DIGITAL REDNESS, L’AMOUR A LA COULEUR DE SES CHEVEUX

Texte rédigé par Agnès Giard | Art fétichiste,Interview | Mercredi 19 juillet 2006 19:28

Une femme aux yeux bandés, seulement vêtue d’une jarretière, tient un homme en laisse à quatre pattes, seulement vêtu d’une paire de rangers… Inspiré du tableau de Félicien Rops “La femme au cochon – Pornokrates” (1896), la photo de Digital Redness – “PornokratissimO“ – renverse les perspectives : ici, la femme n’est pas la Circé maléfique, dont Homère dit (dans L’Odyssée) qu’elle peut changer les hommes en porc, en faisant ressortir leurs pulsions de luxure… Non, elle est bénéfique désormais, car elle guide les hommes en dominatrice amoureuse. Elle est même capable de prendre leur place et – se mettant à quatre pattes à son tour – la voici qui joue les soumises sur la photo de Digital Redness intitulée “PornokratissmA”… Un petit cochon ailé – putto érotique, Cupidon ironique – vole au-dessus de la scène, comme ces chérubins armés d’un arc qui, dans la mythologie, ont le pouvoir de créer les coups de foudre ! Lauréate du prix de photo au salon de l’érotisme de Bruxelles en 2006, Digital Redness, la rousse flamboyante, expose des images qui mélangent fétichisme et féminisme, SM et amour. Ses cheveux sont ardents !


Interview : Agnès Giard
Interview réalisée en juillet 2006.

Pourquoi vous appelez-vous « Rougeur Numérique » ?
Je suis Digital Redness. Digital pour la technique artistique que j’utilise. Redness parce que le rouge est omniprésent dans mes créations.
J’ai 35 ans. J’ai étudié, je vis et je travaille dans la région bruxelloise (Belgique). Après mes études en graphisme et publicité de l’Académie des Beaux Arts de Bruxelles, j’ai roulé ma bosse dans le milieu publicitaire avant d’atterrir dans celui de l’édition. Cette activité est alimentaire et je m’évade de sa rigidité par mes créations photographiques décalées, en quête de sensualité.

Vous triturez des photos numériques pour en faire des images bizarrement délavées, avec des superpositions de motifs et de couleurs… Pouvez-vous décrire votre technique ?
Je choisis et photographie moi-même mes modèles. Il ne faut pas que ceux-ci entrent forcément dans le canon de l’esthétique actuelle. Ce sont leurs personnalités étincelantes, leurs sensualités à fleur de peau, ou leurs rôles aguicheurs qui m’interpellent.
En plus de cela, je photographie aussi, des décors, des textures, des éléments divers qui me serviront pour des superpositions multiples de calques sur et autour de la prise de vue originale.
Pour faire tout cela, j’utilise un logiciel graphique classique de retouche d’images, et pendant des heures, je combine différentes photos du même modèle, transforme sa silhouette, corrige les imperfections et re-balance les éclairages… Les courbes doivent être nettes, les lignes épurées, l’expression du visage évocatrice. L’esthétique doit ME sembler parfaite. C’est purement subjectif.
Après ce travail préliminaire, j’entame l’application des textures par calques, détourages et superpositions. L’effet pictural obtenu évoque une peinture, il met en valeur le personnage et les éléments « surréalistes » qui l’entourent. La couleur, souvent saturée, éclatante, parfois salie et craquelée est ma « marque de fabrique ».

Vos photos semblent imprégnées de fétichisme et de SM. Ce sont des sexualités qui vous intéressent ?

Je dirais plutôt que, dans le fétichisme ou le BDSM, ce qui m’interpelle  et m’inspire, c’est l’esthétique, les matières, les vêtements, les accessoires, les contrastes entre le rouge et le noir… Mais, il ne s’agit ici que d’un intérêt purement visuel : les talons aiguilles, les corsets, la dentelle et le latex, incarnent, selon moi, le pouvoir de séduction qu’exerce la femme sur l’homme.
Donc, dans mon univers, la femme fatale est… forcément sexy, sensuelle et provocante. A mille lieues de la vulgarité et de la pornographie.
Dans mes créations, l’accent est mis, plutôt, sur la suggestion. Je dévoile une poitrine, j’intensifie un regard frondeur, je valorise une cuisse gainée, je redessine une bouche ou je joue avec les expressions troublantes de mes modèles. Durant la séance photo, je tisse réellement des liens avec mes modèles. Je respecte leur féminitude et surtout, je ne les vois jamais potiches.

Comment définiriez-vous le fétichisme ?

Je suis attirée par les vêtements (corsets, lingerie, chemisiers de dentelle, jupons…), les accessoires (talons aiguilles, bas, jarretelles, cravaches, cordes, laisses et colliers…), les matières (latex, cuir, métal,…).
Je ne suis pas fétichiste dans le sens où, si on me le demandait, je ne saurais quel objet choisir. Ils me plaisent tous. Ce sont, à mes yeux, les armes de l’éternelle séduction. Ces costumes apprêtés, ces apparences théâtrales, ces maquillages sophistiqués sont des références au gothisme dans lequel je me reconnais. Mes photos sont construites, mises en scène, artificielles. Les modèles prennent des poses dirigées, je les place, les contorsionne afin de leur soutirer, leur voler une expression.

Il y a des anges dans vos tableaux, et des démons aussi… Il y a aussi des cochons ailés… La sexualité que vous mettez en scène est-elle liée au retournement des valeurs ?
Je tente de rendre graphiquement l’Humain ambigu. Les personnages sont mi-anges, mi-démons…acteurs d’un rêve ou d’un cauchemar. « Mes » femmes sont sorcières et ingénues.  Les cochons ailés ? c’est mignon, vous ne trouvez pas ? Un clin d’œil à Rops et aux surréalistes…
Vivons une sexualité rigolote ! Les évolutions que nous connaissons, que vous appelez curieusement « retournement des valeurs » sont un élargissement de la tolérance. Les homosexuels se marient, le libertinage est…à ciel ouvert, le fétichisme n’est même plus un tabou. Et le BDSM est « tendance ». Britney Spears en latex, ça choque plus grand monde.

Où est le bien ? Où est le mal ?
Pourquoi répondre à cette question ?  D’ailleurs pourquoi la posez-vous ? J’aime montrer et voir les deux facettes chez une personne. Le Bien et le Mal sont indissociables, ne pensez-vous pas ?

Une de vos séries – PornocratissimA/O – s’inspire de cette toile de Félicien Rops (Pornocrates) qui montre une femme aux yeux bandés tenant en laisse un cochon… Pouvez-vous expliquer ce que cette œuvre signifie ?

Ce tableau de Rops m’a toujours fascinée par son fétichisme et par son double-sens.
Cette dame ne pouvait me laisser indifférente : elle est quasiment nue, ne porte que des bas, des gants, des chaussures à talons, un chapeau et ses yeux sont bandés.
Une première interprétation, que je ne retiens pas, voudrait que la femme aveuglée par sa luxure et sa vénalité, suive aveuglément un cochon à la queue d’or, promesse de sexe et de richesse.
Je m’associe à une autre explication : ce tableau représente la domination de la femme sur le cochon, l’homme bestial. L’homme-cochon ou le cochon-homme lui est soumis. Elle n’a même plus besoin de voir pour régner.

Etes-vous d’accord avec cette vision de la femme (elle transforme les hommes en porc) ? Vous avez voulu mettre en scène d’autres rapports homme-femme dans votre série PornocratissimA/O : lesquels ?

J’avais envie de faire une série de photos qui mettrait en scène un couple dont chaque partenaire tiendrait l’autre en laisse. Il n’est pas question d’apparenter l’homme à un porc, c’est le rapport de domination/soumission inhérent à tout couple qui est mis en exergue. Ma vision féministe fausse pourtant le tableau : la femme marche à 4 pattes sans être docile… Un zeste de rébellion…

Pensez-vous que le SM soit une sexualité subversive ? Ou au contraire très conformiste ?

Selon le dictionnaire, le conformisme est un « Respect étroit de la norme, de la tradition, des usages établis, de la morale en usage ».
La pratique du BDSM est réprouvée par une certaine morale. Elle bouscule les idées reçues, et à ce titre, elle est subversive.
Mais, d’après ce qu’on m’en a dit, ce type de sexualité est tellement codifié, rempli de normes, imprégné du respect de certains usages qu’il en devient terriblement « conforme ». Je suis mal placée pour parler « pratiques ». Ma connaissance du BDSM se limite à son esthétisme. Je m’inspire de ce monde, rien de plus.

Mettre son partenaire à quatre pattes et le tenir en laisse, ça veut dire quoi pour vous?
Serais-je une Domina qui s’ignore ? Je vous le dirai quand j’aurai essayé !
Dans mes créations, la femme est très souvent dominatrice ou rebelle. C’est  probablement un fantasme caché. J’ai tendance à donner le rôle directeur aux filles que je transforme en impérieuses séductrices, en maîtresses femmes.

Quels sont vos projets ?
Des expositions dans des environnements variés. La première se tiendra en mars 2006 à la Galerie d’Enfer à Bruxelles. Je revisiterai les contes de fées sous un  angle macabre. A l’occasion du « Brussels International Festival Of Fantastic Film » en mars également, je m’inspirerai des films d’horreur et de la littérature fantastique en transfigurant les modèles en vampires, sorcières et autres monstres.
A l’occasion de « Lupan’Art 3 », qui se tiendra dans un hôtel de passes bruxellois, j’exhiberai quelques unes de mes oeuvres érotiques ainsi que quelques-uns des modèles.
Enfin dans un autre registre, une exposition d’art numérique se déroulera à la maison de la culture de Huy, au mois de septembre. J’y défendrai cette nouvelle forme d’art, entre  photographie et  peinture… L’art digital est un concept idéal pour la création de pochettes de disques ou de couvertures de livres. Il est temps d’en persuader les partenaires potentiels.

www.digitalredness.com

« PornocratissimA »
Modèles : Félindra et Centaure

« PornocratissimO »
Modèles : Félindra et Centaure

« L’Ange de la tentation »
Modèle : Félindra

« Green Mickey Mouse »
Modèle : Cyrielle

HARLOT FROM HELL : THE FETISH-BEAST FACTORY

Texte rédigé par Sudo Decoy | Art fétichiste,Interview,Mode fétichiste | Mercredi 19 juillet 2006 18:43

Sheila X, 36 ans, styliste anglaise et créatrice de la marque HFH (Harlot from Hell / Harlot From Heaven) invente des tenues fetish pour les amoureux de science-fiction baroque. Ses modèles s’inspirent du monde invertébré : on dirait des insectes dans la tenue d’apparat pour l’amour, qui font leur danse de séduction toutes griffes dehors !


Interview : Sudo Decoy
Interview réalisée en juillet 2006.

Quand avez-vous créé HFH ?
Il y a 7 ans. Dans le milieu des raves que je fréquentais à l’époque il n’y avait rien d’intéressant à se mettre alors je me suis mise à tailler des costumes proches du cirque, mais avec une forte connotation sexuelle.

Etes-vous une fetish-designer ?
Uniquement dans la mesure où j’utilise des matières high-tech sexy : le vinyle industruel, le cristal, des matériaux réfléchissants, du PVC. Il n’y a pas de matières animales. Que des produits que l’on peut transformer en sculptures pour le corps, des textiles à l’effet tridimensionnel.

Pourquoi vos costumes sont-ils munis de queues ?
Parce que c’est joli de pouvoir balancer une longue lanière entre les fesses ! Je trouve que c’est beau et suggestif, surtout avec des épines de dinosaure mélangés à des pointes futuristes : mes costumes transforment l’humain en cybersaurus érotique.
J’ai toujours trouvé que les queues des animaux étaient expressives : les chats fouettent l’air quand ils sont en colère, les chiens la font frétiller, les oiseaux l’agitent en cadence pour fasciner leur femelle… C’est élégant, ça descend le long des reins comme un appendice naturel. On dirait un serpent qui danse ou une queue de diable. Ca attire l’œil sur les lombaires, ça met en valeur les mouvements des reins et puis c’est piquant.

Quelle sorte d’animal aimeriez-vous devenir ?
Généralement, je préfère rester un mammifère, mais parfois je rêve de devenir une créature très très ancienne comme un dragon. Je suis allée en Amérique du sud et le shamanisme m’intéresse beaucoup : se recouvrir d’une peau de bête, s’approprier ses caractéristiques physiques, ce n’est pas innocent : le pouvoir de l’animal vous envahit et votre esprit change, sous l’influence d’une force inconnue. Le sexe, c’est la même chose. Le fétichisme, c’est s‘habiller en créature de sexe, s’arroger le pouvoir sexuel d’une créature séduisante et pleine de désirs.

www.harlotfromhell.co.uk

www.harlotfromheaven.co.uk

SANDRINE CONTE

Texte rédigé par Agnès Giard | Interview | Vendredi 7 juillet 2006 12:24

L’homme est musclé, tous pectoraux dehors, sanglé dans un harnais de cuir et la tête cagoulée… Sa femme, masquée d’un loup noir, le domine, ligoté sur une chaise, ou le cravache contre le mur… D’où viennent ces images ? Exposées au mur, elles attirent irrésistiblement le regard. De loin, on croit voir des tableaux presque grandeur nature, des peintures croquées sur le vif, aux couleurs orange-rouge, plongées dans une pénombre sexuelle. De près, ça saute aux yeux : il s’agit de photos ! Ces images sont réelles. Elles ont été prises chez un vrai couple pratiquant, puis imprimées sur de la toile de peintre. L’auteur de ces toiles-photos s’appelle Sandrine Conte, lauréate du prix au festival de l’érotisme 2006 de Bruxelles… « Mon nom est Sandrine Conte ou Saandrine, je suis née en France a Neuilly sur Seine dans les Haut de Seine. Mais depuis presque 10 ans j’habite à Bruxelles en Belgique. J’ai fait des études en commerce et en hôtellerie restauration. Je suis actuellement barmaid et photographe ».


Interview : Agnès Giard
Interview réalisée en juillet 2006.

Vous imprimez des photos sur de la toile, pour convertir des  images numériques en tableaux… Pouvez-vous décrire cette technique ?
C’est de l’impression jet d’encre à base de pigments. Les Américains disent « giclée print ». On dit aussi « pigment ink ». La photo numérique est imprimée sur de la toile canevas 100% coton, la même toile que la toile de peintre normale, préalablement préparée avec une fine pellicule d’enduit pour réceptionner le jet d’encre… Mais tout cet aspect technique ne me concerne pas. Moi, je me contente de prendre des photos et de fournir mes clichés en TIFF à l’imprimeur.

Votre série de tableaux-photos montre un couple pratiquer le SM. L’homme est beau, très musclé, soumis… La femme, masquée d’un loup, le ligote sur une chaise ou le tient en laisse…   Qui sont-ils ? S’agit-il d’authentiques pratiquants SM ? Comment êtes-vous  parvenue à les faire jouer devant vous ?

Ce  sont de véritables pratiquants. Sinon je ne leur aurais pas demandé de participer.
J’ai pu les rencontrer grâce a un photographe que j’ai rencontré dans une soirée qui se déroulait dans une maison close (la soirée Lupan’art, organisée par la galerie d’enfer, NDLR) à qui j’ai donné ma carte et qui l’a transmise à un couple de ses amis. Ils m’ont proposé de servir de modèles
Ce sont des habitues des pratiques SM, mais ils n’avaient jamais servi de modèles.
Je crois que le projet les a intéressé et intrigué. C’est pour cela en partie qu’ils ont accepté, et puis j’ai laissé aux sujets une part de création et d’improvisation. Ils avaient la possibilité de se laisser aller, d’oublier ma présence puisque la séance se déroulait chez eux. Je voulais restituer leur sexualité dans son naturel et sa sincérité, ce qui est très important pour moi, n’aimant pas travailler en studio.

Pouvez-vous décrire la séance SM à laquelle vous avez assisté ?
La séance s’est déroulée dans le salon, elle a duré une soirée entière.

Pouvez-vous parler de ce couple ?
L’homme et la femme sont des gens sympathiques qui s’entendent bien et qui s’aiment très sincèrement.

Leur jeu était-il spontané ou dirigé ?
Nous avons travaillé sur un canevas qui incluait leurs rituels et qui s’est déroulé dans une atmosphère d’amour et de respect de l’attente de l’autre. Il ne s’agissait ni d’une sexualité brute, ni d’un rituel guindé mais l’expression d’expulsion de tensions internes dans le partage et la compréhension mutuelle.

Pour vous, le SM, c’est quoi ?
Le  SM est une pratique sexuelle qui utilise la douleur ainsi que la domination pour procurer du plaisir aux partenaires.
Dans mon travail il n’y a pas que du SM, mais aussi du fétichisme.
Mon travail est une illustration soft d’un phénomène de société et d’une réalité reconstituée. Sachant qu’il y a de toute façon de la théatralite chez les acteurs sado-masochistes des lors qu’ils sentent la présence d’un public.

Qu’entendez-vous par « théâtralité » ? Vous pensez que le SM est une sexualité spectaculaire ?
Il y a un côté spectaculaire dès qu’il y a des rites avec des objets récurents,  des paroles et des attitudes répétitives.

Pour vous le SM est une sexualité exhibitionniste ?

Dans le cas de mon couple, s’il n’avait pas eu une petite part d’exhibitionnisme, je n’aurais pas pu faire des photos, c’est évident, même si je reste discrète et arrive « presque » à faire oublier ma présence.
Mais ce couple n’a jamais de spectateurs habituellement. Ce sont mes photos qui leur ont fait prendre conscience d’un regard sur eux-mêmes.

Vous dites  que le SM est « un phénomène de société »… Vous voulez dire un phénomène récent, un phénomène de mode ?
Ce n’est sûrement pas un phénomène récent puisque Sade vivait au 18ème siècle et qu’il n’a rien inventé. Il  a juste  fait du SM un sujet littéraire….
En revanche, oui, c’est un phénomène de mode. La mode, c’est diffuser largement dans le public ce qui n’était pratiqué que dans de petits cercles fermés par des gens fortunés et cultivés.

Vous voulez dire que le SM n’était, à l’origine, qu’une sexualité d’élite, la sexualité de gens fortunés et cultivés ? Et que cette sexualité s’est « démocratisée » récemment ?

Je pense en effet que le SM était une pratique des élites, car la religion l’interdisant, seuls des hommes dont la position sociale pouvait les mettre à l’abri des poursuites pouvaient s’y adonner en entraînant des femmes consentantes ou ne pouvant se plaindre.

Vous dites que le SM est « une réalité reconstituée »… Ca veut dire quoi ?

Je pense que les vrais rapports SM entre les gens sont du niveau de la dépendance psychologique et qu’ils n’ont pas besoin de s’extérioriser de façon évidente.
Le « jeu SM » purge les refoulements.

Etes-vous intéressée par les fantasmes SM ou seulement par  l’esthétique des corps sanglés de cuir ?
Non, je ne suis pas intéressée par les fantasmes SM. Je ne fais pas partie du milieu SM, ni du milieu échangiste, ni d’aucun milieu « libertin ».
Mon travail est un travail purement esthétique. Je photographie des gens au naturel sans intervenir, sans complaisance et sans voyeurisme.
J’ai voulu faire ressortir l’antagonisme entre la rudesse et la précision de la corde et la douceur de la peau, accentuer par ailleurs le brillant et la froideur du métal. J’ai aussi voulu rendre au cuir sa noblesse et lui redonner vie au contact de la peau.
Ce projet, sur le plan personnel, a été une expérience très riche au niveau des rapports humains car j’ai découvert un univers qui n’était pas le mien et donc dû apprendre a installer cette confiance si importante entre un photographe et son modèle.

Avez-vous déjà touché du matériel SM en cuir, des cordes en   chanvre ou du latex ?
Bien sûr que j’ai touché les différentes matières que vous citez. L’année dernière, dans la maison close qui déroulait a Bruxelles…

Je dois avouer que je n’aime pas trop la texture de la corde mais le latex oui. Ceci dit, ce n’est pas pour autant que j’en porterais ou que je participerais à des jeux fetish-SM.

Pour mettre en scène ces matières, vous dites avoir « besoin de   corps ». Pourquoi ?
Si vous posez de la corde ou du cuir sur une table, ils vont perdre de leur noblesse. Il fallait que je mette les acccessoires en situation, sur des corps humains, pour qu’ils prennent vie.

Comment photographier la sexualité – des gens en train de faire   l’amour (ou de faire du SM ce qui est la même chose) – sans que cela  soit obscène, ridicule ou grotesque ?
C’est tout l’art du photographe qui fait passer son regard.