte sa Maîtresse et se met à la disposition de celle-ci.

Quels sont vos fantasmes SM préférés ?
Je suis fétichiste  des armes blanches. Les jeux de couteaux, lames, me plaisent beaucoup et me font vibrer. Malheureusement il est difficile de trouver des partenaires pour ce genre de jeux.

Qu’aimez-vous faire dans le cadre de la domination ?
J’aime jouer d’un mélange sensuel-érotique et puis plus dur. J’aime mélanger la douceur et la dureté pour affoler les sens et troubler la personne. Je ne joue pas d’une voix dure, je préfère le côté sensuel et même vicieux. Un murmure dans l’oreille peut se révéler plus fort qu’un ton cinglant. Je joue beaucoup avec le regard quand je domine : mon regard change. Je suis très perverse et vicieuse dans mes attitudes et je prends un plaisir extrême en voyant un visage grimaçant sous mes assauts.

Quelles sont vos spécialités ?
J’apprécie beaucoup le cutting. Mais aussi les jeux anals, le gode-ceinture, le fist, la dilatation, le fouet, le double martinet, la torture des tétons… C’est vaste : je peux prendre beaucoup de plaisir pour certains jeux avec une personne réceptive. Mais les jeux que j’aime beaucoup perdent tout leur goût quand je suis avec des personnes qui ne dégagent rien. Tout dépend du feeling !

Si vous étiez un animal, lequel voudriez-vous être ?
Un chat .
Indépendant, parfois calin mais toujours prêt à sortir ces griffes.

Si vous étiez une fleur, laquelle voudriez-vous être ?
Une orchidée.
Mon nom de soumise était Asylum : c’est le nom d’une orchidée dont le parfum rend fou.

Si vous étiez une matière ?
Vinyle ou soie, les deux me plaisent beaucoup

Quelle est votre phrase préférée ?
Toujours aller de l’avant et jamais regarder en arrière.

www.maitressesalem.com

Post scriptum : Beaucoup de choses ont changé dans la vie personnelle et professionnelle de Maîtresse Salem depuis la réalisation de cette interview. Elle organise une des soirées fétichistes régulières de Belgique, la Fetish Project.

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MAÎTRESSE MORRIGAN, L’AMAZONE

Texte rédigé par Agnès Giard | Interview | Mardi 23 novembre 2004 11:04

Morrigàn est une représentation de la Déesse-mère Celte. « Elle est la Désse de la guerre et de la sexualité… » explique Maîtresse Morrigan. La première fois que je l’ai rencontrée, c’était devant le Lou-Bar lors d’une soirée diabolique et je l’ai vue de loin : on a rarement l’occasion de rencontrer des femmes entièrement vêtues comme des cavalières à Paris… Maîtresse Morrigan se tenait sur le trottoir, rigide et silencieuse, la tête coiffée d’un haut de forme, en pantalon jodpur et bottes de cuir luisantes, une cravache à la main. Je suis pratiquement tombée à la renverse devant cette apparition : une Amazone. Avec sa coupe au carré très stricte, d’un blond de cendre accentué par une pâleur de peau lumineuse, Morrigan incarne vraiment de cette idéal de féminité guerrière.


Interview : Agnès Giard
Interview réalisée en novembre 2004.
Photos : Francis Loup

Pouvez-vous nous raconter vos premières expériences ?
Mes premiers émois SM sont nés alors que j’étais encore enfant.
Je pense que c’est une condition inée, on ne peut pas la créer. On est Dominatrice où on ne l’est pas. Il reste ensuite à choisir de l’assumer ou pas. J’ai décidé de l’assumer.
Ma première expérience fut assez étrange, un jeune homme inconnu me fut présenté lors d’une soirée, c’était un Maître. Ce fut le premier homme qui me fit des allusions au monde de la Domination. Celà faisait si longtemps que je désirais  pénétrer ce monde-là et y faire mes premiers pas… J’avais décider de ne plus le lâcher. Je l’ai emmené chez moi. Jusqu’au dernier moment il était persuadé qu’il me dresserait, mais je ne suis pas du genre à me laisser faire. J’ai pris le dessus et il m’a demandé de le dominer. L’embêtant c’est qu’il y a pris beaucoup de plaisir, il m’a dit qu’il n’avait jamais connu une telle extase, mais il n’a pu embrasser cette idée-là. Alors il s’est sauvé et je ne l’ai jamais revu. C’est dommage, il était charmant…

Qu’est-ce qui vous a décidé à aller plus loin ?
Ceux qui m’ont fait découvrir l’univers du SM sont les soumis. Par trois fois avant de vivre ma réelle première expérience des soumis sont venus à moi, le premier s’est mis à genoux dans un grand magasin, il m’a dit « Voilà une demie-heure que je vous observe, et je suis sûr que vous êtes une Maîtresse divine. Ordonnez-moi ce que vous voulez. » Les deux autres se sont jetés à terre, à plat ventre, en m’appellant Maîtresse, ce fût à l’entrée de deux concerts différents. J’étais… troublée, des frissons parcouraient mon échine, j’adorais ça ! Je me sentais moi, enfin à ma place. Je ne connaissais pas les codes, je les ai un peu testé, mais je n’étais pas seule, ce n’était pas le moment alors je suis partie.

Vous êtes-vous mise à la place des hommes que vous dominez ? Avez-vous tenté d’être soumise ou masochiste ?
Avant de prendre ma place de Dominatrice j’aurais aimé savoir ce que pouvaient réellement sentir les personnes que je dominerais, pour apprendre à agir correctement. Alors je me suis mise à chercher des Maîtres, mais je ne me laissais pas faire et ils n’arrivaient pas à me posséder. Il fallait donc que je leur ordonne de me donner des ordres, cela devenait ridicule. Puis j’ai rencontré un grand Maître qui m’a fait connaître la douleur physique, comme je le lui demandais. Je n’ai pas éprouvé de plaisir, et puis mentalement c’est moi qui le possédais. Mais il est vrai que j’étais assez fière de moi et de mon endurance.
Aujourd’hui je n’ai pas envie d’être soumise ou masochiste puisque j’ai pris ma place et que c’est ainsi que j’aime la luxure.

C’est quoi une bonne dominatrice, pour vous ?
Pour moi une bonne Dominatrice, c’est une femme qui sait écouter ses désirs. C’est une femme qui sait aussi être à l’écoute des autres, qui va sentir à quel moment son soumis ou son esclave pourra lui donner un pleu plus de lui-même, à quel moment il devra être cassé ou bien encouragé, à quel moment il peut avoir besoin d’une pause ou bien d’une récompense si il l’a mérité afin qu’il progresse dans sa dévotion.

Comment appelez-vous les hommes qui viennent vous voir pour se faire dominer ?
Toute personne qui se présente à moi et que j’accepte sera d’abord un soumis, ensuite s’il fait preuve d’effort et de dévotion il peut accéder au rang d’esclave.

C’est quoi un bon esclave/soumis ?
C’est avant tout une personne qui désire s’offrir…

De quelle sorte de personne pourriez-vous tomber amoureuse ?
Je pense qu’une personne qui serait à la base quelqu’un de très fort d’un point de vue charismatique, qui aurait une forte personnalité et qui par amour aurait envie et besoin de se soumettre à moi a toutes les chances de me faire craquer.

Avez-vous rencontré cette personne ?
Non, j’ai eu une histoire d’amour, une passion, mais rien de stable. C’était un soumis mais par occasion…

Jouez-vous avec votre look de cavalière ? Aimez-vous cravacher les hommes comme des montures ?
Je ne pense pas avoir un look de cavalière mais j’aime jouer de mon look. J’ai monté à différent moments de ma vie  et l’on vient de m’offrir pour mon anniversaire de nouveaux cours d’équitation.

Quelle voix avez-vous pour dominer ?
J’ai une voix autoritaire, mais j’aime autant susurrer des insultes aux creux d’une oreille que de hurler un bref instant juste au moment où l’esclave ne s’y attend pas. J’aime jouer de ma voix, c’est un terrible instrument…

Si vous étiez un animal, lequel voudriez-vous être ?
Une panthère de Sibérie

Une fleur ?
Une orchidée, une rose… mais noire

Une matière ?
Le cuir, c’est une matière vivante… porté à même la peau… lorsque l’on pense à ce que c’est… Je trouve cela troublant et terriblement excitant.

Quelle est votre phrase préférée ?
Deux phrases marquent mon existence, l’une dite par la Comtesse de Sponville : « Nous n’avons besoin de morale que faute d’amour ».
Et l’autre dite par Casanova : « Dépêchez-vous de succomber à la tentation avant qu’elle ne s’éloigne »…

Si votre vie était un film, quel en serait le titre?
Si ma vie était un film ? Elle porterait le nom de « La chevauchée sauvage » mais plus pour le titre que pour le film. Quoiqu’un western revu et corrigé par des femmes serait peut-être une bonne idée…

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SUBLIME LADY DE L’OWK MONIQUE DE NEMOURS

Texte rédigé par Sudo Decoy | Interview | Dimanche 7 mars 2004 17:17

Blonde, fine, impérieuse, cette maitresse espagnole d’origine allemande possède un donjon très célèbre à Barcelone. Son nom de guerre est aussi exotique que son accent rauque : « Lady Monique de Nemours ». Elle a 39 ans et elle n’aime pas se répéter. Elle porte un tatouage sur l’épaule, signe de distinction : c’est le symbole de l’OWK. Maitresse Monique fait en effet partie des « sublime ladies de l’Other World kingdom ». Fière de ce titre, elle n’admet pas qu’on puisse lui résister. Ses réponses à l’interview sont donc aussi concises et cinglantes que des coups de canne anglaise. Sublime, forcément.


Interview : Sudo Decoy
Merci à Jean-Luc et à Laura, sans qui cette interview n’aurait pas eu lieu.
Interview réalisée en 2004.

Quand avez-vous avez découvert les plaisirs SM ?
Ma première expérience SM, avec toute la parafernalie de cet univers magique, date d’il y a quinze ans. C’était avec un homme qui aujourd’hui encore fait partie de mes plus fidèles esclaves personnels.

Vous avez découvert le SM à l’âge de 24 ans ?
J’ai toujours eu – depuis mon plus jeune âge – une inclination pour ces jeux érotiques. Pour moi, être dominatrice, c’est dans les gènes. Mais j’ai décidé d’en faire un mode de vie il y a cinq ans seulement.

Pourquoi est-ce devenu un mode de vie ?
Parce que ça me plait, parce que le monde de la domination est synonyme de monde tout court. Dans cet espace, je me sens enfin moi-même. C’est là que mon corps – comme mon esprit – prend le chemin de la liberté.

Quelle sorte de dominatrice êtes-vous ?
Mon cocktail personnel est à base de créativité, aromatisé à une douce perversité, pimenté d’agressivité érotique. En boire, c’est pénétrer dans une 4ème dimension où le plaisir et la souffrance se confondent comme la fin du jour se confond avec les premières heures de l’aube.

Quelles sont vos jeux préférés ?
J’aime provoquer des sensations, suivant des conditions qui sont toujours les mêmes : si le soumis désire faire ce que je lui dis. Je l’attends dans mon donjon, mais il faut qu’il réponde d’abord à une seule question : « Feras-tu ce que je t’ordonnerai de faire ? ». S’il répond OUI, alors nous jouerons.

Quels sont vos instruments préférés ?
Tout ce qui me tombe sous la main, tout ce que j’ai pu acheter chez Fetter’s : roue, croix, suspension, table d’étirement, Silla, etc, etc.

C’est quoi la domination, pour vous ?
Je vous l’ai dit avant et je le répète : dominer c’est être dans mon monde, aller à la rencontre de moi-même.

Qu’est-ce qui peut faire du mal à une dominatrice comme vous ?
Tout ce qui me fait du mal dans la vie en général : le manque de respect, la violence gratuite, les limites qui sont poussées trop loin.

Avez-vous un compagnon ?
Actuellement non, je dois avouer que je suis seule et que j’essaye de me ressourcer. Mais ma vie est belle comme cela, et je préserve quand même ma vie intime et mon temps.

Dans la relation de domination, est-ce que le langage est important ? Que dites-vous ?
C’est extrêmement important, oui. J’ajouterai même que la communication verbale est la plus importante. Mais tout ce que je peux dire pendant un jeu SM – les mots, les ordres ou les dialogues – appartient à ces moments uniques et ne peut se répéter.

Qu’attendez-vous de la vie ?
Pleins de nouvelles expériences constructives.

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MAÎTRESSE FRANCOISE, LA MESSALINE DE LA BADINE

Texte rédigé par Agnès Giard | Interview | Mercredi 23 octobre 2002 10:49

C’est une des dominatrices les plus connues de France. Et pour cause : Maîtresse Françoise fait une apparition remarquée à la TV en 1989, dans une émission de Dechavanne. Des millions de Français la regardent. Après ce coup d’éclat médiatique, elle écrit en 1994 une autobiographie « Françoise Maîtresse » qui dévoile sans affèteries un mode de vie pas comme les autres. De son vrai nom Annick Foucault, la « Messaline de la badine », « l’impératrice du sling » ne ménage pas les conventions : elle dit tout cru ce qu’elle a sur le cœur – rébellion et amour mêlés. Il faut que ça sorte. Elle est « Institutrice sévère. Femme Mec pour MecNana. Geôlière. Travestisseuse. Ouvreuse, troueuse de vagins mâles. Confesseuse de l’inavoué et du péché qu’ils commettront, je suis celle qui leur permet de devenir des hommes. » Après son passage remarqué à la Nuit Démonia – entourée de toutes ses amies dominatrices du monde entier – Maîtresse Françoise a bien voulu répondre à nos questions.


Interview : Agnès Giard
Interview réalisée en octobre 2002.
Photos : Christophe Mourthé

Comment êtes-vous devenue dominatrice ?
À vingt ans et même avant, J’avais compris que ma sexualité s’épanouissait lorsque je me sentais complètement possédée par un homme, attachée, battue.  Cependant, le problème majeur fut de faire comprendre à ces chers petits que c’était un jeu. Et, qu’en aucun cas, je n’étais prête à devenir une serpillière dans la vie quotidienne. Comment suis-je passée de l’état de « dominée ludique » à l’état de dominatrice, je m’en explique dans mon livre.
Je sortais d’un douloureux divorce, j’étais écrasée par mes responsabilités.
J’avais rencontré un homme sur 3615 Aline, il se prétendait maître. Hélas, au premier geste, je lui ai arraché le fouet des mains et lui disant : « Mais qu’est-ce que tu es nul ! Je vais t’apprendre à fouetter ! Regarde-toi, tu es pathétique ! » Je le tutoyais. Le masque était tombé. Une seconde, il s’agenouilla, s’agrippa à mes escarpins : « Oui, maîtresse, je ne suis qu’une nulle !  Faites de moi votre salope ! ». Surprise !  Maîtresse, moi ? Moi, qui trouvais déjà si pénible de me battre dans ma vie !  Intriguée, je changeais de pseudonyme. Le lendemain je rencontrais un homme. Un de mes plus beaux souvenirs. Notre liaison a duré un long moment.  Elle s’est terminée par une très grande amitié. Ma vie de maîtresse devenait ma vraie vie.

Pourquoi êtes-vous devenue dominatrice ?
Lorsque je cherchais une relation avec un maître, je le rêvais fort, intelligent, cultivé, plus que moi, et donc qui m’élève intellectuellement.  Je cherchais le plaisir sensuel et un vrai Pygmalion.  Pas n’importe lequel, il me le fallait indestructible à mes yeux.  Or, tous s’évanouissaient comme des tigres de papier. J’en demandais certainement trop. En revanche, mon premier esclave possédait toutes les qualités que je cherchais chez un homme.
Depuis que je suis dominatrice, j’ai rencontré des hommes avec lesquels j’ai vécu de très belles histoires.  Jamais, auparavant, dans ma vie de femme, je n’avais côtoyé d’hommes aussi raffinés.  Ils m’ont permis de me réconcilier avec la vie. Je leur dois ma sérénité et plus encore.

Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire un livre ?
J’ai toujours eu envie d’écrire et de faire du théâtre ; une vie compliquée m’en a empêché.  Ce n’est que plus tard que j’ai retrouvé ma vie de « théâtreuse ». A une époque, il m’était très facile d’écrire sur des forums de minitel.  Ces petits textes retravaillés à l’infini furent mes brouillons.  Quand je vis une relation, je suis déjà dans l’écriture.
Passer des forums à la publication chez Gallimard, fut pour moi un travail monstrueux.  Un jour mon directeur de collection, m’a dit : « Tu écris du Genet ».  Je n’avais pas beaucoup lu Genet.   Je m’y suis donc plongée, j’ai aussi lu Genet à travers Sartre et j’ai compris que Genet parlait de la cruauté de la société, mais qu’il ne voulait surtout pas changer cette cruauté, car elle était un moteur à sa créativité.  Je m’y suis reconnue. L’écriture est d’ordre masochiste, et c’est dans la créativité menée par la douleur que je me suis également épanouie.
C’est dans les périodes de plus grand manque, que Picasso a créé ses plus belles œuvres : « La période bleue ». À l’époque, il crevait de faim et peignait sans lumière un pinceau dans une main, une bougie dans l’autre.
J’ai aussi voulu parlé des hommes masochistes sur un autre ton.  Dans « Les mémoires d’une fouetteuse », Fathy – sans doute guidée par de mauvais conseillers – décrit les hommes masochistes comme de pauvres types ivrognes, camés, cintrés. J’ai lu ce livre en partie et je l’ai refermé quand j’ai lu qu’elle avait besoin de « se purifier » en s’isolant de temps en temps dans son pays.  Il s’agissait donc d’un livre mené par l’ordre moral et Fathy en était l’innocente victime.
Mon livre est certainement plus subversif, car il remet, comme on dit, les pendules à l’heure.  Il démontre que chacun de nous peut vivre cette sexualité sans être un malade mental. Et, que nous pouvons mener, par ailleurs, une vie parfaitement équilibrée.
Après la première émission chez Dechavanne, J’ai été victime du sadisme de mon voisinage et j’ai écrit plus de cinq cents pages sur ce sadisme. Ces écrits ressemblaient à un essai. À chaque fois que je subissais une agression psychologique, je la vomissais sur mon écran.  Cela m’évitait de devenir violente.   J’ai évidemment résumé cela en très peu de lignes sur mon livre. Et, j’ai été délivrée. La méchanceté gratuite ne m’a plus jamais meurtrie.

Qu’est-ce que cela a changé dans votre vie ?
Tout, je suis devenue sereine, j’ai beaucoup lu, écritdans ce mode de vie, j’ai pansé mes plaies, les douleurs de ma vie.

Vous avez fait partie des premières dominatrices à passer à la TV… Pouvez-vous nous en parler ?
Je ne voulais pas y aller, je l’ai fait pour faire plaisir à des amis exhibs. Je ne regrette rien car avec ou sans moi, notre sexualité serait sorti du secret.
À l’époque j’avais une boutique de prêt à porter. Il m’arrivait d’emmener un partenaire de jeu, le soir à la boutique.  Il devenait la cliente et moi la vendeuse désespérée de ne pouvoir faire de lui une femme élégante. Il fut le seul bon souvenir de cette boutique, tout le reste ne fut qu’inquiétude et travail harassant.  À la suite de la première émission, j’ai très vite compris que je pouvais travailler avec beaucoup plus de passion et moins de risques financiers.  Notamment dans la télématique, l’audiotel et aujourd’hui sur Internet où ma zone membre fonctionne de mieux en mieux. Je suis donc devenue une sorte d’image de marque, et une marque qui marche. La télévision cherche désormais à nous piéger, nous ridiculiser.  Dans ces cas-là, je refuse ce média.

C’est quoi la domination, pour vous ?
Je crois qu’il faut commencer par regarder vivre l’être humain.  Regarder ses besoins, ses manies, le regarder enfant et le comparer à l’adulte.
Depuis les temps les plus reculés on constate que l’homme a toujours eu besoin d’idoles.  Où les trouve-t-il ? Dans les religions, les croyances, les vénérations aux dieux.  Ou, encore dans la vénération qu’il voue à une star, un sportif, vénération à un être humain.  Mais, dans les deux cas, le dieu est inabordable.
Certains idéalisent une femme ou un homme plus accessible. Ils ou elles le travestissent en un dieu.  Ils calment, ainsi, leur besoin avec la chimère, le tout est d’y croire le temps de combler leur frustration.  D’où le ridicule de la dominatrice ou du dominateur qui se prend trop au sérieux.
L’homme a besoin de cérémonies, de changer de peau, de devenir un autre. Car, force et faiblesse sont deux nourritures indispensables à l’être humain.
À l’ombre du donjon, l’homme vient cacher sa peur d’être reconnu en état de faiblesse, son homosexualité refoulée. Il vit, enfin cette homosexualité avec une femme devenue homme pour la circonstance.  L’homme masochiste double tout le monde, car il accuse hypocritement la Maîtresse de lui faire subir, ce qu’en fait, il ordonne implicitement.  Tout cela n’est qu’un jeu vécu de façon éphémère, mais sur le moment rien n’est plus sérieux.  La porte du donjon refermée, nous devenons des êtres chaosmiques».
Nietzsche dit que l’homme naît chameau devient lion et n’est accompli que lorsqu’il sait redevenir enfant.   Pour moi le SM, c’est le « devenir enfant » de l’homme. Et, finalement ce sont les jeux d’enfants qui sont sexualisés et adaptés à l’homme enfant.  On joue au docteur, on enfile les affaires de maman, chapeau, chaussures à talons-aiguilles, corset. Et le donjon devient un parc d’attractions pour enfant adulte.
La dominatrice vit cela comme « La reine d’un jour».  C’est aussi une échappée qui lui permet de fuir le monde de la terreur, des larmes et du sang. Les objets de punitions du pouvoir patriarcal sont castrés puisque le fouet, la canne anglaise, l’humiliation, si longtemps utilisés pour punir dans la vie, offre désormais du plaisir. C’est un pied de nez à notre civilisation.
Du reste, les médias ne s’y trompent pas. Désormais les jeux d’humiliation à la télévision font un tabac, voir « Le maillon faible », là l’homme va combler son besoin de faiblesse, mais il le fait en toute innocence.
Les exemples sont légions.  L’homme est prêt à tout pour ne pas se sentir coupable de ce besoin de faiblesse. L’homme a aussi besoin de transgresser les règles établies.  Le SM est une sorte de « Saturnale » moderne.  À l’époque, une fois par an on permettait à l’esclave d’être le maître. Et donc, au maître de devenir esclave.  On avait déjà compris ce besoin « humain » de retournement. Les fêtes païennes d’aujourd’hui en sont toujours la preuve : Carnaval, (qui ressemble fort aux fêtes fétichistes), Halloween. Ce qu’il y a d’amusant dans Halloween, c’est que l’on humanise la sorcière.  Et donc le diable, la dominatrice par la même occasion. En dédramatisant la présence de la sorcière ou du diable, on décrédibilise le Dieu le Père, car croire en Dieu c’est croire au diable. On prive la société du diable bouc émissaire de tous nos mots. À voir comment l’église se débat contre cette fête.   Mais c’est une trop longue histoire à expliquer.
Le SM est un jeu de masques, nombreux sont ceux qui aiment le vivre   » encagoulés  » ou maquillés.  Je crois qu’ils effacent ainsi le visage rendu coupable par la religion. Le fait qu’ils n’aillent pas à la messe ne change rien. Cette culpabilité est ancrée dans nos racines.
L’image du visage coupable, effacé, se retrouve dans l’art : Francis Bacon.
J’ai un partenaire qui depuis des années a le besoin est d’être complément englouti dans le cuir.  Je parle de lui sur mon site.  Il aime que sa queue soit recouverte de cuir.  Comme s’il portait un gode ceinture et de façon à ce que l’on se pose la question : est-ce une femme qui porte un gode ceinture ? ou est-ce un homme ?  En quête permanente de la botte parfaite qui le couvrirait jusqu’au corset, de façon à ce qu’aucune parcelle de sa peau ne soit visible.  Cacher l’image du corps mortel et coupable, pour le rendre éternel et à l’abri du corps cadavérique du christ en croix, et donc de toute culpabilité. En vous expliquant cela, j’essaie de sortir un peu des clichés traditionnels, scènes de dressage et autres.
Je sais que je fais hurler, mais pour moi la frontière entre SM et fétichisme est pratiquement imperceptible, mais beaucoup l’ignorent par manque de lectures et de réflexions. A noter que je n’aime pas les initiales SM.Pourquoi ne pas dire masochiste et masochisant(e) ? Bon,  à expliquer une autre fois.

Qu’est-ce que vous aimez dans le SM ?
Ce que je viens de dire plus haut, sortir du cliché traditionnel, j’aime le faste, la cérémonie,  les beaux accessoires.  Certains sont de véritables œuvres d’art. « Le masochisme prend sa source dans l’œuvre d’art », le fait que les hommes masochistes aiment à se contempler devant la glace n’a rien d’innocent, et même lorsque l’on travestit un homme de façon burlesque, cela peut encore être une œuvre d’art, un tableau.
J’aime le regard de celui que je domine, j’aime la fusion, nous sommes deux et il faut être tous deux en phase pour que le plaisir soit réciproque.

Qu’est-ce que vous détestez ?
Une partie de la nouvelle génération qui est là parce que   » ça le fait».
Le fétichisme et le SM servent à la publicité, les plus grands de la mode en usent et en abusent.  Ce qui amène, dans notre milieu, des faux-semblants. Ils offrent aux pratiquants une image de   » beaufs».
Ces suiveurs de charrettes jugent, ouvrent des tiroirs, créent de nouveaux interdits aussi ridicules qu’inutiles. Et, ils nous donnent des leçons, se méprisent les uns les autres, suivant leurs différentes sexualités plurielles.
C’est une véritable arrivée du racisme à l’intérieur de notre communauté. Ce qui me fait regretter le temps où nous étions cachés.

La relation de domination n’est jamais dégradante ?

Celle qui est dégradante, c’est la relation de domination morale, vécue insidieusement dans la vie de tous les jours, le harcèlement, la domination sadique,  certainement pas la domination orgiaque.

Que pensez-vous des personnes qui sont complètement hermétiques au comportement de domination ?
Dans le monde, plus un pays est puritain, intégriste, plus il commet des exactions, des crimes, des viols.
Il faudrait examiner de plus près ces gens qui sont hermétiques ou intolérants au regard de notre sexualité, je suis sûre que l’on trouverait certaines névroses qui les entraînent à mal se conduire dans la vie de tous les jours.
C’est aussi une sorte de guerre de religion.  Je m’explique, mêler comme nous le faisons la sexualité à des cérémonies, c’est mêler le sexe et le sacré.  Rien n’est plus païen et donc plus intolérable pour la société bien pensante.  C’est prôner encore plus haut le bonheur sexuel. Il y a un rapport à la Grande Déesse, aux religions antiques etdonc au paganisme.

Dans la relation de domination, est-ce que le langage est important ?
Le langage est essentiel, la sexualité cérébrale, c’est ce qui nous différencie avec les animaux.
L’homme masochiste est comme un enfant à qui on lit un conte pour lui faire vivre la scène.  En général une enfant pauvre rêve de vivre la vie de Cendrillon, de sortir de ses haillons pour devenir une princesse, dans le cas de l’enfant adulte c’est le contraire, l’homme se rêve en haillons, ou encore l’homme se rêve princesse pute, et il préfère la marâtre à Blanche neige.
Ils aiment changer de peau et il est indispensable de leur raconter ce qu’ils vivent pour qu’ils le vivent de façon plus intense encore.
Ils aiment se sentir prisonniers, dépendants, chiens, putains… D’autres préfèrent la douleur appliquée avec une technique sadique. Evidement sans faire entrer le vrai sadisme dans la relation.
Il y a toute une montée du langage indispensable à l’extase que l’on recherche.   Il m’est arrivé de voir des hommes éjaculer sans les avoir touché, juste en leur parlant.

Jusqu’où peut-on aller dans le langage ? Et dans les gestes ?

Attention, le langage est comme le geste. Un geste maladroit, un mot qui n’est pas à sa place et tout ce qui était sublime devient tout à coup d’une grande vulgarité.
Il ne faut pas se tromper. Et savoir prendre au vol les clefs invisibles que vous livre l’homme masochiste. Tout est autorisé du moment qu’il s’agit de relations entre adultes consentants, hors influence et sans risques pour le dominé.

« Françoise Maîtresse » de Annick Foucault, éd. La Musardine.
www.maîtresse-francoise.com

LADY MERCEDES, LA DOMINA MOBILE

Texte rédigé par Lorna Zone | Interview | Mercredi 19 juin 2002 14:29

Ex-infirmière en service de soins intensifs, dominatrice depuis 16 ans, Lady Mercedes, 38 ans a choisi son pseudonyme parce qu’il évoque le luxe et la puissance. Rien à voir avec une Espagnole donc ! Cette allemande brune partage avec Lady Marlon un des plus beaux donjons de Berlin, voire d’Europe : le studio Avalon, véritable décor de théâtre cruel, célèbre pour ses multiples possibilités de mises en scène. Pour Mercedes, justement, tout l’art de la domination consiste à changer de rôles au gré des désirs.

Interview : Lorna Zone
Interview réalisée en juin 2002

Pourquoi vous appelez-vous Mercedes ?
C’est le nom des plus belles et des plus coûteuses voitures ici, en Allemagne et j’espère être une des meilleures et des plus coûteuses dominatrices de ce pays. C’est aussi le véhicule des prêtresses modernes, et je me considère justement comme une personne très “mobile”, au sens spirituel.

Pourquoi êtes-vous devenue dominatrice ?
C’est la mode, l’aspect esthétique du SM qui m’attirait au début : jeune, j’adorais porter du cuir et du vinyle. Puis mon petit copain m’a poussée à aller plus loin et nous nous sommes retrouvés dans une relation de Maîtresse à esclave… Ensuite, j’ai changé de métier parce que je me suis aperçue qu’il était très agréable de contrôler les hommes. Je voulais aussi mesurer jusqu’à quel point je pouvais exercer mon pouvoir.

De quand datent vos fantasmes SM ?
De l’enfance. Petite, j’adorais faire régner ma loi, décider des règles. Mais je ne pensais pas que ce goût du pouvoir pouvait avoir des débouchés dans la vie sexuelle… Je ne l’ai découvert qu’au moment où j’ai découvert l’amour, adolescente.

Ça veut dire quoi “dominer” pour vous ?
Dominer, c’est astreindre la personne avec qui je suis à me faire honneur. Dans le respect mutuel bien sûr.

Quelle est votre conception du SM ?
C’est une expérience en dehors des normes, une expérience qui peut changer votre vie. On bascule tout à coup dans un univers régi par d’autres lois, par d’autres valeurs.

Qu’est-ce que vous aimez dans votre métier ?
Les secrets. J’aime travailler avec plein de personnes différentes, qui me transforment chacun selon leurs désirs. Je partage avec eux leurs fantasmes intimes, j’incarne la femme idéale de leurs rêves, sans cesse changeante, en perpétuelle métamorphose. Je suis très excitée d’avoir été choisie par eux pour servir de cacalyseur. Après chaque séance, je suis heureuse d’avoir été l’instrument d’une catharsis, grâce à mes pouvoirs et à ma personnalité.

Qu’est-ce que vous n’aimez pas ?
L’intolérance et les soumis qui n’arrivent pas à se laisser aller, à se confier…

A quoi ressemble votre vie quotidienne ?
C’est une vie très normale. Chaque jour je me lève tôt pour aller nager. Je mange d’une manière saine, végétarien. Je vois deux ou trois soumis par jour. Le reste du temps, je prends les appels, je réponds aux lettres et aux emails… Le soir, avec Lady Marlon, je sors parfois pour m’amuser à l’extérieur. J’ai aussi une vie privée, avec mon compagnon.

Il n’y a pas de conflit avec lui ?
J’ai toujours été très honnête avec lui, il n’y a donc jamais eu de problème. Il accepte tout à fait ma passion et il est fier de moi.

Pouvez-vous décrire votre donjon ?
Avalon est un jardin d’enfant pour adultes, plein de recoins différents. Il y a une “rubber room”, une salle médicale entièrement équipée, un salon pour les soubrettes et les travestis, une pièce réservée aux femmes soumises, une autre aux adeptes du bondage et deux donjons médiévaux. Nous aimerions que notre “studio” soit le plus beau d’Europe. Pour le faire connaitre, nous allons d’ailleurs y tourner des vidéos SM…

www.avalon-berlin.de

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ILSA STRIX, LA LOUVE DES SOUMIS SEXTREMES

Texte rédigé par Lorna Zone | Interview | Mardi 5 mars 2002 10:51

La blonde Ilsa Strix est une Maîtresse californienne aux origines germaniques. Elle a 30 ans et, en à peine 10 ans de domination professionnelle, elle s’est taillée aux USA une réputation de femme de fer : elle sait parfaitement utiliser les aiguilles, les crochets, les broches et les agrafes qu’elle plante par centaines dans la peau de ses soumis. Ses performances spectaculaires s’inscrivent en droite ligne du mouvement des « Modernes primitifs » lancé à San Francisco par les premiers gays hardcore militants… Ilsa est une perceuse de cœurs.

ilsa-strix

Interview : Lorna Zone
Interview réalisée en mars 2002.

Le SM, ça a commencé comment pour vous ?
Par des fantasmes : depuis la puberté, l’inégalité entre les sexes m’excite. Mon premier boyfriend, je l’ai attaché et puni. Je vivais à San Francisco, où la communauté cuir est bien développée depuis les années 70. En grandissant, petit à petit, je suis entrée dedans et à 20 ans, j’en faisais partie comme pro.

Pourquoi êtes-vous devenue professionnelle ?
On dit que ceux qui aiment leur travail ne travaillent jamais vraiment. Pour moi, c’est naturel de faire ce que j’aime et de vivre de mes plaisirs.

Quelle est votre définition de la domination ?
C’est l’art d’utiliser le pouvoir et la confiance qu’un soumis remet entre vos mains, pour en faire une équation érotique. Dedans on trouve : du bondage (art de la restriction), de la discipline (de la punition light aux châtiments lourds comme la fessée), le fétichisme (l’art de sexualiser les objets et les vêtements), la transformation (exploration des genres), la sensation (brouiller les frontières entre souffrance et plaisir) et le fantasme (jeu de rôle).

Comment définiriez-vous le SM ?
Comme une pratique saine, consensuelle, créative, drôle, épanouissante, qui permet de se découvrir et de prendre confiance en soi. Grâce au SM, on peut jouer avec les aspects les plus obscurs de sa psyche.

Qu’est-ce qui vous plait dans votre métier ?
Explorer l’esprit des gens, créer de nouvelles dimensions, sentir ma puissance…

Qu’est-ce qui vous déplait ?
Le quotidien : e-mails, appels téléphoniques, interlocuteurs malhonnêtes, grossiers ou qui nient la sexualité au nom de théories politico-sociales foireuses.

Vous voyagez beaucoup ?
Oui, d’ailleurs là, je vous écris de Sydney en Australie ! La semaine dernière j’étais à New York. C’est un de mes privilèges : mon métier me fait découvrir le monde.

Quel est votre rythme de vie ?
Hors des voyages, je suis très régulière : tous les matins, lever à 7 heures, promenade avec mon chien, gymnastique, travail sur ordinateur. Mon secrétaire s’occupe de la plupart des appels mais je réponds parfois. La journée, je tourne des vidéos pour ma marque (bdsm-video.com), je fais aussi des photos pour le site (ilsastrix.com), j’écris mon journal et je tourmente mon écurie d’esclaves. Le soir, je vais diner avec un ami et en rentrant je lis un livre.

Vous vivez avec quelqu’un ? Votre métier ne pose pas de problème ?
Je vis avec mon rottweiler Dagmar. Il n’y voit aucun inconvénient.

Vous avez des soumis français ?

Oui, plusieurs viennent me voir de France. J’aime leur candeur, ils sont très franc du collier et pleins de grâce.

Quelle est votre originalité en tant que dominatrice ?
J’ai fait des séances assez spectaculaires et très intensives, comme la célèbre « Berkeley 5K » où j’ai enfoncé 5000 aiguilles dans le corps d’un soumis. Durant le « Hundred Hooks over Hollywood », j’ai fait passer un soumis à travers dix séries d’épreuves comportant chacune 100 coups : 100 crochets lui sont passés dans la peau, 100 broches médicales, 100 agrafes, il a reçu 100 marques de fouet, 100 charges électriques etc. Ce n’était pas pendant des séances de SM professionnelles, c’était juste des défis. Chaque défi m’a demandé des années d’entrainement : j’ai appris à manipuler les aiguilles, les crochets… Ca m’a donné l’idée de de fonder www.prodomination.com, le plus grand site d’information professionnelle pour les dominatrices, avec tout un chapitre consacré à la défense légale de notre métier.

Vous êtes très militante dans le milieu ?
J’essaye d’organiser un « front de résistance » ! Actuellement 140 Maîtresses sont investies dans le projet communautaire de prodomination.com et ont aidé à résoudre deux procès… Sur ce site, il y a 5000 photos exclusives prises dans tous les donjons des Etats-Unis, des histoires, des webcams, des interviews, des petites annonces etc. En plus, je fais des ateliers de sado-masochisme deux fois par mois pour montrer les techniques et les mesures de sécurité. J’enseigne aussi la sexualité, quatre fois par mois, à des étudiants de psychologie. Ces deux dernières années, deux de mes vidéos (Queen of pain et Fetish FAQ 1) ont été nominées aux « best fetish vidéos ».

Vous êtes branchée Internet ?
La Silicon Valley se trouve en Californie, alors c’est normal. Mon site est classé comme le site de dominatrice le plus populaire chez Yahoo ! Nous le mettons à jour 6 fois par semaine. Il contient 1000 photos, une centaine de clips, des douzaines de témoignages, mon journal intime, des clips audio, une webcam hebdomadaire et plus encore. J’essaye d’en faire le miroir de la vie incroyable que je mène, un miroir à la fois de la réalité et des fantasmes. On peut y voir ce qui se passe rééllement dans mon donjon.

A quoi ressemble votre donjon ?
J’ai un loft de 180 mètres carrés immaculé et orné des jouets les plus exquis que l’on puisse se procurer moyennant finance ! Comme il y a beaucoup de place, ça me permet de collectionner des grosses pièces de mobilier : une table de bondage qui peut supporter 3 tonnes, un système suspension avec un plafond à miroirs et deux treuils, un coffre d’isolation sensorielle fait sur mesure, et des trônes à bondage en cuir fabriqués spécialement pour moi. Sans compter les cages (une suspendue, une qui roule, une cellule en métal), les croix, les appareils de suspension, des chevaux d’arçon etc. J’aime m’acheter sans cesse de nouveaux équipements pour garder l’excitation intacte. J’adore tout ce qui sort des sentiers battus, les trucs tordus et bizarres. Ce serait rigolo un jour de faire l’inventaire de mes gadgets !

Quels sont vos projets ?
Après dix ans de domination, j’aime toujours être une « centrale électrique ». J’alimente les hommes en énergie ! Ca me fait plaisir quand certains me contactent : s’ils sont sincères et qu’ils veulent me faire plaisir, j’ai l’impression de retrouver mes qualités en eux…

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