MAÎTRESSE MORRIGAN, L’AMAZONE

Texte rédigé par Agnès Giard | Interview | Mardi 23 novembre 2004 11:04

Morrigàn est une représentation de la Déesse-mère Celte. « Elle est la Désse de la guerre et de la sexualité… » explique Maîtresse Morrigan. La première fois que je l’ai rencontrée, c’était devant le Lou-Bar lors d’une soirée diabolique et je l’ai vue de loin : on a rarement l’occasion de rencontrer des femmes entièrement vêtues comme des cavalières à Paris… Maîtresse Morrigan se tenait sur le trottoir, rigide et silencieuse, la tête coiffée d’un haut de forme, en pantalon jodpur et bottes de cuir luisantes, une cravache à la main. Je suis pratiquement tombée à la renverse devant cette apparition : une Amazone. Avec sa coupe au carré très stricte, d’un blond de cendre accentué par une pâleur de peau lumineuse, Morrigan incarne vraiment de cette idéal de féminité guerrière.


Interview : Agnès Giard
Interview réalisée en novembre 2004.
Photos : Francis Loup

Pouvez-vous nous raconter vos premières expériences ?
Mes premiers émois SM sont nés alors que j’étais encore enfant.
Je pense que c’est une condition inée, on ne peut pas la créer. On est Dominatrice où on ne l’est pas. Il reste ensuite à choisir de l’assumer ou pas. J’ai décidé de l’assumer.
Ma première expérience fut assez étrange, un jeune homme inconnu me fut présenté lors d’une soirée, c’était un Maître. Ce fut le premier homme qui me fit des allusions au monde de la Domination. Celà faisait si longtemps que je désirais  pénétrer ce monde-là et y faire mes premiers pas… J’avais décider de ne plus le lâcher. Je l’ai emmené chez moi. Jusqu’au dernier moment il était persuadé qu’il me dresserait, mais je ne suis pas du genre à me laisser faire. J’ai pris le dessus et il m’a demandé de le dominer. L’embêtant c’est qu’il y a pris beaucoup de plaisir, il m’a dit qu’il n’avait jamais connu une telle extase, mais il n’a pu embrasser cette idée-là. Alors il s’est sauvé et je ne l’ai jamais revu. C’est dommage, il était charmant…

Qu’est-ce qui vous a décidé à aller plus loin ?
Ceux qui m’ont fait découvrir l’univers du SM sont les soumis. Par trois fois avant de vivre ma réelle première expérience des soumis sont venus à moi, le premier s’est mis à genoux dans un grand magasin, il m’a dit « Voilà une demie-heure que je vous observe, et je suis sûr que vous êtes une Maîtresse divine. Ordonnez-moi ce que vous voulez. » Les deux autres se sont jetés à terre, à plat ventre, en m’appellant Maîtresse, ce fût à l’entrée de deux concerts différents. J’étais… troublée, des frissons parcouraient mon échine, j’adorais ça ! Je me sentais moi, enfin à ma place. Je ne connaissais pas les codes, je les ai un peu testé, mais je n’étais pas seule, ce n’était pas le moment alors je suis partie.

Vous êtes-vous mise à la place des hommes que vous dominez ? Avez-vous tenté d’être soumise ou masochiste ?
Avant de prendre ma place de Dominatrice j’aurais aimé savoir ce que pouvaient réellement sentir les personnes que je dominerais, pour apprendre à agir correctement. Alors je me suis mise à chercher des Maîtres, mais je ne me laissais pas faire et ils n’arrivaient pas à me posséder. Il fallait donc que je leur ordonne de me donner des ordres, cela devenait ridicule. Puis j’ai rencontré un grand Maître qui m’a fait connaître la douleur physique, comme je le lui demandais. Je n’ai pas éprouvé de plaisir, et puis mentalement c’est moi qui le possédais. Mais il est vrai que j’étais assez fière de moi et de mon endurance.
Aujourd’hui je n’ai pas envie d’être soumise ou masochiste puisque j’ai pris ma place et que c’est ainsi que j’aime la luxure.

C’est quoi une bonne dominatrice, pour vous ?
Pour moi une bonne Dominatrice, c’est une femme qui sait écouter ses désirs. C’est une femme qui sait aussi être à l’écoute des autres, qui va sentir à quel moment son soumis ou son esclave pourra lui donner un pleu plus de lui-même, à quel moment il devra être cassé ou bien encouragé, à quel moment il peut avoir besoin d’une pause ou bien d’une récompense si il l’a mérité afin qu’il progresse dans sa dévotion.

Comment appelez-vous les hommes qui viennent vous voir pour se faire dominer ?
Toute personne qui se présente à moi et que j’accepte sera d’abord un soumis, ensuite s’il fait preuve d’effort et de dévotion il peut accéder au rang d’esclave.

C’est quoi un bon esclave/soumis ?
C’est avant tout une personne qui désire s’offrir…

De quelle sorte de personne pourriez-vous tomber amoureuse ?
Je pense qu’une personne qui serait à la base quelqu’un de très fort d’un point de vue charismatique, qui aurait une forte personnalité et qui par amour aurait envie et besoin de se soumettre à moi a toutes les chances de me faire craquer.

Avez-vous rencontré cette personne ?
Non, j’ai eu une histoire d’amour, une passion, mais rien de stable. C’était un soumis mais par occasion…

Jouez-vous avec votre look de cavalière ? Aimez-vous cravacher les hommes comme des montures ?
Je ne pense pas avoir un look de cavalière mais j’aime jouer de mon look. J’ai monté à différent moments de ma vie  et l’on vient de m’offrir pour mon anniversaire de nouveaux cours d’équitation.

Quelle voix avez-vous pour dominer ?
J’ai une voix autoritaire, mais j’aime autant susurrer des insultes aux creux d’une oreille que de hurler un bref instant juste au moment où l’esclave ne s’y attend pas. J’aime jouer de ma voix, c’est un terrible instrument…

Si vous étiez un animal, lequel voudriez-vous être ?
Une panthère de Sibérie

Une fleur ?
Une orchidée, une rose… mais noire

Une matière ?
Le cuir, c’est une matière vivante… porté à même la peau… lorsque l’on pense à ce que c’est… Je trouve cela troublant et terriblement excitant.

Quelle est votre phrase préférée ?
Deux phrases marquent mon existence, l’une dite par la Comtesse de Sponville : « Nous n’avons besoin de morale que faute d’amour ».
Et l’autre dite par Casanova : « Dépêchez-vous de succomber à la tentation avant qu’elle ne s’éloigne »…

Si votre vie était un film, quel en serait le titre?
Si ma vie était un film ? Elle porterait le nom de « La chevauchée sauvage » mais plus pour le titre que pour le film. Quoiqu’un western revu et corrigé par des femmes serait peut-être une bonne idée…

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