MAITRESSE ATHENA : « J’ADORE L’HOMME EN GÉNÉRAL »
A Bruxelles où se trouve son donjon, Maîtresse Athéna fait partie des dominatrices les plus connues de la capitale. Elle a du chien et un charme fou. Elle a aussi 13 ans d’expérience et parle de ses jeux avec un plaisir contagieux. Quand je la rencontre pour la première fois – lors d’une soirée fetish à la Galerie d’enfer -, Maîtresse Athéna vient accompagnée d’un soumis costaud et branché, qui arbore fièrement son collier de chien et son T-shirt « International trampling association ». Il adore se faire marcher dessus, se faire bourrer de coups dans les parties génitales et sentir les talons qui le clouent au sol. Il me montre d’ailleurs le bon boulot de Maîtresse Athéna, en relevant son T-shirt, pour exhiber sa peau marquée… Elle sourit. Généreuse, enthousiaste, Athéna parle de la domination comme d’un art du partage.
Interview : Agnès Giard
Interview réalisée en mars 2006.
Quand avez-vous découvert que vous étiez dominatrice ?
Jeune, très jeune. Vers 18 ans en allant voir « Histoire d’O » au cinéma. Quand je l’ai vu, j’ai dit : « Jamais je ne serais comme O ». Et puis je suis allée voir « Ilsa la louve des SS ». Mes parents n’étaient pas eu courant. C’était du cinéma pour adulte à l’époque.
J’ai été élevée dans une famille très catholique. Je suis issue de la bourgeoisie belge. Je montais à cheval énormément, j’avais mes propres chevaux.
Je me suis mariée avec un dentiste et c’était moi qui dirigeait les affaires, même si je n’étais que femme au foyer : je lui disais « Il faudrait ouvrir un cabinet là, et là ». Je négociais les équipements, je traitais avec les fournisseurs de produits médicaux, je menais la baraque. Je dominais mon mari sans m’en rendre compte…
Et puis il m’a quittée et je me suis retrouvée sans rien. C’était il y a 16 ans. J’avais environ 30 ans.
Un soir, j’étais avec des amis dans un « bar-vitrine » de ce quartier de la gare du nord où les filles se mettent en vitrine pour la prostitution (la quartier des Maillons, NDLR)… J’allais souvent boire un café là, parce que j’adorais les maillons le soir… Je me trouvais là et puis quelqu’un est arrivé devant moi et m’a dit : « vous êtes une dominatrice, je le vois dans vos yeux. Je voudrais que vous me fouettiez, que vous me crachiez en bouche et que vous vous asseyiez sur mon visage ». Je l’ai fait. J’y ai pris un malin plaisir. Et j’ai commencé à prendre goût à ça. J’ai eu un esclave puis deux, puis trois…
J’ai été entretenue par un homme qui est devenu mon esclave mais pas trop longtemps. J’ai continué… Ma famille n’a jamais rien su.
Seul mon fils est au courant.
Quand avez-vous décidé de créer un donjon ?
J’ai commencé quelque chose de tout petit : 25 mètres carrés. C’était il y a 8 ans.
Le déclic ? Un esclave à moi, qui m’a dit : « Allez vas-y lance-toi »
Ce sont des concours de circonstances… Mon donjon est situé en plein centre de Bruxelles.
D’où vient votre nom de guerre ?
Mon vrai nom c’est Françoise et jusqu’en novembre 2005, j’étais connue en Belgique sous le nom de Maîtresse Françoise. Mais quand j’ai voulu créer mon site internet, cela a posé un problème… C’est Maîtresse Françoise (de France) qui m’a trouvé le prénom Athéna.
C’est un honneur pour moi ! Et puis il me va très bien.
C’est difficile de trouver un prénom qui ne soit pas déjà pris, n’est-ce pas ?
Oui, c’est vrai. En Allemagne, c’est plus facile qu’en Belgique ou en France. Beaucoup de dominatrices allemandes prennent des noms avec Von : Rita von machin, Rita von truc, donc à chaque fois le nom est différent, même si elles s’appellent toutes Rita ! La pratique latine c’est le prénom seul, alors c’est plus compliqué de trouver un prénom original.
Pour vous, qu’est-ce qui est important dans un nom de guerre ?
La féminité du prénom est très importante. Mais surtout le rattachement à un fantasme mythologique ou historique…
Je ne pourrais pas me faire dominer par Mistress Antoinette, par exemple, parce qu’Antoinette s’est fait couper la tête !
En revanche, Athéna, c’est bien. Au départ, je ne savais pas ce que ce nom symbolisait. J’ai demandé qu’on fasse des recherches et j’ai découvert que Athéna c’était la déesse de la guerre. Ca m’a beaucoup plu. J’adore le cuir, la peau de bête. Je me ferai lionne si je pouvais.
Qu’est-ce que vous appréciez chez un soumis ?
Si je le rencontre lors d’une soirée fetish, par exemple, qu’il me fasse un baise-main, qu’il demande : « Maîtresse est-ce que vous acceptez de me faire l’honneur de me marcher dessus »…
Qu’est-ce que vous aimez dans la domination ?
J’adore l’homme en général. J’ai toujours adoré l’homme. L’homme qui est à mes pieds, l’homme correct, déférent, respectueux… Je ne supporte pas la vulgarité. Pour moi un homme c’est beaucoup… Il doit y avoir un feeling entre l’esclave et la Maîtresse. Un respect mutuel.
Quelles sont vos préférences ?
J’en ai beaucoup : l’homme totalement soumis à sa Maîtresse. Les bougies. La fessée. Le SM classique. Le ball busting (il vaut mieux être chaussée pour ça, si possible avec des chaussures pointues). Le trampling des testicules. Je peux percer la peau d’un soumis avec mes talons quand je lui marche dessus.
Vous aimez la féminisation ?
Oh oui ! J’ai des esclaves que je féminise totalement… J’en ai un qui se trouve en Espagne avec son épouse, tous les jours il me téléphone : « Maîtresse vous ne pouvez pas savoir à quel point vous me manquez… Quel temps fait-il à Bruxelles ? » Il me demande de mes nouvelles… Je lui réponds sèchement : « Moi je suis bien, et toi tu es avec ton épouse. » J’ai ma vie.
Vous préférez rester distante avec les soumis ?
J’ai trouvé l’équilibre avec le SM. Je n’ai plus rien de nerveux dans mes jeux. Au départ, quand j’ai commencé, j’avais un grief contre l’homme, parce que j’avais été abandonnée par mon mari. Mais maintenant, je me sens bien dans ma tête. Je ne vais pas massacrer les soumis qui se présentent pour la première fois… Je leur demande ce qu’ils recherchent et je fais en sorte d’y trouver mon plaisir aussi. C’est important qu’il y ait un partage. Mais c’est important aussi de poser ses limites.
Il vous arrive de ne pas prendre de plaisir pendant une séance ?
Dernièrement, j’ai reçu un soumis qui voulait quelque chose de très précis, mais il le voulait tout de suite, sur le champ, sans aucune préparation : il voulait la douche dorée et le caviar. J’ai dit : « la douche dorée OK. La scato il n’y pas que ça… Il faut l’amener tout doucement, il faut une mise en scène ». Mais lui il n’était pas réceptif, il n’y avait pas de feeling. J’étais très perturbée. Il continuait à exiger que ça se fasse immédiatement alors que j’essayais de créer du plaisir… J’aurais pu faire exactement ce qu’il voulait – platement – et le mettre dehors ensuite : vite fait, mal fait. Mais je m’efforçais de créer un jeu à deux, un fantasme à partager… Et ça n’a pas marché. Il était dans son trip, moi ça ne m’a pas plu, j’ai essayé de lui expliquer : « Moi je n’ai pas pris mon plaisir, mais je peux t’apprendre autre chose… ». Je ne l’ai jamais revu.
Vous pouvez deviner à l’avance si un soumis va être bien ou pas ?
Au téléphone il est impossible de savoir si ça va bien se passer. Au téléphone, certains prétendent être masos et extrêmes mais au premier coup de cravache ils vont voir maman… C’est seulement en face à face qu’on commence à sentir. Lorsque je rencontre un soumis pour la première fois, je le jauge. Mais c’est dans le jeu que je peux vraiment voir s’il est bien. S’il n’est pas bien, je lui dis : « Trouve-toi une autre Maîtresse ». C’est moi qui décide de le revoir ou pas…
Quel est le profil type de vos soumis ?
Ils sont très cultivés. Très respectueux. Ce sont des gens qui viennent de très bons milieux. Ils aiment la Femme… Ils aiment la femme belle qui a de l’esprit qui a de la culture…
Ce sont des hommes qui viennent toujours de milieux cultivés ?
Oui, les soumis sont toujours des gens très bien. Jamais vulgaires. Rien à voir avec les hommes qui fréquentent les prostituées. Le problème, c’est que le SM est devenu une mode : depuis quelques années, beaucoup de prostituées deviennent « Maîtresses » parce qu’elles pensent gagner plus d’argent et plus facilement. Elles croient qu’elle peuvent dominer, mais elles n’ont pas ça dans le sang. Elles s’imaginent que donner 10 coups de cravache et mettre un doigt dans le cul, c’est facile… A cause d’elles, il y a une mauvaise image du SM.
Il y en a beaucoup ?
Je les appelle les « dominas pince-linge », parce qu’elles n’ont aucune hygiène. Ce sont celles qui sodomisent un homme avec le manche de leur fouet, directement, sans mettre de préservatif. Vous imaginez l’odeur du manche après ? Même quand on nettoie, ça pue !
C’est quoi une bonne dominatrice ?
On est dominatrice dans le sang. On ne le devient pas. Je connais des dominas qui se vengent sur les hommes. Elles n’ont rien compris. Le SM, c’est un partage, c’est un jeu. C’est un regard, parfois. Ca passe dans les yeux, dans la voix, dans la façon d’être… J’ai des esclaves ils jouissent sans bander ! Ils éjaculent sans avoir d’érection, tellement c’est fort. L’orgasme est dans leur tête. Moi je jouis quand je vois un esclave qui s’abandonne complètement à moi. C’est une osmose. Ça peut être une heure ou deux heures ou plus…
Comment faites-vous pour savoir ce qu’un homme désire ?
En deux minutes je peux identifier le désir d’un homme. Il faut être intuitif. Je parle aussi bien sûr. Je demande ce que l’homme veut avant de commencer le jeu. Je ne vais pas mettre en cage quelqu’un qui ne me le demande pas ! Il faut qu’il y ait un plaisir mutuel
Les soumis ont-ils des attitudes qui varient en fonction de leurs fantasmes ?
Le soumis de Maîtresse Athéna intervient : » Le soumis timide qui a du mal à parler, à s’exprimer, c’est souvent un adepte du bondage, de l’enfermement… L’homme plus sûr de lui, c’est un maso profond, quelqu’un qui sait parfaitement ce qu’il veut qu’on lui inflige comme douleur. Moi, je veux qu’on me piétine par exemple. »
Athéna reprend la parole : D’une manière générale, je reçois des banquiers, des chefs d’entreprise qui ont de grossses reponsabilités. Je peux les mettre sur la croix de St andré, jouer avec leurs seins. Ils veulent se défouler chez moi : ils se font engueuler, ils reçoivent des coups. Quand ils sortent de chez moi, ils disent : « Maintenant je peux aller à ma réunion, je sens que ça va bien se passer ils sont bien relax… ».
J’ai un esclave, je lui mets une cage à bite, parce que comme ça il arrive à mieux à travailler au bureau. S’il n’a pas de cage, il se touche, il se concentre moins. Il a tellement de responsabilités ! Il bande, il pense toujours au sexe, alors je lui mets la cage pour l’obliger à se concentrer sur son travail.
Ah bon ? Je pensais que c’était le contraire : il me semblait que la cage à bite empêchait la personne d’oublier son sexe, et le forçait à se focaliser dessus ?
Non, lui, c’est le contraire. Il sait que son cadeau c’est qu’il pourra jouir quand je lui aurai enlevé sa cage.
Que pensez-vous des gens qui disent que dans le SM il n’y a pas de sexe ?
Faux. Mes esclaves jouissent toujours à la fin du séance. Ou alors c’est que j’ai mal dominé ! Si ça ne faisait pas bander les dominateurs, ce ne serait pas du SM. Si ça ne faisait pas mouiller les soumis(es), ce ne serait pas du SM.
Vous avez un compagnon soumis ?
Moi je suis mariée. J’ai un mari qui est pas du tout soumis, mais pas du tout ! Ceci dit, il est courtois, prévenant. Quand je rentre chez moi, j’ai un plateau TV avec mon souper ! C’est un homme adorable. Et il a beaucoup d’éducation. Je ne supporte pas la vulgarité vous savez.
Quel est votre rythme de vie ?
Je commence à 11h du matin et je termine à 19h. Quand j’ai fini, je ne suis plus du tout dans le jeu. Parfois on me téléphone le dimanche, je ne réponds pas parce que c’est ma vie privée. Le dimanche, c’est mon fils, mon mari et mon petit chien.
Vous acceptez de recevoir plusieurs soumis à la fois ?
Oui, s’ils sont d’accord. J’en mets un en cage, un sur la croix et le dernier sur l’autre croix. Je m’occupe d’eux à tour de rôle. Parfois, quand il y en a qui sont bisexuels, je les oblige à se faire des choses entre eux.
Vous aceptez les soumises ?
J’aime pas trop faire les soumises, parce que j’aime trop l’homme ! Souvent ce sont des femmes qui viennent de la part de leur maître ou faire plaisir à leur mari. Dans ce cas-là, ça m’arrive d’accepter… Parfois aussi, c’est un mari qui vient avec sa femme pour que je lui montre comment dominer, pour lui montrer les zones érogènes de son épouse…
Vous aimez le médical ?
Je sais utiliser un autoclave, mais je ne pratique pas trop le médical, je ne prends pas de plaisir avec la couture ni avec les aiguilles ou les scarifications…
Vous aimez l’urolagnie ?
Oui, j’ai beaucoup de soumis comme ça. Je leur donne de l’urine, dans une coupe de champagne, comme ça ils sont obligés de tout boire. J’ai aussi des WC spéciales, avec la tête du soumis à l’intérieur et moi au-dessus : le seul problème, c’est qu’ils peuvent recracher s’ils n’ont pas envie de tout boire.
Votre urine est bonne ?
Je ne sais pas ! Je n’ai jamais goûté mon urine. Mais puisque les soumis en redemandent, ça doit avoir un bon goût… En tout cas, c’est un gage de bonne volonté.
Vous buvez quoi pour avoir une urine qui a bon goût ?
Je bois du café sucré ou du coca-cola light. Il paraît que c’est très bon.
Et le champagne, vous avez essayé ? Je sais que le champagne et les boissons aux édulcorants ça donne une urine au goût de miel…
Je ne bois jamais jamais de champagne.
Quels sont vos soumis préférés ?
Ceux qui reviennent. Moi c’est à la longue : plus l’esclave vient, plus je le sens, plus je lui apprends… Ca va crescendo, chez moi. Et puis, il y a des choses qui sont refoulées chez certains soumis et il faut prendre son temps avec eux. Nous les dominatrices, nous sommes des initiatrices. Nous leur faisons comprendre leur sexualité, nous leur apprenons à se connaître et à connaître leurs zones érogènes.
Quelle zone érogène leur faites-vous découvrir ? Il paraît qu’un très grand nombre de soumis vont chez les dominatrices pour se faire sodomiser, c’est vrai ?
Oui. La zone la plus érogène, chez l’homme, c’est l’anus… le creux des reins et le début de l’anus. Si on joue du doigt, au début, sur l’anus, ils sont surexcités. Il faut intégrer ça dans un scénario SM bien sûr. Parce que sinon ce serait fini en 5 minutes ! Ils éjaculeraient et après, impossible de faire quoi que ce soit. Donc avant d’utiliser le godemiché, on joue avec l’anus.
Même les hommes qui n’ont pas demandé à être sodomisés, vous utilisez le gode sur eux ?
Je regarde s’il y a une réception. Je joue autour de l’anus et si ça réagit, je sens que je peux aller plus loin. Les ¾ des soumis sont vraiment sensibles à des jeux sur l’anus. Mais certains en ont honte, alors ils n’osent pas demander. Voilà pourquoi mes soumis, je leur mets souvent le masque : pour qu’ils puissent se cacher… Pour qu’ils changent de peau. Avec le masque, ils rentrent dans la peau de quelqu’un d’autre.
Et vous, vous portez une cagoule parfois ?
Moi jamais ! C’est très rare que je porte un masque et généralement c’est un loup. Moi, je suis une dominatrice. C’est le soumis qui porte une cagoule. Il doit voir les expressions de mon visage. Les ¾ ils baissent le regard devant leur Maitresse, mais s’ils lèvent les yeux ils doivent voir mon visage qui les fixe, mes yeux qui ordonnent.
Vous avez des interdits ?
Oui. Un jour, un soumis m’a dit : « Je veux prendre le la cocaine et je veux être soumis par vous après ». J’ai dit non. Chez moi, toute personne doit être, premièrement consentante et de deux doit être bien dans sa tête et les idées bien claires.
Quels sont vos projets ?
Je vais à l’OWK du 13 au 16 septembre 2006 ! Ce sera la première fois. C’est un esclave qui m’a dit : « Il faut y aller Maîtresse, il faut y aller ». J’avais un esclave qui y est allé trois fois et c’était une expérience inoubliable pour lui. Ca ne me disait rien, vraiment rien. A l’OWK, on ne peut pas faire ce qu’on veut avec les soumis… Par exemple, on ne peut pas leur mettre de gode. C’est un domaine qui nous permet à nous dominas de jouer, mais surtout dans les jeux très durs : on frappe, on fouette, on cravache. C’est pour les masos.
Vous allez tourner une vidéo là-bas ?
Oui ! Ils m’ont demandé de faire une scénario. J’y vais avec trois esclaves.















