RIE ASAGIRI : UNE DES PLUS GRANDES DOMINATRICES DE TOKYO

Texte rédigé par Agnès Giard | Interview | Dimanche 18 février 2007 23:44

La belle Rie Asagiri possède un des plus importants bordels SM à Tokyo : “La Siora”. Officiellement, c’est une entreprise florissante cachée dans un grand ensemble du quartier résidentiel Yoyogi. Officieusement, c’est trois mini-studios loués aux 8ème, 10ème et 12ème étage d’un immeuble résidentiel très chic… Il faut d’abord prendre l’ascenseur, puis parcourir de longs couloirs avant de s’arrêter devant une porte d’appartement que rien ne distingue des autres… Ding Dong ! Un homme ouvre. Coutume japonaise : les visiteurs doivent enlever leurs chaussures dans l’entrée minuscule. Une fois passée l’entrée : surprise ! Il y a seulement dans ce « club de maitresses » un petit salon, très baroque : fauteuils à dorures, gros cendrier en verre, mini-bar… Comme dans tous les clubs au japon, il faut d’abord patienter dans un petit salon et discuter des prestations de service. Ici, le SM, c’est un service offert à des clients-rois, un jeu de rôle dont on détermine à l’avance les règles.

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Interview : Agnès Giard
Traduction : Junquo Nimura
Photos : Francis Loup (réalisées à la Torture Garden Tokyo)

La patronne des lieux arrive. Habillée en vinyle, brune au visage de femme-renard, elle se présente avant tout comme une femme d’affaire souriante. Rie Asagiri reçoit ici toutes les personnes qui ont pris rendez-vous (et dans le lmot, il y a des femmes !). En vraie businesswoman, elle leur sert d’abord des rafraichissements (thé vert, whisky ou bière Kirin) puis leur montre un album photo dans lequel ils pourront choisir la dominatrice de leur choix… sur catalogue ! Les séances de SM se déroulent dans des studios aménagés à d’autres étages de l’immeuble. Pour s’y rendre, il faut à nouveau prendre l’ascenseur et parcourir de longs couloirs… au risque de croiser les voisins. La discrétion apparemment, n’est pas de mise : dans sa tenue de « travail » super-sexy, une paire de talons aiguilles à la main, Rie Asagiri nous fait visiter les lieux sans aucune gêne.

Les voisins ne semblent d’ailleurs pas choqués : le SM d’entreprise est un commerce comme les autres. Il se pratique au Japon dans la plus stricte légalité. Car là-bas (comme dans la plupart des pays occidentaux), les dominatrices professionnelles ne sont pas considérées par la loi comme des prostituées. A la différence de la France, elles peuvent même se faire embaucher dans des maisons gérées comme des entreprises. A partir du moment où elles respectent la règle d’or (pas de pénétration vaginale), les voilà « salariées » sans que leur patronne soit condamnée pour proxénétisme. Cette législation particulière autorise donc Rie à employer de nombreuses jeunes femmes, qui cravachent sous ses ordres toutes sortes de clients… Une vraie mine d’or.

Nous voici au 8ème étage. Rie sonne à la porte d’un anonyme appartement… Affolement à l’intérieur : nous tombons en plein milieu d’une séance. La dominatrice, interrompue dans son travail, vient nous ouvrir la porte et nous voyons au centre d’une petite pièce rouge un gros homme nu à genoux, un peu affolé de cette intrusion. Rie s’excuse et nous montons au 12ème étage vers le deuxième lieu de sévice, inoccupé celui-ci. C’est un mini-donjon, aux murs couverts de papier peint imitation brique, décoré de photographies des masques de Venise. Des harnais et des cravaches complètent cette décoration kitchissime. Dans ce pays aux loyers astronomiques, tout semble petit, fait en toc et de guingois… Les « clubs » sont généralement des mini-studios où l’on s’entasse dans la plus grande promiscuité. Et pourtant, celui de Rie passe pour un des plus luxueux.

Rie Asagiri est en effet très fière de son entreprise : elle a créé La Siora vers 1997, et en a fait un des plus importants bordels SM de Tokyo. Elle emploie une dizaine de “queens” à mi-temps, plus deux hommes à tout faire, et passe son temps à travailler : produisant parfois des vidéos SM ou signant des articles dans des revues spécialisées, elle parcourt l’Europe entre les différentes soirées fétichistes de Bruxelles, Paris, Londres et Amsterdam… Elle est venue à la Nuit Demonia où une de ses ex-élèves – Mistress Maï – a fait un show d’auto-suspension. Elle a même créé une « école », donnant des cours de dominations à de pures amatrices (étudiantes ou femmes au foyer), pour le seul plaisir de répandre sa vision de la vie : une féérie romantique, une manière fantaisiste de se réinventer, de réinventer le désir. Rie Asagiri aime rêver.


Quelle est ta définition du SM ?
C’est un « Ohimesama-gokko », un conté de fée (Ohimesama : princesse. Gokko : jeu), un jeu de désir et de sensibilité réservé aux adultes.

Est-ce que tu pratiques le SM ?
Je ne pratique que en privé. Rien que pour mon plaisir.

De quand datent tes fantasmes SM ?
J’ai découvert mes penchants à 17 ans, en lisant « Tempête de l’amour «   et « Histoire d’O ». Mais je crois qu’inconsciemment, j’étais déjà SM depuis toute petite.

Tu aimes dominer ? Ou tu préfères être soumise ?
Je n’éprouve ni jalousie, ni désir de possession. Donc, quand on me demande si je suis dominante, je ne sais pas quoi répondre. Mais, j’aime jouer avec les sentiments des hommes, j’aime les faire obéir et jouer avec. Par contre, quand je suis fatiguée, je préfère être dépendante de quelqu’un, qui s’occupe de moi et me fasse des choses. Volonté et désir sexuel sont deux choses différentes. Je suppose que si j’étais une vraie soumise, ca aurait été beaucoup plus facile pour moi dans la vie…

Ton copain accepte-t-il ton travail ?
Mon copain me comprend très bien. C’est un « knight », un vrai seigneur. Mais, de toute manière  je suis indépendante et n’admet pas d’interférence. Il ne me dit rien sur ce que je fais et vice versa. Je crois que c’est très important de savoir que nous sommes tous seuls dans l’existence après tout.

Comment es-tu devenue directrice d’un « bordel SM » ?
Ça s’est passé naturellement. Je me suis laissé faire par la force des choses.

Quel est son fonctionnement ?
Il faut être membre du club. Les personnes intéressées nous contactent par téléphone ou e-mail puis viennent nous voir. Après examen, je leur montre le book des dominatrices : c’est une liste avec des photos, leurs penchants SM, leurs numéros, etc. Ils en choisissent une et on arrange un rendez-vous pour qu’ils fassent connaissance. Moi, je suis juste la directrice de La Siora. Je ne fais pas de « play ».

Quelles sortes d’esclaves rencontres-tu ?
A mon avis, la plupart des clients ne sont pas de vrais Masos. Je crois que 90% d’entre eux sont juste des curieux qui veulent faire des choses à la mode, ou qui cherchent à avoir des contacts avec des femmes fortes, ou bien qui jouent du pseudo- SM. Ils cherchent une illusion. Mais je n’ai rien contre pour eux.

Combien y’a t-il de clients par jour ?
Entre 8 et 30

Est-ce que tu formes des femmes à la domination ?
Oui, je m’occupe des dominatrices assez sérieusement. Pour leur montrer comment il faut faire, j’amène parfois mes esclaves privés à la Siora et je les domine devant elles ! Je leur enseigne aussi l’art de la corde (le « shibari »), ce qui demande beaucoup du temps. Rien que pour donner les premières leçons de base, ça prend trois jours. Il faut tout le temps s’entrainer pour garder la main.. Alors quand je donne des lecons, je me remets en tête toutes les techniques pour attacher ! Pour parfaire cette formation, je suis les cours d’un psychiatre. Rien que pour moi, et aussi parce que je suis en train d’écrire un roman. Personnellement, j’ai l’impression d’avoir encore beaucoup de chose à apprendre.

Quelle est ta discipline de vie ?
Ce n’est pas très discipliné ! Je me lève vers midi, je prends petit-déjeuner tardif… Je vais à mon club 2 ou 3 fois par semaine. J’essaie de communiquer au maximum avec mon équipe. Les dominatrices aiment parler avec moi, je crois. Mais, mon emploi du temps n’est pas du tout régulier. Il faut aussi que j’aille rendre visite dans des boites de SM, que je fasse des réunions avex les autres entreprises… C’est imprévisible. Je rentre après minuit en général. Des fois je passe diner en coup de vent, trop occupée !  J’adore les legumes et  les poissons. J’essaie de manger beaucoup. Mon rêve : devenir  une dominatrice très forte et musclée !  J’aime les femmes fortes physiquement ainsi que mentalement.

Qu’est-ce que tu aimes dans ton travail ?
Les efforts sont récompensés. La réussite ne dépend que de vous. Donc, vous pouvez être franche et résolue, c’est payant. Etre une fonceuse…

Qu’est-ce que tu détestes dans ton travail ?
J’ai affaire à trop de gens qui aiment les racontars, les choses vulgaires, triviales et grossières… Je me demande si  les Japonais sont moins mûrs que les Occidentaux !  Ils se montrent jaloux, exhalent des plaintes à n’en plus finir, disent du mal des gens ou racontent des histoires sans fondement. J’en ai un peu marre de ça.

Que penses-tu du milieu du SM japonais ?
Je ne l’aime pas. Les gens ne pensent qu’a se faire des croc-en-jambe. Ils sont pas tres positifs. Mais je suis contente quand je rencontre une  belle dominatrice (malheureusement c’est rare). Les belles dominatrices ont souvent bon caractère et je les admire.

Penses-tu que le SM est différent en Occident ?
Oui, il y a tellement de différences que je ne peux pas toutes les énumérer ! Les mentalités, d’abord : nous avons une culture, une histoire, un environnement si étranger… Matériellement, c’est différent aussi. Nous n’avons pas de vrais donjons et nos instruments sont limités : au Japon, on peut dominer, contraindre et suspendre quelqu’un avec juste une corde ! Alors qu’en Occident il y différents types d’appareils, du mobilier et des instruments en cuir…

As-tu des clients français au Japon ?
Oui, mais peu.

Penses-tu que les clients occidentaux sont différents des clients Japonais ?
Fondamentalement, c’est pareil… Mais je fais très attention avec eux car ils ont surement une sensibilite épidermique différente : leur peau est peut-être plus sensible ?

Combien de fois par an viens-tu en Europe ?
Je vis une moitié de l’année en Europe (en Belgique). Pour  me reposer, pour avoir des idées nouvelles et puis surtout pour voir du SM Européen. A ce propos, je n’ai pas encore vu de « Medical play » ni  de « Rubber play » authentique. Si jamais vous connaissez de vrais adeptes du genre, prévenez-moi que je les rencontre !

Quels sont tes projets ?
Je vais publier un roman sur le SM. Je veux me consacrer à l’écriture.

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