LES PROCHAINS SALONS ÉROTIQUES EN FRANCE ET EN BELGIQUE

Texte rédigé par Pierre Salo | News | Jeudi 25 février 2010 16:14

5, 6 et 7 mars 2010 : BESANCON (France)
5 et 6 mars 2010 : NAMUR (Belgique)
6 et 7 mars 2010 : MARSEILLE (France)
12, 13 et 14 mars 2010 : PARIS (Le Bourget – France)
3 et 4 avril 2010 : RENNES (France)
15 et 16 mai 2010 : BRUXELLES (Caves de Cureghem – Belgique)
4, 5 et 6 juin 2010 : MONS (Belgique)
juin 2010 : AVIGNON (France)

DIGITAL REDNESS, L’AMOUR A LA COULEUR DE SES CHEVEUX

Texte rédigé par Agnès Giard | Art fétichiste,Interview | Mercredi 19 juillet 2006 19:28

Une femme aux yeux bandés, seulement vêtue d’une jarretière, tient un homme en laisse à quatre pattes, seulement vêtu d’une paire de rangers… Inspiré du tableau de Félicien Rops “La femme au cochon – Pornokrates” (1896), la photo de Digital Redness – “PornokratissimO“ – renverse les perspectives : ici, la femme n’est pas la Circé maléfique, dont Homère dit (dans L’Odyssée) qu’elle peut changer les hommes en porc, en faisant ressortir leurs pulsions de luxure… Non, elle est bénéfique désormais, car elle guide les hommes en dominatrice amoureuse. Elle est même capable de prendre leur place et – se mettant à quatre pattes à son tour – la voici qui joue les soumises sur la photo de Digital Redness intitulée “PornokratissmA”… Un petit cochon ailé – putto érotique, Cupidon ironique – vole au-dessus de la scène, comme ces chérubins armés d’un arc qui, dans la mythologie, ont le pouvoir de créer les coups de foudre ! Lauréate du prix de photo au salon de l’érotisme de Bruxelles en 2006, Digital Redness, la rousse flamboyante, expose des images qui mélangent fétichisme et féminisme, SM et amour. Ses cheveux sont ardents !


Interview : Agnès Giard
Interview réalisée en juillet 2006.

Pourquoi vous appelez-vous « Rougeur Numérique » ?
Je suis Digital Redness. Digital pour la technique artistique que j’utilise. Redness parce que le rouge est omniprésent dans mes créations.
J’ai 35 ans. J’ai étudié, je vis et je travaille dans la région bruxelloise (Belgique). Après mes études en graphisme et publicité de l’Académie des Beaux Arts de Bruxelles, j’ai roulé ma bosse dans le milieu publicitaire avant d’atterrir dans celui de l’édition. Cette activité est alimentaire et je m’évade de sa rigidité par mes créations photographiques décalées, en quête de sensualité.

Vous triturez des photos numériques pour en faire des images bizarrement délavées, avec des superpositions de motifs et de couleurs… Pouvez-vous décrire votre technique ?
Je choisis et photographie moi-même mes modèles. Il ne faut pas que ceux-ci entrent forcément dans le canon de l’esthétique actuelle. Ce sont leurs personnalités étincelantes, leurs sensualités à fleur de peau, ou leurs rôles aguicheurs qui m’interpellent.
En plus de cela, je photographie aussi, des décors, des textures, des éléments divers qui me serviront pour des superpositions multiples de calques sur et autour de la prise de vue originale.
Pour faire tout cela, j’utilise un logiciel graphique classique de retouche d’images, et pendant des heures, je combine différentes photos du même modèle, transforme sa silhouette, corrige les imperfections et re-balance les éclairages… Les courbes doivent être nettes, les lignes épurées, l’expression du visage évocatrice. L’esthétique doit ME sembler parfaite. C’est purement subjectif.
Après ce travail préliminaire, j’entame l’application des textures par calques, détourages et superpositions. L’effet pictural obtenu évoque une peinture, il met en valeur le personnage et les éléments « surréalistes » qui l’entourent. La couleur, souvent saturée, éclatante, parfois salie et craquelée est ma « marque de fabrique ».

Vos photos semblent imprégnées de fétichisme et de SM. Ce sont des sexualités qui vous intéressent ?

Je dirais plutôt que, dans le fétichisme ou le BDSM, ce qui m’interpelle  et m’inspire, c’est l’esthétique, les matières, les vêtements, les accessoires, les contrastes entre le rouge et le noir… Mais, il ne s’agit ici que d’un intérêt purement visuel : les talons aiguilles, les corsets, la dentelle et le latex, incarnent, selon moi, le pouvoir de séduction qu’exerce la femme sur l’homme.
Donc, dans mon univers, la femme fatale est… forcément sexy, sensuelle et provocante. A mille lieues de la vulgarité et de la pornographie.
Dans mes créations, l’accent est mis, plutôt, sur la suggestion. Je dévoile une poitrine, j’intensifie un regard frondeur, je valorise une cuisse gainée, je redessine une bouche ou je joue avec les expressions troublantes de mes modèles. Durant la séance photo, je tisse réellement des liens avec mes modèles. Je respecte leur féminitude et surtout, je ne les vois jamais potiches.

Comment définiriez-vous le fétichisme ?

Je suis attirée par les vêtements (corsets, lingerie, chemisiers de dentelle, jupons…), les accessoires (talons aiguilles, bas, jarretelles, cravaches, cordes, laisses et colliers…), les matières (latex, cuir, métal,…).
Je ne suis pas fétichiste dans le sens où, si on me le demandait, je ne saurais quel objet choisir. Ils me plaisent tous. Ce sont, à mes yeux, les armes de l’éternelle séduction. Ces costumes apprêtés, ces apparences théâtrales, ces maquillages sophistiqués sont des références au gothisme dans lequel je me reconnais. Mes photos sont construites, mises en scène, artificielles. Les modèles prennent des poses dirigées, je les place, les contorsionne afin de leur soutirer, leur voler une expression.

Il y a des anges dans vos tableaux, et des démons aussi… Il y a aussi des cochons ailés… La sexualité que vous mettez en scène est-elle liée au retournement des valeurs ?
Je tente de rendre graphiquement l’Humain ambigu. Les personnages sont mi-anges, mi-démons…acteurs d’un rêve ou d’un cauchemar. « Mes » femmes sont sorcières et ingénues.  Les cochons ailés ? c’est mignon, vous ne trouvez pas ? Un clin d’œil à Rops et aux surréalistes…
Vivons une sexualité rigolote ! Les évolutions que nous connaissons, que vous appelez curieusement « retournement des valeurs » sont un élargissement de la tolérance. Les homosexuels se marient, le libertinage est…à ciel ouvert, le fétichisme n’est même plus un tabou. Et le BDSM est « tendance ». Britney Spears en latex, ça choque plus grand monde.

Où est le bien ? Où est le mal ?
Pourquoi répondre à cette question ?  D’ailleurs pourquoi la posez-vous ? J’aime montrer et voir les deux facettes chez une personne. Le Bien et le Mal sont indissociables, ne pensez-vous pas ?

Une de vos séries – PornocratissimA/O – s’inspire de cette toile de Félicien Rops (Pornocrates) qui montre une femme aux yeux bandés tenant en laisse un cochon… Pouvez-vous expliquer ce que cette œuvre signifie ?

Ce tableau de Rops m’a toujours fascinée par son fétichisme et par son double-sens.
Cette dame ne pouvait me laisser indifférente : elle est quasiment nue, ne porte que des bas, des gants, des chaussures à talons, un chapeau et ses yeux sont bandés.
Une première interprétation, que je ne retiens pas, voudrait que la femme aveuglée par sa luxure et sa vénalité, suive aveuglément un cochon à la queue d’or, promesse de sexe et de richesse.
Je m’associe à une autre explication : ce tableau représente la domination de la femme sur le cochon, l’homme bestial. L’homme-cochon ou le cochon-homme lui est soumis. Elle n’a même plus besoin de voir pour régner.

Etes-vous d’accord avec cette vision de la femme (elle transforme les hommes en porc) ? Vous avez voulu mettre en scène d’autres rapports homme-femme dans votre série PornocratissimA/O : lesquels ?

J’avais envie de faire une série de photos qui mettrait en scène un couple dont chaque partenaire tiendrait l’autre en laisse. Il n’est pas question d’apparenter l’homme à un porc, c’est le rapport de domination/soumission inhérent à tout couple qui est mis en exergue. Ma vision féministe fausse pourtant le tableau : la femme marche à 4 pattes sans être docile… Un zeste de rébellion…

Pensez-vous que le SM soit une sexualité subversive ? Ou au contraire très conformiste ?

Selon le dictionnaire, le conformisme est un « Respect étroit de la norme, de la tradition, des usages établis, de la morale en usage ».
La pratique du BDSM est réprouvée par une certaine morale. Elle bouscule les idées reçues, et à ce titre, elle est subversive.
Mais, d’après ce qu’on m’en a dit, ce type de sexualité est tellement codifié, rempli de normes, imprégné du respect de certains usages qu’il en devient terriblement « conforme ». Je suis mal placée pour parler « pratiques ». Ma connaissance du BDSM se limite à son esthétisme. Je m’inspire de ce monde, rien de plus.

Mettre son partenaire à quatre pattes et le tenir en laisse, ça veut dire quoi pour vous?
Serais-je une Domina qui s’ignore ? Je vous le dirai quand j’aurai essayé !
Dans mes créations, la femme est très souvent dominatrice ou rebelle. C’est  probablement un fantasme caché. J’ai tendance à donner le rôle directeur aux filles que je transforme en impérieuses séductrices, en maîtresses femmes.

Quels sont vos projets ?
Des expositions dans des environnements variés. La première se tiendra en mars 2006 à la Galerie d’Enfer à Bruxelles. Je revisiterai les contes de fées sous un  angle macabre. A l’occasion du « Brussels International Festival Of Fantastic Film » en mars également, je m’inspirerai des films d’horreur et de la littérature fantastique en transfigurant les modèles en vampires, sorcières et autres monstres.
A l’occasion de « Lupan’Art 3 », qui se tiendra dans un hôtel de passes bruxellois, j’exhiberai quelques unes de mes oeuvres érotiques ainsi que quelques-uns des modèles.
Enfin dans un autre registre, une exposition d’art numérique se déroulera à la maison de la culture de Huy, au mois de septembre. J’y défendrai cette nouvelle forme d’art, entre  photographie et  peinture… L’art digital est un concept idéal pour la création de pochettes de disques ou de couvertures de livres. Il est temps d’en persuader les partenaires potentiels.

www.digitalredness.com

« PornocratissimA »
Modèles : Félindra et Centaure

« PornocratissimO »
Modèles : Félindra et Centaure

« L’Ange de la tentation »
Modèle : Félindra

« Green Mickey Mouse »
Modèle : Cyrielle

MAITRESSE ATHENA : « J’ADORE L’HOMME EN GÉNÉRAL »

Texte rédigé par Agnès Giard | Interview | Mardi 21 mars 2006 17:23

A Bruxelles où se trouve son donjon, Maîtresse Athéna fait partie des dominatrices les plus connues de la capitale. Elle a du chien et un charme fou. Elle a aussi 13 ans d’expérience et parle de ses jeux avec un plaisir contagieux. Quand je la rencontre pour la première fois – lors d’une soirée fetish à la Galerie d’enfer -, Maîtresse Athéna vient accompagnée d’un soumis costaud et branché, qui arbore fièrement son collier de chien et son T-shirt « International trampling association ». Il adore se faire marcher dessus, se faire bourrer de coups dans les parties génitales et sentir les talons qui le clouent au sol. Il me montre d’ailleurs le bon boulot de Maîtresse Athéna, en relevant son T-shirt, pour exhiber sa peau marquée… Elle sourit. Généreuse, enthousiaste, Athéna parle de la domination comme d’un art du partage.


Interview : Agnès Giard
Interview réalisée en mars 2006.

Quand avez-vous découvert que vous étiez dominatrice ?
Jeune, très jeune. Vers 18 ans en allant voir « Histoire d’O » au cinéma. Quand je l’ai vu, j’ai dit : « Jamais je ne serais comme O ». Et puis je suis allée voir « Ilsa la louve des SS ». Mes parents n’étaient pas eu courant. C’était du cinéma pour adulte à l’époque.

J’ai été élevée dans une famille très catholique. Je suis issue de la bourgeoisie belge. Je montais à cheval énormément, j’avais mes propres chevaux.
Je me suis mariée avec un dentiste et c’était moi qui dirigeait les affaires, même si je n’étais que femme au foyer : je lui disais « Il faudrait ouvrir un cabinet là, et là ». Je négociais les équipements, je traitais avec les fournisseurs de produits médicaux, je menais la baraque. Je dominais mon mari sans m’en rendre compte…

Et puis il m’a quittée et je me suis retrouvée sans rien. C’était il y a 16 ans. J’avais environ 30 ans.
Un soir, j’étais avec des amis dans un « bar-vitrine » de ce quartier de la gare du nord où les filles se mettent en vitrine pour la prostitution (la quartier des Maillons, NDLR)… J’allais souvent boire un café là, parce que j’adorais les maillons le soir… Je me trouvais là et puis quelqu’un est arrivé devant moi et m’a dit : « vous êtes une dominatrice, je le vois dans vos yeux. Je voudrais que vous me fouettiez, que vous me crachiez en bouche et que vous vous asseyiez sur mon visage ». Je l’ai fait. J’y ai pris un malin plaisir. Et j’ai commencé à prendre goût à ça. J’ai eu un esclave puis deux, puis trois…

J’ai été entretenue par un homme qui est devenu mon esclave mais pas trop longtemps. J’ai continué… Ma famille n’a jamais rien su.
Seul mon fils est au courant.

Quand avez-vous décidé de créer un donjon ?

J’ai commencé quelque chose de tout petit : 25 mètres carrés. C’était il y a 8 ans.

Le déclic ? Un esclave à moi, qui m’a dit : « Allez vas-y lance-toi »
Ce sont des concours de circonstances… Mon donjon est situé en plein centre de Bruxelles.

D’où vient votre nom de guerre ?
Mon vrai nom c’est Françoise et jusqu’en novembre 2005, j’étais connue en Belgique sous le nom de Maîtresse Françoise. Mais quand j’ai voulu créer mon site internet, cela a posé un problème… C’est Maîtresse Françoise (de France) qui m’a trouvé le prénom Athéna.
C’est un honneur pour moi ! Et puis il me va très bien.

C’est difficile de trouver un prénom qui ne soit pas déjà pris, n’est-ce pas ?
Oui, c’est vrai. En Allemagne, c’est plus facile qu’en Belgique ou en France. Beaucoup de dominatrices allemandes prennent des noms avec Von : Rita von machin, Rita von truc, donc à chaque fois le nom est différent, même si elles s’appellent toutes Rita ! La pratique latine c’est le prénom seul, alors c’est plus compliqué de trouver un prénom original.

Pour vous, qu’est-ce qui est important dans un nom de guerre ?
La féminité du prénom est très importante. Mais surtout le rattachement à un fantasme mythologique ou historique…
Je ne pourrais pas me faire dominer par Mistress Antoinette, par exemple, parce qu’Antoinette s’est fait couper la tête !
En revanche, Athéna, c’est bien. Au départ, je ne savais pas ce que ce nom symbolisait. J’ai demandé qu’on fasse des recherches et j’ai découvert que Athéna c’était la déesse de la guerre. Ca m’a beaucoup plu. J’adore le cuir, la peau de bête. Je me ferai lionne si je pouvais.



Qu’est-ce que vous appréciez chez un soumis ?

Si je le rencontre lors d’une soirée fetish, par exemple, qu’il me fasse un baise-main, qu’il demande : « Maîtresse est-ce que vous acceptez de me faire l’honneur de me marcher  dessus »…

Qu’est-ce que vous aimez dans la domination ?
J’adore l’homme en général. J’ai toujours adoré l’homme. L’homme qui est à mes pieds, l’homme correct, déférent, respectueux… Je ne supporte pas la vulgarité. Pour moi un homme c’est beaucoup…  Il doit y avoir un feeling entre l’esclave et la Maîtresse. Un respect mutuel.

Quelles sont vos préférences ?
J’en ai beaucoup : l’homme totalement soumis à sa Maîtresse. Les bougies. La fessée. Le SM classique. Le ball busting (il vaut mieux être chaussée pour ça, si possible avec des chaussures pointues). Le trampling des testicules. Je peux percer la peau d’un soumis avec mes talons quand je lui marche dessus.

Vous aimez la féminisation ?
Oh oui ! J’ai des esclaves que je féminise totalement… J’en ai un qui se trouve en Espagne avec son épouse, tous les jours il me téléphone : « Maîtresse vous ne pouvez pas savoir à quel point vous me manquez… Quel temps fait-il à Bruxelles ? » Il me demande de mes nouvelles… Je lui réponds sèchement : « Moi je suis bien, et toi tu es avec ton épouse. » J’ai ma vie.

Vous préférez rester distante avec les soumis ?

J’ai trouvé l’équilibre avec le SM. Je n’ai plus rien de nerveux dans mes jeux. Au départ, quand j’ai commencé, j’avais un grief contre l’homme, parce que j’avais été abandonnée par mon mari. Mais maintenant, je me sens bien dans ma tête. Je ne vais pas massacrer les soumis qui se présentent pour la première fois… Je leur demande ce qu’ils recherchent et je fais en sorte d’y trouver mon plaisir aussi. C’est important qu’il y ait un partage. Mais c’est important aussi de poser ses limites.

Il vous arrive de ne pas prendre de plaisir pendant une séance ?

Dernièrement, j’ai reçu un soumis qui voulait quelque chose de très précis, mais il le voulait tout de suite, sur le champ, sans aucune préparation : il voulait la douche dorée et le caviar. J’ai dit : « la douche dorée OK. La scato il n’y pas que ça… Il faut l’amener tout doucement, il faut une mise en scène ». Mais lui il n’était pas réceptif, il n’y avait pas de feeling. J’étais très perturbée. Il continuait à exiger que ça se fasse immédiatement alors que j’essayais de créer du plaisir… J’aurais pu faire exactement ce qu’il voulait – platement – et le mettre dehors ensuite : vite fait, mal fait. Mais je m’efforçais de créer un jeu à deux, un fantasme à partager… Et ça n’a pas marché. Il était dans son trip, moi ça ne m’a pas plu, j’ai essayé de lui expliquer : « Moi je n’ai pas pris mon plaisir, mais je peux t’apprendre autre chose… ». Je ne l’ai jamais revu.

Vous pouvez deviner à l’avance si un soumis va être bien ou pas ?

Au téléphone il est impossible de savoir si ça va bien se passer. Au téléphone, certains prétendent être masos et extrêmes mais au premier coup de cravache ils vont voir maman… C’est seulement en face à face qu’on commence à sentir. Lorsque je rencontre un soumis pour la première fois, je le jauge. Mais c’est dans le jeu que je peux vraiment voir s’il est bien. S’il n’est pas bien, je lui dis : « Trouve-toi une autre Maîtresse ». C’est moi qui décide de le revoir ou pas…

Quel est le profil type de vos soumis ?
Ils sont très cultivés. Très respectueux. Ce sont des gens qui viennent de très bons milieux. Ils aiment la Femme… Ils aiment la femme belle qui a de l’esprit qui a de la culture…

Ce sont des hommes qui viennent toujours de milieux cultivés ?

Oui, les soumis sont toujours des gens très bien. Jamais vulgaires. Rien à voir avec les hommes qui fréquentent les prostituées. Le problème, c’est que le SM est devenu une mode : depuis quelques années, beaucoup de prostituées deviennent « Maîtresses » parce qu’elles pensent gagner plus d’argent et plus facilement. Elles croient qu’elle peuvent dominer, mais elles n’ont pas ça dans le sang. Elles s’imaginent que donner 10 coups de cravache et mettre un doigt dans le cul, c’est facile… A cause d’elles, il y a une mauvaise image du SM.

Il y en a beaucoup ?
Je les appelle les « dominas pince-linge », parce qu’elles n’ont aucune hygiène. Ce sont celles qui sodomisent un homme avec le manche de leur fouet, directement, sans mettre de préservatif. Vous imaginez l’odeur du manche après ? Même quand on nettoie, ça pue !

C’est quoi une bonne dominatrice ?
On est dominatrice dans le sang. On ne le devient pas. Je connais des dominas qui se vengent sur les hommes. Elles n’ont rien compris. Le SM, c’est un partage, c’est un jeu. C’est un regard, parfois. Ca passe dans les yeux, dans la voix, dans la façon d’être… J’ai des esclaves ils jouissent sans bander ! Ils éjaculent sans avoir d’érection, tellement c’est fort. L’orgasme est dans leur tête. Moi je jouis quand je vois un esclave qui s’abandonne complètement à moi. C’est une osmose. Ça peut être une heure ou deux heures ou plus…

Comment faites-vous pour savoir ce qu’un homme désire ?
En deux minutes je peux identifier le désir d’un homme. Il faut être intuitif.  Je parle aussi bien sûr. Je demande ce que l’homme veut avant de commencer le jeu. Je ne vais pas mettre en cage quelqu’un qui ne me le demande pas ! Il faut qu’il y ait un plaisir mutuel

Les soumis ont-ils des attitudes qui varient en fonction de leurs fantasmes ?

Le soumis de Maîtresse Athéna intervient :  » Le soumis timide qui a du mal à parler, à s’exprimer, c’est souvent un adepte du bondage, de l’enfermement… L’homme plus sûr de lui, c’est un maso profond, quelqu’un qui sait parfaitement ce qu’il veut qu’on lui inflige comme douleur. Moi, je veux qu’on me piétine par exemple. »
Athéna reprend la parole : D’une manière générale, je reçois des banquiers, des chefs d’entreprise qui ont de grossses reponsabilités. Je peux les mettre sur la croix de St andré, jouer avec leurs seins. Ils veulent se défouler chez moi : ils se font engueuler, ils reçoivent des coups. Quand ils sortent de chez moi, ils disent : « Maintenant je peux aller à ma réunion, je sens que ça va bien se passer ils sont bien relax… ».
J’ai un esclave, je lui mets une cage à bite, parce que comme ça il arrive à mieux à travailler au bureau. S’il n’a pas de cage, il se touche, il se concentre moins. Il a tellement de responsabilités ! Il bande, il pense toujours au sexe, alors je lui mets la cage pour l’obliger à se concentrer sur son travail.

Ah bon ? Je pensais que c’était le contraire : il me semblait que la cage à bite empêchait la personne d’oublier son sexe, et le forçait à se focaliser dessus ?
Non, lui, c’est le contraire. Il sait que son cadeau c’est qu’il pourra jouir quand je lui aurai enlevé sa cage.

Que pensez-vous des gens qui disent que dans le SM il n’y a pas de sexe ?

Faux. Mes esclaves jouissent toujours à la fin du séance. Ou alors c’est que j’ai mal dominé ! Si ça ne faisait pas bander les dominateurs, ce ne serait pas du SM. Si ça ne faisait pas mouiller les soumis(es), ce ne serait pas du SM.

Vous avez un compagnon soumis ?
Moi je suis mariée. J’ai un mari qui est pas du tout soumis, mais pas du tout ! Ceci dit, il est courtois, prévenant. Quand je rentre chez moi, j’ai un plateau TV avec mon souper ! C’est un homme adorable. Et il a beaucoup d’éducation. Je ne supporte pas la vulgarité vous savez.

Quel est votre rythme de vie ?
Je commence à 11h du matin et je termine à 19h. Quand j’ai fini, je ne suis plus du tout dans le jeu. Parfois on me téléphone le dimanche, je ne réponds pas parce que c’est ma vie privée. Le dimanche, c’est mon fils, mon mari et mon petit chien.

Vous acceptez de recevoir plusieurs soumis à la fois ?
Oui, s’ils sont d’accord. J’en mets un en cage, un sur la croix et le dernier sur l’autre croix. Je m’occupe d’eux à tour de rôle. Parfois, quand il y en a qui sont bisexuels, je les oblige à se faire des choses entre eux.

Vous aceptez les soumises ?
J’aime pas trop faire les soumises, parce que j’aime trop l’homme ! Souvent ce sont des femmes qui viennent de la part de leur maître ou faire plaisir à leur mari. Dans ce cas-là, ça m’arrive d’accepter… Parfois aussi, c’est un mari qui vient avec sa femme pour que je lui montre comment dominer, pour lui montrer les zones érogènes de son épouse…

Vous aimez le médical ?
Je sais utiliser un autoclave, mais je ne pratique pas trop le médical, je ne prends pas de plaisir avec la couture ni avec les aiguilles ou les scarifications…

Vous aimez l’urolagnie ?
Oui, j’ai beaucoup de soumis comme ça. Je leur donne de l’urine, dans une coupe de champagne, comme ça ils sont obligés de tout boire. J’ai aussi des WC spéciales, avec la tête du soumis à l’intérieur et moi au-dessus : le seul problème, c’est qu’ils peuvent recracher s’ils n’ont pas envie de tout boire.

Votre urine est bonne ?
Je ne sais pas ! Je n’ai jamais goûté mon urine. Mais puisque les soumis en redemandent, ça doit avoir un bon goût… En tout cas, c’est un gage de bonne volonté.

Vous buvez quoi pour avoir une urine qui a bon goût ?
Je bois du café sucré ou du coca-cola light. Il paraît que c’est très bon.

Et le champagne, vous avez essayé ? Je sais que le champagne et les boissons aux édulcorants ça donne une urine au goût de miel…
Je ne bois jamais jamais de champagne.

Quels sont vos soumis préférés ?

Ceux qui reviennent. Moi c’est à la longue : plus l’esclave vient, plus je le sens, plus je lui apprends… Ca va crescendo, chez moi. Et puis, il y a des choses qui sont refoulées chez certains soumis et il faut prendre son temps avec eux. Nous les dominatrices, nous sommes des initiatrices. Nous leur faisons comprendre leur sexualité, nous leur apprenons à se connaître et à connaître leurs zones érogènes.

Quelle zone érogène leur faites-vous découvrir ? Il paraît qu’un très grand nombre de soumis vont chez les dominatrices pour se faire sodomiser, c’est vrai ?
Oui. La zone la plus érogène, chez l’homme, c’est l’anus… le creux des reins et le début de l’anus. Si on joue du doigt, au début, sur l’anus, ils sont surexcités. Il faut intégrer ça dans un scénario SM bien sûr. Parce que sinon ce serait fini en 5 minutes ! Ils éjaculeraient et après, impossible de faire quoi que ce soit. Donc avant d’utiliser le godemiché, on joue avec l’anus.

Même les hommes qui n’ont pas demandé à être sodomisés, vous utilisez le gode sur eux ?
Je regarde s’il y a une réception. Je joue autour de l’anus et si ça réagit, je sens que je peux aller plus loin. Les ¾ des soumis sont vraiment  sensibles à des jeux sur l’anus. Mais certains en ont honte, alors ils n’osent pas demander. Voilà pourquoi mes soumis, je leur mets souvent le masque : pour qu’ils puissent se cacher… Pour qu’ils changent de peau. Avec le masque, ils rentrent dans la peau de quelqu’un d’autre.

Et vous, vous portez une cagoule parfois ?
Moi jamais ! C’est très rare que je porte un masque et généralement c’est un loup. Moi, je suis une dominatrice. C’est le soumis qui porte une cagoule. Il doit voir les expressions de mon visage. Les ¾ ils baissent le regard devant leur Maitresse, mais s’ils lèvent les yeux ils doivent voir mon visage qui les fixe, mes yeux qui ordonnent.

Vous avez des interdits ?
Oui. Un jour, un soumis m’a dit : « Je veux prendre le la cocaine et je veux être soumis par vous après ». J’ai dit non. Chez moi, toute personne doit être, premièrement consentante et de deux doit être bien dans sa tête et les idées bien claires.

Quels sont vos projets ?

Je vais à l’OWK du 13 au 16 septembre 2006 ! Ce sera la première fois. C’est un esclave qui m’a dit : « Il faut y aller Maîtresse, il faut y aller ». J’avais un esclave qui y est allé trois fois et c’était une expérience inoubliable pour lui. Ca ne me disait rien, vraiment rien. A l’OWK, on ne peut pas faire ce qu’on veut avec les soumis… Par exemple, on ne peut pas leur mettre de gode. C’est un domaine qui nous permet à nous dominas de jouer, mais surtout dans les jeux très durs : on frappe, on fouette, on cravache. C’est pour les masos.

Vous allez tourner une vidéo là-bas ?
Oui ! Ils m’ont demandé de faire une scénario. J’y vais avec trois esclaves.

www.maitresse-athena.com

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MAÎTRESSE SALEM : « JE NE SUIS PAS PRÊTE À ME METTRE À GENOUX »

Texte rédigé par Agnès Giard | Interview | Lundi 19 septembre 2005 00:06

Maîtresse Salem se décrit comme une « jeune femme de 30 ans » qui joue beaucoup de son charme et de ses longs regards. « J’aime troubler par des jeux de regard, dit-elle : tout peut passer par là. On est souvent étonné car je souris beaucoup pour une Domina. Apparemment c’est étrange. Je ne comprends pas pourquoi j’ai de la joie de vivre. Je ne me prends jamais la tête (enfin j’essaye !). Ceci dit, lors des séances, mes soumis savent qu’à tout moment mon visage peut changer et mon sourire devenir sadique. » Maîtresse Salem est amoureuse d’une dominatrice transgenre qui lui a enseigné les techniques de la domination. Elles vivent ensemble en Belgique.

Interview : Agnès Giard
Interview réalisée en 2005.
Photos : Francis Loup

Salem, êtes-vous une sorcière ?
J’aime envoûter et user de charmes pour mieux faire souffrir les personnes. J’aime l’ésotérisme, la magie et je fais d’ailleurs d’un groupe de shows SM appelé « l’Ordre des Damnés ». Oui, je suis une sorcière – à une différence près : moi, on ne me brûlera pas.

Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de devenir dominatrice ?
J’ai toujours fantasmé sur les super-héroïnes de BD américaines qui -dans leur tenues sexy, moulantes -, dominent du haut de talons vertigineux. Je les ai toujours trouvé très excitantes : les hommes sont à leurs pieds et prêts à tout pour obtenir un regard de ces super-femmes. Au début, c’était juste leur côté fetish qui m’atttirait. Je ne savais pas encore qu’un jour j’irai plus loin.

Vous avez été soumise ou masochiste ?
J’ai effectivement été soumise au début. Enfin, non, plutôt masochiste en fait. Je ne suis pas prête à me  mettre à genoux !

Quand et comment avez-vous découvert le SM ?
Ma première expérience dans le milieu : je m’étais connectée sur un chat SM par curiosité  et je me suis laissée tenter par l’expérience avec un Maître. Dès le début de notre relation, j’étais déjà assez dominante. Il voulait me laisser du temps avant la rencontre pour qu’on apprenne à se connaître et je lui ai dis au bout de trois jours : « ok là je suis libre, je veux te voir. Viens ! ».
Pendant nos jeux j’aimais surtout le fait de ne pas lui donner satisfaction. Je riais, même s’il me faisait très mal. Jamais je ne lui aurais dit stop car pour moi c’était se rabaisser et ça, il n’en était pas question.
C’est lors d’une soirée que je me suis rendu compte que je n’étais pas du bon côté : en plein milieu d’une séance j’ai switché complètement et l’ai humilié comme je ne l’ai encore jamais fait. Le pauvre !

De quelle sorte de personne pourriez-vous tomber amoureuse ?
Mes goûts sont assez vastes mais en fait je n’aime pas le côté classique d’une relation. Ce qui me trouble : un regard, une extravagance, un charme particulier. J’ai une préférence pour les hommes efféminés mais bon en fait je ne sais pas, c’est un ptit truc qui doit passer et c’est tout !

Depuis quand êtes-vous dominatrice ?

Je suis Dominatrice depuis 2 ans… enfin plutôt Maîtresse en fait car j’ai toujours eu un côté Dominant mais j’ai mis longtemps à le mettre à jour. Je n’étais pas prête. Je suis très vite passée par différents stades pour en arriver où j’en suis. Tout ça est neuf pour moi. Mais j’apprends très vite car j’aime ce que je fais. Je suis aussi consciente que j’ai encore beaucoup à découvrir  mais dans ce milieu on apprend tous les jours.
J’ai beaucoup appris grâce à Maîtresse Vampirella au niveau technique. C’est à son contact que j’ai développé mon style.

Qui est Maîtresse Vampirella ?
C’est la femme de ma vie. Je vis en couple avec Maîtresse Vampirella qui est une transsexuelle non-opérée.
Nous nous sommes rencontrés dans le milieu mais étions amis au départ. Puis il s’est passé un « ptit truc ».`

Vous pratiquez le SM en amour ?
Même si nous sommes dans le SM toutes les deux nous ne pratiquons pas ensemble étant donné que nous sommes dominantes.
Ceci dit, ils nous arrive de dominer à deux un soumis.

C’est quoi une bonne dominatrice, pour vous ?
Le plus important pour moi est avant tout le dialogue et le respect de l’autre. Il est important d’établir une confiance car avec ça on peut aller loin et dépasser les limites. Je respecte énormément les sousmis(es) car sans eux une Domina n’est rien et inversement.

Comment appelez-vous les hommes (ou les femmes) qui viennent vous voir pour se faire dominer ?
Tout dépend de leur statut un esclave est diffèrent d’un soumis ou d’un serviteur. Je peux aussi les affubler de petits noms humiliant!

C’est quoi un bon esclave et/ou soumis ?
Un bon esclave/ou soumis est pour moi un être qui se donne complètement dans la confiance, qui respecte sa Maîtresse et se met à la disposition de celle-ci.

Quels sont vos fantasmes SM préférés ?
Je suis fétichiste  des armes blanches. Les jeux de couteaux, lames, me plaisent beaucoup et me font vibrer. Malheureusement il est difficile de trouver des partenaires pour ce genre de jeux.

Qu’aimez-vous faire dans le cadre de la domination ?
J’aime jouer d’un mélange sensuel-érotique et puis plus dur. J’aime mélanger la douceur et la dureté pour affoler les sens et troubler la personne. Je ne joue pas d’une voix dure, je préfère le côté sensuel et même vicieux. Un murmure dans l’oreille peut se révéler plus fort qu’un ton cinglant. Je joue beaucoup avec le regard quand je domine : mon regard change. Je suis très perverse et vicieuse dans mes attitudes et je prends un plaisir extrême en voyant un visage grimaçant sous mes assauts.

Quelles sont vos spécialités ?
J’apprécie beaucoup le cutting. Mais aussi les jeux anals, le gode-ceinture, le fist, la dilatation, le fouet, le double martinet, la torture des tétons… C’est vaste : je peux prendre beaucoup de plaisir pour certains jeux avec une personne réceptive. Mais les jeux que j’aime beaucoup perdent tout leur goût quand je suis avec des personnes qui ne dégagent rien. Tout dépend du feeling !

Si vous étiez un animal, lequel voudriez-vous être ?
Un chat .
Indépendant, parfois calin mais toujours prêt à sortir ces griffes.

Si vous étiez une fleur, laquelle voudriez-vous être ?
Une orchidée.
Mon nom de soumise était Asylum : c’est le nom d’une orchidée dont le parfum rend fou.

Si vous étiez une matière ?
Vinyle ou soie, les deux me plaisent beaucoup

Quelle est votre phrase préférée ?
Toujours aller de l’avant et jamais regarder en arrière.

www.maitressesalem.com

Post scriptum : Beaucoup de choses ont changé dans la vie personnelle et professionnelle de Maîtresse Salem depuis la réalisation de cette interview. Elle organise une des soirées fétichistes régulières de Belgique, la Fetish Project.

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