MAITRESSE ATHENA : « J’ADORE L’HOMME EN GÉNÉRAL »

Texte rédigé par Agnès Giard | Interview | Mardi 21 mars 2006 17:23

A Bruxelles où se trouve son donjon, Maîtresse Athéna fait partie des dominatrices les plus connues de la capitale. Elle a du chien et un charme fou. Elle a aussi 13 ans d’expérience et parle de ses jeux avec un plaisir contagieux. Quand je la rencontre pour la première fois – lors d’une soirée fetish à la Galerie d’enfer -, Maîtresse Athéna vient accompagnée d’un soumis costaud et branché, qui arbore fièrement son collier de chien et son T-shirt « International trampling association ». Il adore se faire marcher dessus, se faire bourrer de coups dans les parties génitales et sentir les talons qui le clouent au sol. Il me montre d’ailleurs le bon boulot de Maîtresse Athéna, en relevant son T-shirt, pour exhiber sa peau marquée… Elle sourit. Généreuse, enthousiaste, Athéna parle de la domination comme d’un art du partage.


Interview : Agnès Giard
Interview réalisée en mars 2006.

Quand avez-vous découvert que vous étiez dominatrice ?
Jeune, très jeune. Vers 18 ans en allant voir « Histoire d’O » au cinéma. Quand je l’ai vu, j’ai dit : « Jamais je ne serais comme O ». Et puis je suis allée voir « Ilsa la louve des SS ». Mes parents n’étaient pas eu courant. C’était du cinéma pour adulte à l’époque.

J’ai été élevée dans une famille très catholique. Je suis issue de la bourgeoisie belge. Je montais à cheval énormément, j’avais mes propres chevaux.
Je me suis mariée avec un dentiste et c’était moi qui dirigeait les affaires, même si je n’étais que femme au foyer : je lui disais « Il faudrait ouvrir un cabinet là, et là ». Je négociais les équipements, je traitais avec les fournisseurs de produits médicaux, je menais la baraque. Je dominais mon mari sans m’en rendre compte…

Et puis il m’a quittée et je me suis retrouvée sans rien. C’était il y a 16 ans. J’avais environ 30 ans.
Un soir, j’étais avec des amis dans un « bar-vitrine » de ce quartier de la gare du nord où les filles se mettent en vitrine pour la prostitution (la quartier des Maillons, NDLR)… J’allais souvent boire un café là, parce que j’adorais les maillons le soir… Je me trouvais là et puis quelqu’un est arrivé devant moi et m’a dit : « vous êtes une dominatrice, je le vois dans vos yeux. Je voudrais que vous me fouettiez, que vous me crachiez en bouche et que vous vous asseyiez sur mon visage ». Je l’ai fait. J’y ai pris un malin plaisir. Et j’ai commencé à prendre goût à ça. J’ai eu un esclave puis deux, puis trois…

J’ai été entretenue par un homme qui est devenu mon esclave mais pas trop longtemps. J’ai continué… Ma famille n’a jamais rien su.
Seul mon fils est au courant.

Quand avez-vous décidé de créer un donjon ?

J’ai commencé quelque chose de tout petit : 25 mètres carrés. C’était il y a 8 ans.

Le déclic ? Un esclave à moi, qui m’a dit : « Allez vas-y lance-toi »
Ce sont des concours de circonstances… Mon donjon est situé en plein centre de Bruxelles.

D’où vient votre nom de guerre ?
Mon vrai nom c’est Françoise et jusqu’en novembre 2005, j’étais connue en Belgique sous le nom de Maîtresse Françoise. Mais quand j’ai voulu créer mon site internet, cela a posé un problème… C’est Maîtresse Françoise (de France) qui m’a trouvé le prénom Athéna.
C’est un honneur pour moi ! Et puis il me va très bien.

C’est difficile de trouver un prénom qui ne soit pas déjà pris, n’est-ce pas ?
Oui, c’est vrai. En Allemagne, c’est plus facile qu’en Belgique ou en France. Beaucoup de dominatrices allemandes prennent des noms avec Von : Rita von machin, Rita von truc, donc à chaque fois le nom est différent, même si elles s’appellent toutes Rita ! La pratique latine c’est le prénom seul, alors c’est plus compliqué de trouver un prénom original.

Pour vous, qu’est-ce qui est important dans un nom de guerre ?
La féminité du prénom est très importante. Mais surtout le rattachement à un fantasme mythologique ou historique…
Je ne pourrais pas me faire dominer par Mistress Antoinette, par exemple, parce qu’Antoinette s’est fait couper la tête !
En revanche, Athéna, c’est bien. Au départ, je ne savais pas ce que ce nom symbolisait. J’ai demandé qu’on fasse des recherches et j’ai découvert que Athéna c’était la déesse de la guerre. Ca m’a beaucoup plu. J’adore le cuir, la peau de bête. Je me ferai lionne si je pouvais.



Qu’est-ce que vous appréciez chez un soumis ?

Si je le rencontre lors d’une soirée fetish, par exemple, qu’il me fasse un baise-main, qu’il demande : « Maîtresse est-ce que vous acceptez de me faire l’honneur de me marcher  dessus »…

Qu’est-ce que vous aimez dans la domination ?
J’adore l’homme en général. J’ai toujours adoré l’homme. L’homme qui est à mes pieds, l’homme correct, déférent, respectueux… Je ne supporte pas la vulgarité. Pour moi un homme c’est beaucoup…  Il doit y avoir un feeling entre l’esclave et la Maîtresse. Un respect mutuel.

Quelles sont vos préférences ?
J’en ai beaucoup : l’homme totalement soumis à sa Maîtresse. Les bougies. La fessée. Le SM classique. Le ball busting (il vaut mieux être chaussée pour ça, si possible avec des chaussures pointues). Le trampling des testicules. Je peux percer la peau d’un soumis avec mes talons quand je lui marche dessus.

Vous aimez la féminisation ?
Oh oui ! J’ai des esclaves que je féminise totalement… J’en ai un qui se trouve en Espagne avec son épouse, tous les jours il me téléphone : « Maîtresse vous ne pouvez pas savoir à quel point vous me manquez… Quel temps fait-il à Bruxelles ? » Il me demande de mes nouvelles… Je lui réponds sèchement : « Moi je suis bien, et toi tu es avec ton épouse. » J’ai ma vie.

Vous préférez rester distante avec les soumis ?

J’ai trouvé l’équilibre avec le SM. Je n’ai plus rien de nerveux dans mes jeux. Au départ, quand j’ai commencé, j’avais un grief contre l’homme, parce que j’avais été abandonnée par mon mari. Mais maintenant, je me sens bien dans ma tête. Je ne vais pas massacrer les soumis qui se présentent pour la première fois… Je leur demande ce qu’ils recherchent et je fais en sorte d’y trouver mon plaisir aussi. C’est important qu’il y ait un partage. Mais c’est important aussi de poser ses limites.

Il vous arrive de ne pas prendre de plaisir pendant une séance ?

Dernièrement, j’ai reçu un soumis qui voulait quelque chose de très précis, mais il le voulait tout de suite, sur le champ, sans aucune préparation : il voulait la douche dorée et le caviar. J’ai dit : « la douche dorée OK. La scato il n’y pas que ça… Il faut l’amener tout doucement, il faut une mise en scène ». Mais lui il n’était pas réceptif, il n’y avait pas de feeling. J’étais très perturbée. Il continuait à exiger que ça se fasse immédiatement alors que j’essayais de créer du plaisir… J’aurais pu faire exactement ce qu’il voulait – platement – et le mettre dehors ensuite : vite fait, mal fait. Mais je m’efforçais de créer un jeu à deux, un fantasme à partager… Et ça n’a pas marché. Il était dans son trip, moi ça ne m’a pas plu, j’ai essayé de lui expliquer : « Moi je n’ai pas pris mon plaisir, mais je peux t’apprendre autre chose… ». Je ne l’ai jamais revu.

Vous pouvez deviner à l’avance si un soumis va être bien ou pas ?

Au téléphone il est impossible de savoir si ça va bien se passer. Au téléphone, certains prétendent être masos et extrêmes mais au premier coup de cravache ils vont voir maman… C’est seulement en face à face qu’on commence à sentir. Lorsque je rencontre un soumis pour la première fois, je le jauge. Mais c’est dans le jeu que je peux vraiment voir s’il est bien. S’il n’est pas bien, je lui dis : « Trouve-toi une autre Maîtresse ». C’est moi qui décide de le revoir ou pas…

Quel est le profil type de vos soumis ?
Ils sont très cultivés. Très respectueux. Ce sont des gens qui viennent de très bons milieux. Ils aiment la Femme… Ils aiment la femme belle qui a de l’esprit qui a de la culture…

Ce sont des hommes qui viennent toujours de milieux cultivés ?

Oui, les soumis sont toujours des gens très bien. Jamais vulgaires. Rien à voir avec les hommes qui fréquentent les prostituées. Le problème, c’est que le SM est devenu une mode : depuis quelques années, beaucoup de prostituées deviennent « Maîtresses » parce qu’elles pensent gagner plus d’argent et plus facilement. Elles croient qu’elle peuvent dominer, mais elles n’ont pas ça dans le sang. Elles s’imaginent que donner 10 coups de cravache et mettre un doigt dans le cul, c’est facile… A cause d’elles, il y a une mauvaise image du SM.

Il y en a beaucoup ?
Je les appelle les « dominas pince-linge », parce qu’elles n’ont aucune hygiène. Ce sont celles qui sodomisent un homme avec le manche de leur fouet, directement, sans mettre de préservatif. Vous imaginez l’odeur du manche après ? Même quand on nettoie, ça pue !

C’est quoi une bonne dominatrice ?
On est dominatrice dans le sang. On ne le devient pas. Je connais des dominas qui se vengent sur les hommes. Elles n’ont rien compris. Le SM, c’est un partage, c’est un jeu. C’est un regard, parfois. Ca passe dans les yeux, dans la voix, dans la façon d’être… J’ai des esclaves ils jouissent sans bander ! Ils éjaculent sans avoir d’érection, tellement c’est fort. L’orgasme est dans leur tête. Moi je jouis quand je vois un esclave qui s’abandonne complètement à moi. C’est une osmose. Ça peut être une heure ou deux heures ou plus…

Comment faites-vous pour savoir ce qu’un homme désire ?
En deux minutes je peux identifier le désir d’un homme. Il faut être intuitif.  Je parle aussi bien sûr. Je demande ce que l’homme veut avant de commencer le jeu. Je ne vais pas mettre en cage quelqu’un qui ne me le demande pas ! Il faut qu’il y ait un plaisir mutuel

Les soumis ont-ils des attitudes qui varient en fonction de leurs fantasmes ?

Le soumis de Maîtresse Athéna intervient :  » Le soumis timide qui a du mal à parler, à s’exprimer, c’est souvent un adepte du bondage, de l’enfermement… L’homme plus sûr de lui, c’est un maso profond, quelqu’un qui sait parfaitement ce qu’il veut qu’on lui inflige comme douleur. Moi, je veux qu’on me piétine par exemple. »
Athéna reprend la parole : D’une manière générale, je reçois des banquiers, des chefs d’entreprise qui ont de grossses reponsabilités. Je peux les mettre sur la croix de St andré, jouer avec leurs seins. Ils veulent se défouler chez moi : ils se font engueuler, ils reçoivent des coups. Quand ils sortent de chez moi, ils disent : « Maintenant je peux aller à ma réunion, je sens que ça va bien se passer ils sont bien relax… ».
J’ai un esclave, je lui mets une cage à bite, parce que comme ça il arrive à mieux à travailler au bureau. S’il n’a pas de cage, il se touche, il se concentre moins. Il a tellement de responsabilités ! Il bande, il pense toujours au sexe, alors je lui mets la cage pour l’obliger à se concentrer sur son travail.

Ah bon ? Je pensais que c’était le contraire : il me semblait que la cage à bite empêchait la personne d’oublier son sexe, et le forçait à se focaliser dessus ?
Non, lui, c’est le contraire. Il sait que son cadeau c’est qu’il pourra jouir quand je lui aurai enlevé sa cage.

Que pensez-vous des gens qui disent que dans le SM il n’y a pas de sexe ?

Faux. Mes esclaves jouissent toujours à la fin du séance. Ou alors c’est que j’ai mal dominé ! Si ça ne faisait pas bander les dominateurs, ce ne serait pas du SM. Si ça ne faisait pas mouiller les soumis(es), ce ne serait pas du SM.

Vous avez un compagnon soumis ?
Moi je suis mariée. J’ai un mari qui est pas du tout soumis, mais pas du tout ! Ceci dit, il est courtois, prévenant. Quand je rentre chez moi, j’ai un plateau TV avec mon souper ! C’est un homme adorable. Et il a beaucoup d’éducation. Je ne supporte pas la vulgarité vous savez.

Quel est votre rythme de vie ?
Je commence à 11h du matin et je termine à 19h. Quand j’ai fini, je ne suis plus du tout dans le jeu. Parfois on me téléphone le dimanche, je ne réponds pas parce que c’est ma vie privée. Le dimanche, c’est mon fils, mon mari et mon petit chien.

Vous acceptez de recevoir plusieurs soumis à la fois ?
Oui, s’ils sont d’accord. J’en mets un en cage, un sur la croix et le dernier sur l’autre croix. Je m’occupe d’eux à tour de rôle. Parfois, quand il y en a qui sont bisexuels, je les oblige à se faire des choses entre eux.

Vous aceptez les soumises ?
J’aime pas trop faire les soumises, parce que j’aime trop l’homme ! Souvent ce sont des femmes qui viennent de la part de leur maître ou faire plaisir à leur mari. Dans ce cas-là, ça m’arrive d’accepter… Parfois aussi, c’est un mari qui vient avec sa femme pour que je lui montre comment dominer, pour lui montrer les zones érogènes de son épouse…

Vous aimez le médical ?
Je sais utiliser un autoclave, mais je ne pratique pas trop le médical, je ne prends pas de plaisir avec la couture ni avec les aiguilles ou les scarifications…

Vous aimez l’urolagnie ?
Oui, j’ai beaucoup de soumis comme ça. Je leur donne de l’urine, dans une coupe de champagne, comme ça ils sont obligés de tout boire. J’ai aussi des WC spéciales, avec la tête du soumis à l’intérieur et moi au-dessus : le seul problème, c’est qu’ils peuvent recracher s’ils n’ont pas envie de tout boire.

Votre urine est bonne ?
Je ne sais pas ! Je n’ai jamais goûté mon urine. Mais puisque les soumis en redemandent, ça doit avoir un bon goût… En tout cas, c’est un gage de bonne volonté.

Vous buvez quoi pour avoir une urine qui a bon goût ?
Je bois du café sucré ou du coca-cola light. Il paraît que c’est très bon.

Et le champagne, vous avez essayé ? Je sais que le champagne et les boissons aux édulcorants ça donne une urine au goût de miel…
Je ne bois jamais jamais de champagne.

Quels sont vos soumis préférés ?

Ceux qui reviennent. Moi c’est à la longue : plus l’esclave vient, plus je le sens, plus je lui apprends… Ca va crescendo, chez moi. Et puis, il y a des choses qui sont refoulées chez certains soumis et il faut prendre son temps avec eux. Nous les dominatrices, nous sommes des initiatrices. Nous leur faisons comprendre leur sexualité, nous leur apprenons à se connaître et à connaître leurs zones érogènes.

Quelle zone érogène leur faites-vous découvrir ? Il paraît qu’un très grand nombre de soumis vont chez les dominatrices pour se faire sodomiser, c’est vrai ?
Oui. La zone la plus érogène, chez l’homme, c’est l’anus… le creux des reins et le début de l’anus. Si on joue du doigt, au début, sur l’anus, ils sont surexcités. Il faut intégrer ça dans un scénario SM bien sûr. Parce que sinon ce serait fini en 5 minutes ! Ils éjaculeraient et après, impossible de faire quoi que ce soit. Donc avant d’utiliser le godemiché, on joue avec l’anus.

Même les hommes qui n’ont pas demandé à être sodomisés, vous utilisez le gode sur eux ?
Je regarde s’il y a une réception. Je joue autour de l’anus et si ça réagit, je sens que je peux aller plus loin. Les ¾ des soumis sont vraiment  sensibles à des jeux sur l’anus. Mais certains en ont honte, alors ils n’osent pas demander. Voilà pourquoi mes soumis, je leur mets souvent le masque : pour qu’ils puissent se cacher… Pour qu’ils changent de peau. Avec le masque, ils rentrent dans la peau de quelqu’un d’autre.

Et vous, vous portez une cagoule parfois ?
Moi jamais ! C’est très rare que je porte un masque et généralement c’est un loup. Moi, je suis une dominatrice. C’est le soumis qui porte une cagoule. Il doit voir les expressions de mon visage. Les ¾ ils baissent le regard devant leur Maitresse, mais s’ils lèvent les yeux ils doivent voir mon visage qui les fixe, mes yeux qui ordonnent.

Vous avez des interdits ?
Oui. Un jour, un soumis m’a dit : « Je veux prendre le la cocaine et je veux être soumis par vous après ». J’ai dit non. Chez moi, toute personne doit être, premièrement consentante et de deux doit être bien dans sa tête et les idées bien claires.

Quels sont vos projets ?

Je vais à l’OWK du 13 au 16 septembre 2006 ! Ce sera la première fois. C’est un esclave qui m’a dit : « Il faut y aller Maîtresse, il faut y aller ». J’avais un esclave qui y est allé trois fois et c’était une expérience inoubliable pour lui. Ca ne me disait rien, vraiment rien. A l’OWK, on ne peut pas faire ce qu’on veut avec les soumis… Par exemple, on ne peut pas leur mettre de gode. C’est un domaine qui nous permet à nous dominas de jouer, mais surtout dans les jeux très durs : on frappe, on fouette, on cravache. C’est pour les masos.

Vous allez tourner une vidéo là-bas ?
Oui ! Ils m’ont demandé de faire une scénario. J’y vais avec trois esclaves.

www.maitresse-athena.com

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MAÎTRESSE SALEM : « JE NE SUIS PAS PRÊTE À ME METTRE À GENOUX »

Texte rédigé par Agnès Giard | Interview | Lundi 19 septembre 2005 00:06

Maîtresse Salem se décrit comme une « jeune femme de 30 ans » qui joue beaucoup de son charme et de ses longs regards. « J’aime troubler par des jeux de regard, dit-elle : tout peut passer par là. On est souvent étonné car je souris beaucoup pour une Domina. Apparemment c’est étrange. Je ne comprends pas pourquoi j’ai de la joie de vivre. Je ne me prends jamais la tête (enfin j’essaye !). Ceci dit, lors des séances, mes soumis savent qu’à tout moment mon visage peut changer et mon sourire devenir sadique. » Maîtresse Salem est amoureuse d’une dominatrice transgenre qui lui a enseigné les techniques de la domination. Elles vivent ensemble en Belgique.

Interview : Agnès Giard
Interview réalisée en 2005.
Photos : Francis Loup

Salem, êtes-vous une sorcière ?
J’aime envoûter et user de charmes pour mieux faire souffrir les personnes. J’aime l’ésotérisme, la magie et je fais d’ailleurs d’un groupe de shows SM appelé « l’Ordre des Damnés ». Oui, je suis une sorcière – à une différence près : moi, on ne me brûlera pas.

Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de devenir dominatrice ?
J’ai toujours fantasmé sur les super-héroïnes de BD américaines qui -dans leur tenues sexy, moulantes -, dominent du haut de talons vertigineux. Je les ai toujours trouvé très excitantes : les hommes sont à leurs pieds et prêts à tout pour obtenir un regard de ces super-femmes. Au début, c’était juste leur côté fetish qui m’atttirait. Je ne savais pas encore qu’un jour j’irai plus loin.

Vous avez été soumise ou masochiste ?
J’ai effectivement été soumise au début. Enfin, non, plutôt masochiste en fait. Je ne suis pas prête à me  mettre à genoux !

Quand et comment avez-vous découvert le SM ?
Ma première expérience dans le milieu : je m’étais connectée sur un chat SM par curiosité  et je me suis laissée tenter par l’expérience avec un Maître. Dès le début de notre relation, j’étais déjà assez dominante. Il voulait me laisser du temps avant la rencontre pour qu’on apprenne à se connaître et je lui ai dis au bout de trois jours : « ok là je suis libre, je veux te voir. Viens ! ».
Pendant nos jeux j’aimais surtout le fait de ne pas lui donner satisfaction. Je riais, même s’il me faisait très mal. Jamais je ne lui aurais dit stop car pour moi c’était se rabaisser et ça, il n’en était pas question.
C’est lors d’une soirée que je me suis rendu compte que je n’étais pas du bon côté : en plein milieu d’une séance j’ai switché complètement et l’ai humilié comme je ne l’ai encore jamais fait. Le pauvre !

De quelle sorte de personne pourriez-vous tomber amoureuse ?
Mes goûts sont assez vastes mais en fait je n’aime pas le côté classique d’une relation. Ce qui me trouble : un regard, une extravagance, un charme particulier. J’ai une préférence pour les hommes efféminés mais bon en fait je ne sais pas, c’est un ptit truc qui doit passer et c’est tout !

Depuis quand êtes-vous dominatrice ?

Je suis Dominatrice depuis 2 ans… enfin plutôt Maîtresse en fait car j’ai toujours eu un côté Dominant mais j’ai mis longtemps à le mettre à jour. Je n’étais pas prête. Je suis très vite passée par différents stades pour en arriver où j’en suis. Tout ça est neuf pour moi. Mais j’apprends très vite car j’aime ce que je fais. Je suis aussi consciente que j’ai encore beaucoup à découvrir  mais dans ce milieu on apprend tous les jours.
J’ai beaucoup appris grâce à Maîtresse Vampirella au niveau technique. C’est à son contact que j’ai développé mon style.

Qui est Maîtresse Vampirella ?
C’est la femme de ma vie. Je vis en couple avec Maîtresse Vampirella qui est une transsexuelle non-opérée.
Nous nous sommes rencontrés dans le milieu mais étions amis au départ. Puis il s’est passé un « ptit truc ».`

Vous pratiquez le SM en amour ?
Même si nous sommes dans le SM toutes les deux nous ne pratiquons pas ensemble étant donné que nous sommes dominantes.
Ceci dit, ils nous arrive de dominer à deux un soumis.

C’est quoi une bonne dominatrice, pour vous ?
Le plus important pour moi est avant tout le dialogue et le respect de l’autre. Il est important d’établir une confiance car avec ça on peut aller loin et dépasser les limites. Je respecte énormément les sousmis(es) car sans eux une Domina n’est rien et inversement.

Comment appelez-vous les hommes (ou les femmes) qui viennent vous voir pour se faire dominer ?
Tout dépend de leur statut un esclave est diffèrent d’un soumis ou d’un serviteur. Je peux aussi les affubler de petits noms humiliant!

C’est quoi un bon esclave et/ou soumis ?
Un bon esclave/ou soumis est pour moi un être qui se donne complètement dans la confiance, qui respecte sa Maîtresse et se met à la disposition de celle-ci.

Quels sont vos fantasmes SM préférés ?
Je suis fétichiste  des armes blanches. Les jeux de couteaux, lames, me plaisent beaucoup et me font vibrer. Malheureusement il est difficile de trouver des partenaires pour ce genre de jeux.

Qu’aimez-vous faire dans le cadre de la domination ?
J’aime jouer d’un mélange sensuel-érotique et puis plus dur. J’aime mélanger la douceur et la dureté pour affoler les sens et troubler la personne. Je ne joue pas d’une voix dure, je préfère le côté sensuel et même vicieux. Un murmure dans l’oreille peut se révéler plus fort qu’un ton cinglant. Je joue beaucoup avec le regard quand je domine : mon regard change. Je suis très perverse et vicieuse dans mes attitudes et je prends un plaisir extrême en voyant un visage grimaçant sous mes assauts.

Quelles sont vos spécialités ?
J’apprécie beaucoup le cutting. Mais aussi les jeux anals, le gode-ceinture, le fist, la dilatation, le fouet, le double martinet, la torture des tétons… C’est vaste : je peux prendre beaucoup de plaisir pour certains jeux avec une personne réceptive. Mais les jeux que j’aime beaucoup perdent tout leur goût quand je suis avec des personnes qui ne dégagent rien. Tout dépend du feeling !

Si vous étiez un animal, lequel voudriez-vous être ?
Un chat .
Indépendant, parfois calin mais toujours prêt à sortir ces griffes.

Si vous étiez une fleur, laquelle voudriez-vous être ?
Une orchidée.
Mon nom de soumise était Asylum : c’est le nom d’une orchidée dont le parfum rend fou.

Si vous étiez une matière ?
Vinyle ou soie, les deux me plaisent beaucoup

Quelle est votre phrase préférée ?
Toujours aller de l’avant et jamais regarder en arrière.

www.maitressesalem.com

Post scriptum : Beaucoup de choses ont changé dans la vie personnelle et professionnelle de Maîtresse Salem depuis la réalisation de cette interview. Elle organise une des soirées fétichistes régulières de Belgique, la Fetish Project.

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MAÎTRESSE MORRIGAN, L’AMAZONE

Texte rédigé par Agnès Giard | Interview | Mardi 23 novembre 2004 11:04

Morrigàn est une représentation de la Déesse-mère Celte. « Elle est la Désse de la guerre et de la sexualité… » explique Maîtresse Morrigan. La première fois que je l’ai rencontrée, c’était devant le Lou-Bar lors d’une soirée diabolique et je l’ai vue de loin : on a rarement l’occasion de rencontrer des femmes entièrement vêtues comme des cavalières à Paris… Maîtresse Morrigan se tenait sur le trottoir, rigide et silencieuse, la tête coiffée d’un haut de forme, en pantalon jodpur et bottes de cuir luisantes, une cravache à la main. Je suis pratiquement tombée à la renverse devant cette apparition : une Amazone. Avec sa coupe au carré très stricte, d’un blond de cendre accentué par une pâleur de peau lumineuse, Morrigan incarne vraiment de cette idéal de féminité guerrière.


Interview : Agnès Giard
Interview réalisée en novembre 2004.
Photos : Francis Loup

Pouvez-vous nous raconter vos premières expériences ?
Mes premiers émois SM sont nés alors que j’étais encore enfant.
Je pense que c’est une condition inée, on ne peut pas la créer. On est Dominatrice où on ne l’est pas. Il reste ensuite à choisir de l’assumer ou pas. J’ai décidé de l’assumer.
Ma première expérience fut assez étrange, un jeune homme inconnu me fut présenté lors d’une soirée, c’était un Maître. Ce fut le premier homme qui me fit des allusions au monde de la Domination. Celà faisait si longtemps que je désirais  pénétrer ce monde-là et y faire mes premiers pas… J’avais décider de ne plus le lâcher. Je l’ai emmené chez moi. Jusqu’au dernier moment il était persuadé qu’il me dresserait, mais je ne suis pas du genre à me laisser faire. J’ai pris le dessus et il m’a demandé de le dominer. L’embêtant c’est qu’il y a pris beaucoup de plaisir, il m’a dit qu’il n’avait jamais connu une telle extase, mais il n’a pu embrasser cette idée-là. Alors il s’est sauvé et je ne l’ai jamais revu. C’est dommage, il était charmant…

Qu’est-ce qui vous a décidé à aller plus loin ?
Ceux qui m’ont fait découvrir l’univers du SM sont les soumis. Par trois fois avant de vivre ma réelle première expérience des soumis sont venus à moi, le premier s’est mis à genoux dans un grand magasin, il m’a dit « Voilà une demie-heure que je vous observe, et je suis sûr que vous êtes une Maîtresse divine. Ordonnez-moi ce que vous voulez. » Les deux autres se sont jetés à terre, à plat ventre, en m’appellant Maîtresse, ce fût à l’entrée de deux concerts différents. J’étais… troublée, des frissons parcouraient mon échine, j’adorais ça ! Je me sentais moi, enfin à ma place. Je ne connaissais pas les codes, je les ai un peu testé, mais je n’étais pas seule, ce n’était pas le moment alors je suis partie.

Vous êtes-vous mise à la place des hommes que vous dominez ? Avez-vous tenté d’être soumise ou masochiste ?
Avant de prendre ma place de Dominatrice j’aurais aimé savoir ce que pouvaient réellement sentir les personnes que je dominerais, pour apprendre à agir correctement. Alors je me suis mise à chercher des Maîtres, mais je ne me laissais pas faire et ils n’arrivaient pas à me posséder. Il fallait donc que je leur ordonne de me donner des ordres, cela devenait ridicule. Puis j’ai rencontré un grand Maître qui m’a fait connaître la douleur physique, comme je le lui demandais. Je n’ai pas éprouvé de plaisir, et puis mentalement c’est moi qui le possédais. Mais il est vrai que j’étais assez fière de moi et de mon endurance.
Aujourd’hui je n’ai pas envie d’être soumise ou masochiste puisque j’ai pris ma place et que c’est ainsi que j’aime la luxure.

C’est quoi une bonne dominatrice, pour vous ?
Pour moi une bonne Dominatrice, c’est une femme qui sait écouter ses désirs. C’est une femme qui sait aussi être à l’écoute des autres, qui va sentir à quel moment son soumis ou son esclave pourra lui donner un pleu plus de lui-même, à quel moment il devra être cassé ou bien encouragé, à quel moment il peut avoir besoin d’une pause ou bien d’une récompense si il l’a mérité afin qu’il progresse dans sa dévotion.

Comment appelez-vous les hommes qui viennent vous voir pour se faire dominer ?
Toute personne qui se présente à moi et que j’accepte sera d’abord un soumis, ensuite s’il fait preuve d’effort et de dévotion il peut accéder au rang d’esclave.

C’est quoi un bon esclave/soumis ?
C’est avant tout une personne qui désire s’offrir…

De quelle sorte de personne pourriez-vous tomber amoureuse ?
Je pense qu’une personne qui serait à la base quelqu’un de très fort d’un point de vue charismatique, qui aurait une forte personnalité et qui par amour aurait envie et besoin de se soumettre à moi a toutes les chances de me faire craquer.

Avez-vous rencontré cette personne ?
Non, j’ai eu une histoire d’amour, une passion, mais rien de stable. C’était un soumis mais par occasion…

Jouez-vous avec votre look de cavalière ? Aimez-vous cravacher les hommes comme des montures ?
Je ne pense pas avoir un look de cavalière mais j’aime jouer de mon look. J’ai monté à différent moments de ma vie  et l’on vient de m’offrir pour mon anniversaire de nouveaux cours d’équitation.

Quelle voix avez-vous pour dominer ?
J’ai une voix autoritaire, mais j’aime autant susurrer des insultes aux creux d’une oreille que de hurler un bref instant juste au moment où l’esclave ne s’y attend pas. J’aime jouer de ma voix, c’est un terrible instrument…

Si vous étiez un animal, lequel voudriez-vous être ?
Une panthère de Sibérie

Une fleur ?
Une orchidée, une rose… mais noire

Une matière ?
Le cuir, c’est une matière vivante… porté à même la peau… lorsque l’on pense à ce que c’est… Je trouve cela troublant et terriblement excitant.

Quelle est votre phrase préférée ?
Deux phrases marquent mon existence, l’une dite par la Comtesse de Sponville : « Nous n’avons besoin de morale que faute d’amour ».
Et l’autre dite par Casanova : « Dépêchez-vous de succomber à la tentation avant qu’elle ne s’éloigne »…

Si votre vie était un film, quel en serait le titre?
Si ma vie était un film ? Elle porterait le nom de « La chevauchée sauvage » mais plus pour le titre que pour le film. Quoiqu’un western revu et corrigé par des femmes serait peut-être une bonne idée…

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SUBLIME LADY DE L’OWK MONIQUE DE NEMOURS

Texte rédigé par Sudo Decoy | Interview | Dimanche 7 mars 2004 17:17

Blonde, fine, impérieuse, cette maitresse espagnole d’origine allemande possède un donjon très célèbre à Barcelone. Son nom de guerre est aussi exotique que son accent rauque : « Lady Monique de Nemours ». Elle a 39 ans et elle n’aime pas se répéter. Elle porte un tatouage sur l’épaule, signe de distinction : c’est le symbole de l’OWK. Maitresse Monique fait en effet partie des « sublime ladies de l’Other World kingdom ». Fière de ce titre, elle n’admet pas qu’on puisse lui résister. Ses réponses à l’interview sont donc aussi concises et cinglantes que des coups de canne anglaise. Sublime, forcément.


Interview : Sudo Decoy
Merci à Jean-Luc et à Laura, sans qui cette interview n’aurait pas eu lieu.
Interview réalisée en 2004.

Quand avez-vous avez découvert les plaisirs SM ?
Ma première expérience SM, avec toute la parafernalie de cet univers magique, date d’il y a quinze ans. C’était avec un homme qui aujourd’hui encore fait partie de mes plus fidèles esclaves personnels.

Vous avez découvert le SM à l’âge de 24 ans ?
J’ai toujours eu – depuis mon plus jeune âge – une inclination pour ces jeux érotiques. Pour moi, être dominatrice, c’est dans les gènes. Mais j’ai décidé d’en faire un mode de vie il y a cinq ans seulement.

Pourquoi est-ce devenu un mode de vie ?
Parce que ça me plait, parce que le monde de la domination est synonyme de monde tout court. Dans cet espace, je me sens enfin moi-même. C’est là que mon corps – comme mon esprit – prend le chemin de la liberté.

Quelle sorte de dominatrice êtes-vous ?
Mon cocktail personnel est à base de créativité, aromatisé à une douce perversité, pimenté d’agressivité érotique. En boire, c’est pénétrer dans une 4ème dimension où le plaisir et la souffrance se confondent comme la fin du jour se confond avec les premières heures de l’aube.

Quelles sont vos jeux préférés ?
J’aime provoquer des sensations, suivant des conditions qui sont toujours les mêmes : si le soumis désire faire ce que je lui dis. Je l’attends dans mon donjon, mais il faut qu’il réponde d’abord à une seule question : « Feras-tu ce que je t’ordonnerai de faire ? ». S’il répond OUI, alors nous jouerons.

Quels sont vos instruments préférés ?
Tout ce qui me tombe sous la main, tout ce que j’ai pu acheter chez Fetter’s : roue, croix, suspension, table d’étirement, Silla, etc, etc.

C’est quoi la domination, pour vous ?
Je vous l’ai dit avant et je le répète : dominer c’est être dans mon monde, aller à la rencontre de moi-même.

Qu’est-ce qui peut faire du mal à une dominatrice comme vous ?
Tout ce qui me fait du mal dans la vie en général : le manque de respect, la violence gratuite, les limites qui sont poussées trop loin.

Avez-vous un compagnon ?
Actuellement non, je dois avouer que je suis seule et que j’essaye de me ressourcer. Mais ma vie est belle comme cela, et je préserve quand même ma vie intime et mon temps.

Dans la relation de domination, est-ce que le langage est important ? Que dites-vous ?
C’est extrêmement important, oui. J’ajouterai même que la communication verbale est la plus importante. Mais tout ce que je peux dire pendant un jeu SM – les mots, les ordres ou les dialogues – appartient à ces moments uniques et ne peut se répéter.

Qu’attendez-vous de la vie ?
Pleins de nouvelles expériences constructives.

www.bdsm-studio.net

MAÎTRESSE FRANCOISE, LA MESSALINE DE LA BADINE

Texte rédigé par Agnès Giard | Interview | Mercredi 23 octobre 2002 10:49

C’est une des dominatrices les plus connues de France. Et pour cause : Maîtresse Françoise fait une apparition remarquée à la TV en 1989, dans une émission de Dechavanne. Des millions de Français la regardent. Après ce coup d’éclat médiatique, elle écrit en 1994 une autobiographie « Françoise Maîtresse » qui dévoile sans affèteries un mode de vie pas comme les autres. De son vrai nom Annick Foucault, la « Messaline de la badine », « l’impératrice du sling » ne ménage pas les conventions : elle dit tout cru ce qu’elle a sur le cœur – rébellion et amour mêlés. Il faut que ça sorte. Elle est « Institutrice sévère. Femme Mec pour MecNana. Geôlière. Travestisseuse. Ouvreuse, troueuse de vagins mâles. Confesseuse de l’inavoué et du péché qu’ils commettront, je suis celle qui leur permet de devenir des hommes. » Après son passage remarqué à la Nuit Démonia – entourée de toutes ses amies dominatrices du monde entier – Maîtresse Françoise a bien voulu répondre à nos questions.


Interview : Agnès Giard
Interview réalisée en octobre 2002.
Photos : Christophe Mourthé

Comment êtes-vous devenue dominatrice ?
À vingt ans et même avant, J’avais compris que ma sexualité s’épanouissait lorsque je me sentais complètement possédée par un homme, attachée, battue.  Cependant, le problème majeur fut de faire comprendre à ces chers petits que c’était un jeu. Et, qu’en aucun cas, je n’étais prête à devenir une serpillière dans la vie quotidienne. Comment suis-je passée de l’état de « dominée ludique » à l’état de dominatrice, je m’en explique dans mon livre.
Je sortais d’un douloureux divorce, j’étais écrasée par mes responsabilités.
J’avais rencontré un homme sur 3615 Aline, il se prétendait maître. Hélas, au premier geste, je lui ai arraché le fouet des mains et lui disant : « Mais qu’est-ce que tu es nul ! Je vais t’apprendre à fouetter ! Regarde-toi, tu es pathétique ! » Je le tutoyais. Le masque était tombé. Une seconde, il s’agenouilla, s’agrippa à mes escarpins : « Oui, maîtresse, je ne suis qu’une nulle !  Faites de moi votre salope ! ». Surprise !  Maîtresse, moi ? Moi, qui trouvais déjà si pénible de me battre dans ma vie !  Intriguée, je changeais de pseudonyme. Le lendemain je rencontrais un homme. Un de mes plus beaux souvenirs. Notre liaison a duré un long moment.  Elle s’est terminée par une très grande amitié. Ma vie de maîtresse devenait ma vraie vie.

Pourquoi êtes-vous devenue dominatrice ?
Lorsque je cherchais une relation avec un maître, je le rêvais fort, intelligent, cultivé, plus que moi, et donc qui m’élève intellectuellement.  Je cherchais le plaisir sensuel et un vrai Pygmalion.  Pas n’importe lequel, il me le fallait indestructible à mes yeux.  Or, tous s’évanouissaient comme des tigres de papier. J’en demandais certainement trop. En revanche, mon premier esclave possédait toutes les qualités que je cherchais chez un homme.
Depuis que je suis dominatrice, j’ai rencontré des hommes avec lesquels j’ai vécu de très belles histoires.  Jamais, auparavant, dans ma vie de femme, je n’avais côtoyé d’hommes aussi raffinés.  Ils m’ont permis de me réconcilier avec la vie. Je leur dois ma sérénité et plus encore.

Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire un livre ?
J’ai toujours eu envie d’écrire et de faire du théâtre ; une vie compliquée m’en a empêché.  Ce n’est que plus tard que j’ai retrouvé ma vie de « théâtreuse ». A une époque, il m’était très facile d’écrire sur des forums de minitel.  Ces petits textes retravaillés à l’infini furent mes brouillons.  Quand je vis une relation, je suis déjà dans l’écriture.
Passer des forums à la publication chez Gallimard, fut pour moi un travail monstrueux.  Un jour mon directeur de collection, m’a dit : « Tu écris du Genet ».  Je n’avais pas beaucoup lu Genet.   Je m’y suis donc plongée, j’ai aussi lu Genet à travers Sartre et j’ai compris que Genet parlait de la cruauté de la société, mais qu’il ne voulait surtout pas changer cette cruauté, car elle était un moteur à sa créativité.  Je m’y suis reconnue. L’écriture est d’ordre masochiste, et c’est dans la créativité menée par la douleur que je me suis également épanouie.
C’est dans les périodes de plus grand manque, que Picasso a créé ses plus belles œuvres : « La période bleue ». À l’époque, il crevait de faim et peignait sans lumière un pinceau dans une main, une bougie dans l’autre.
J’ai aussi voulu parlé des hommes masochistes sur un autre ton.  Dans « Les mémoires d’une fouetteuse », Fathy – sans doute guidée par de mauvais conseillers – décrit les hommes masochistes comme de pauvres types ivrognes, camés, cintrés. J’ai lu ce livre en partie et je l’ai refermé quand j’ai lu qu’elle avait besoin de « se purifier » en s’isolant de temps en temps dans son pays.  Il s’agissait donc d’un livre mené par l’ordre moral et Fathy en était l’innocente victime.
Mon livre est certainement plus subversif, car il remet, comme on dit, les pendules à l’heure.  Il démontre que chacun de nous peut vivre cette sexualité sans être un malade mental. Et, que nous pouvons mener, par ailleurs, une vie parfaitement équilibrée.
Après la première émission chez Dechavanne, J’ai été victime du sadisme de mon voisinage et j’ai écrit plus de cinq cents pages sur ce sadisme. Ces écrits ressemblaient à un essai. À chaque fois que je subissais une agression psychologique, je la vomissais sur mon écran.  Cela m’évitait de devenir violente.   J’ai évidemment résumé cela en très peu de lignes sur mon livre. Et, j’ai été délivrée. La méchanceté gratuite ne m’a plus jamais meurtrie.

Qu’est-ce que cela a changé dans votre vie ?
Tout, je suis devenue sereine, j’ai beaucoup lu, écritdans ce mode de vie, j’ai pansé mes plaies, les douleurs de ma vie.

Vous avez fait partie des premières dominatrices à passer à la TV… Pouvez-vous nous en parler ?
Je ne voulais pas y aller, je l’ai fait pour faire plaisir à des amis exhibs. Je ne regrette rien car avec ou sans moi, notre sexualité serait sorti du secret.
À l’époque j’avais une boutique de prêt à porter. Il m’arrivait d’emmener un partenaire de jeu, le soir à la boutique.  Il devenait la cliente et moi la vendeuse désespérée de ne pouvoir faire de lui une femme élégante. Il fut le seul bon souvenir de cette boutique, tout le reste ne fut qu’inquiétude et travail harassant.  À la suite de la première émission, j’ai très vite compris que je pouvais travailler avec beaucoup plus de passion et moins de risques financiers.  Notamment dans la télématique, l’audiotel et aujourd’hui sur Internet où ma zone membre fonctionne de mieux en mieux. Je suis donc devenue une sorte d’image de marque, et une marque qui marche. La télévision cherche désormais à nous piéger, nous ridiculiser.  Dans ces cas-là, je refuse ce média.

C’est quoi la domination, pour vous ?
Je crois qu’il faut commencer par regarder vivre l’être humain.  Regarder ses besoins, ses manies, le regarder enfant et le comparer à l’adulte.
Depuis les temps les plus reculés on constate que l’homme a toujours eu besoin d’idoles.  Où les trouve-t-il ? Dans les religions, les croyances, les vénérations aux dieux.  Ou, encore dans la vénération qu’il voue à une star, un sportif, vénération à un être humain.  Mais, dans les deux cas, le dieu est inabordable.
Certains idéalisent une femme ou un homme plus accessible. Ils ou elles le travestissent en un dieu.  Ils calment, ainsi, leur besoin avec la chimère, le tout est d’y croire le temps de combler leur frustration.  D’où le ridicule de la dominatrice ou du dominateur qui se prend trop au sérieux.
L’homme a besoin de cérémonies, de changer de peau, de devenir un autre. Car, force et faiblesse sont deux nourritures indispensables à l’être humain.
À l’ombre du donjon, l’homme vient cacher sa peur d’être reconnu en état de faiblesse, son homosexualité refoulée. Il vit, enfin cette homosexualité avec une femme devenue homme pour la circonstance.  L’homme masochiste double tout le monde, car il accuse hypocritement la Maîtresse de lui faire subir, ce qu’en fait, il ordonne implicitement.  Tout cela n’est qu’un jeu vécu de façon éphémère, mais sur le moment rien n’est plus sérieux.  La porte du donjon refermée, nous devenons des êtres chaosmiques».
Nietzsche dit que l’homme naît chameau devient lion et n’est accompli que lorsqu’il sait redevenir enfant.   Pour moi le SM, c’est le « devenir enfant » de l’homme. Et, finalement ce sont les jeux d’enfants qui sont sexualisés et adaptés à l’homme enfant.  On joue au docteur, on enfile les affaires de maman, chapeau, chaussures à talons-aiguilles, corset. Et le donjon devient un parc d’attractions pour enfant adulte.
La dominatrice vit cela comme « La reine d’un jour».  C’est aussi une échappée qui lui permet de fuir le monde de la terreur, des larmes et du sang. Les objets de punitions du pouvoir patriarcal sont castrés puisque le fouet, la canne anglaise, l’humiliation, si longtemps utilisés pour punir dans la vie, offre désormais du plaisir. C’est un pied de nez à notre civilisation.
Du reste, les médias ne s’y trompent pas. Désormais les jeux d’humiliation à la télévision font un tabac, voir « Le maillon faible », là l’homme va combler son besoin de faiblesse, mais il le fait en toute innocence.
Les exemples sont légions.  L’homme est prêt à tout pour ne pas se sentir coupable de ce besoin de faiblesse. L’homme a aussi besoin de transgresser les règles établies.  Le SM est une sorte de « Saturnale » moderne.  À l’époque, une fois par an on permettait à l’esclave d’être le maître. Et donc, au maître de devenir esclave.  On avait déjà compris ce besoin « humain » de retournement. Les fêtes païennes d’aujourd’hui en sont toujours la preuve : Carnaval, (qui ressemble fort aux fêtes fétichistes), Halloween. Ce qu’il y a d’amusant dans Halloween, c’est que l’on humanise la sorcière.  Et donc le diable, la dominatrice par la même occasion. En dédramatisant la présence de la sorcière ou du diable, on décrédibilise le Dieu le Père, car croire en Dieu c’est croire au diable. On prive la société du diable bouc émissaire de tous nos mots. À voir comment l’église se débat contre cette fête.   Mais c’est une trop longue histoire à expliquer.
Le SM est un jeu de masques, nombreux sont ceux qui aiment le vivre   » encagoulés  » ou maquillés.  Je crois qu’ils effacent ainsi le visage rendu coupable par la religion. Le fait qu’ils n’aillent pas à la messe ne change rien. Cette culpabilité est ancrée dans nos racines.
L’image du visage coupable, effacé, se retrouve dans l’art : Francis Bacon.
J’ai un partenaire qui depuis des années a le besoin est d’être complément englouti dans le cuir.  Je parle de lui sur mon site.  Il aime que sa queue soit recouverte de cuir.  Comme s’il portait un gode ceinture et de façon à ce que l’on se pose la question : est-ce une femme qui porte un gode ceinture ? ou est-ce un homme ?  En quête permanente de la botte parfaite qui le couvrirait jusqu’au corset, de façon à ce qu’aucune parcelle de sa peau ne soit visible.  Cacher l’image du corps mortel et coupable, pour le rendre éternel et à l’abri du corps cadavérique du christ en croix, et donc de toute culpabilité. En vous expliquant cela, j’essaie de sortir un peu des clichés traditionnels, scènes de dressage et autres.
Je sais que je fais hurler, mais pour moi la frontière entre SM et fétichisme est pratiquement imperceptible, mais beaucoup l’ignorent par manque de lectures et de réflexions. A noter que je n’aime pas les initiales SM.Pourquoi ne pas dire masochiste et masochisant(e) ? Bon,  à expliquer une autre fois.

Qu’est-ce que vous aimez dans le SM ?
Ce que je viens de dire plus haut, sortir du cliché traditionnel, j’aime le faste, la cérémonie,  les beaux accessoires.  Certains sont de véritables œuvres d’art. « Le masochisme prend sa source dans l’œuvre d’art », le fait que les hommes masochistes aiment à se contempler devant la glace n’a rien d’innocent, et même lorsque l’on travestit un homme de façon burlesque, cela peut encore être une œuvre d’art, un tableau.
J’aime le regard de celui que je domine, j’aime la fusion, nous sommes deux et il faut être tous deux en phase pour que le plaisir soit réciproque.

Qu’est-ce que vous détestez ?
Une partie de la nouvelle génération qui est là parce que   » ça le fait».
Le fétichisme et le SM servent à la publicité, les plus grands de la mode en usent et en abusent.  Ce qui amène, dans notre milieu, des faux-semblants. Ils offrent aux pratiquants une image de   » beaufs».
Ces suiveurs de charrettes jugent, ouvrent des tiroirs, créent de nouveaux interdits aussi ridicules qu’inutiles. Et, ils nous donnent des leçons, se méprisent les uns les autres, suivant leurs différentes sexualités plurielles.
C’est une véritable arrivée du racisme à l’intérieur de notre communauté. Ce qui me fait regretter le temps où nous étions cachés.

La relation de domination n’est jamais dégradante ?

Celle qui est dégradante, c’est la relation de domination morale, vécue insidieusement dans la vie de tous les jours, le harcèlement, la domination sadique,  certainement pas la domination orgiaque.

Que pensez-vous des personnes qui sont complètement hermétiques au comportement de domination ?
Dans le monde, plus un pays est puritain, intégriste, plus il commet des exactions, des crimes, des viols.
Il faudrait examiner de plus près ces gens qui sont hermétiques ou intolérants au regard de notre sexualité, je suis sûre que l’on trouverait certaines névroses qui les entraînent à mal se conduire dans la vie de tous les jours.
C’est aussi une sorte de guerre de religion.  Je m’explique, mêler comme nous le faisons la sexualité à des cérémonies, c’est mêler le sexe et le sacré.  Rien n’est plus païen et donc plus intolérable pour la société bien pensante.  C’est prôner encore plus haut le bonheur sexuel. Il y a un rapport à la Grande Déesse, aux religions antiques etdonc au paganisme.

Dans la relation de domination, est-ce que le langage est important ?
Le langage est essentiel, la sexualité cérébrale, c’est ce qui nous différencie avec les animaux.
L’homme masochiste est comme un enfant à qui on lit un conte pour lui faire vivre la scène.  En général une enfant pauvre rêve de vivre la vie de Cendrillon, de sortir de ses haillons pour devenir une princesse, dans le cas de l’enfant adulte c’est le contraire, l’homme se rêve en haillons, ou encore l’homme se rêve princesse pute, et il préfère la marâtre à Blanche neige.
Ils aiment changer de peau et il est indispensable de leur raconter ce qu’ils vivent pour qu’ils le vivent de façon plus intense encore.
Ils aiment se sentir prisonniers, dépendants, chiens, putains… D’autres préfèrent la douleur appliquée avec une technique sadique. Evidement sans faire entrer le vrai sadisme dans la relation.
Il y a toute une montée du langage indispensable à l’extase que l’on recherche.   Il m’est arrivé de voir des hommes éjaculer sans les avoir touché, juste en leur parlant.

Jusqu’où peut-on aller dans le langage ? Et dans les gestes ?

Attention, le langage est comme le geste. Un geste maladroit, un mot qui n’est pas à sa place et tout ce qui était sublime devient tout à coup d’une grande vulgarité.
Il ne faut pas se tromper. Et savoir prendre au vol les clefs invisibles que vous livre l’homme masochiste. Tout est autorisé du moment qu’il s’agit de relations entre adultes consentants, hors influence et sans risques pour le dominé.

« Françoise Maîtresse » de Annick Foucault, éd. La Musardine.
www.maîtresse-francoise.com

LADY MERCEDES, LA DOMINA MOBILE

Texte rédigé par Lorna Zone | Interview | Mercredi 19 juin 2002 14:29

Ex-infirmière en service de soins intensifs, dominatrice depuis 16 ans, Lady Mercedes, 38 ans a choisi son pseudonyme parce qu’il évoque le luxe et la puissance. Rien à voir avec une Espagnole donc ! Cette allemande brune partage avec Lady Marlon un des plus beaux donjons de Berlin, voire d’Europe : le studio Avalon, véritable décor de théâtre cruel, célèbre pour ses multiples possibilités de mises en scène. Pour Mercedes, justement, tout l’art de la domination consiste à changer de rôles au gré des désirs.

Interview : Lorna Zone
Interview réalisée en juin 2002

Pourquoi vous appelez-vous Mercedes ?
C’est le nom des plus belles et des plus coûteuses voitures ici, en Allemagne et j’espère être une des meilleures et des plus coûteuses dominatrices de ce pays. C’est aussi le véhicule des prêtresses modernes, et je me considère justement comme une personne très “mobile”, au sens spirituel.

Pourquoi êtes-vous devenue dominatrice ?
C’est la mode, l’aspect esthétique du SM qui m’attirait au début : jeune, j’adorais porter du cuir et du vinyle. Puis mon petit copain m’a poussée à aller plus loin et nous nous sommes retrouvés dans une relation de Maîtresse à esclave… Ensuite, j’ai changé de métier parce que je me suis aperçue qu’il était très agréable de contrôler les hommes. Je voulais aussi mesurer jusqu’à quel point je pouvais exercer mon pouvoir.

De quand datent vos fantasmes SM ?
De l’enfance. Petite, j’adorais faire régner ma loi, décider des règles. Mais je ne pensais pas que ce goût du pouvoir pouvait avoir des débouchés dans la vie sexuelle… Je ne l’ai découvert qu’au moment où j’ai découvert l’amour, adolescente.

Ça veut dire quoi “dominer” pour vous ?
Dominer, c’est astreindre la personne avec qui je suis à me faire honneur. Dans le respect mutuel bien sûr.

Quelle est votre conception du SM ?
C’est une expérience en dehors des normes, une expérience qui peut changer votre vie. On bascule tout à coup dans un univers régi par d’autres lois, par d’autres valeurs.

Qu’est-ce que vous aimez dans votre métier ?
Les secrets. J’aime travailler avec plein de personnes différentes, qui me transforment chacun selon leurs désirs. Je partage avec eux leurs fantasmes intimes, j’incarne la femme idéale de leurs rêves, sans cesse changeante, en perpétuelle métamorphose. Je suis très excitée d’avoir été choisie par eux pour servir de cacalyseur. Après chaque séance, je suis heureuse d’avoir été l’instrument d’une catharsis, grâce à mes pouvoirs et à ma personnalité.

Qu’est-ce que vous n’aimez pas ?
L’intolérance et les soumis qui n’arrivent pas à se laisser aller, à se confier…

A quoi ressemble votre vie quotidienne ?
C’est une vie très normale. Chaque jour je me lève tôt pour aller nager. Je mange d’une manière saine, végétarien. Je vois deux ou trois soumis par jour. Le reste du temps, je prends les appels, je réponds aux lettres et aux emails… Le soir, avec Lady Marlon, je sors parfois pour m’amuser à l’extérieur. J’ai aussi une vie privée, avec mon compagnon.

Il n’y a pas de conflit avec lui ?
J’ai toujours été très honnête avec lui, il n’y a donc jamais eu de problème. Il accepte tout à fait ma passion et il est fier de moi.

Pouvez-vous décrire votre donjon ?
Avalon est un jardin d’enfant pour adultes, plein de recoins différents. Il y a une “rubber room”, une salle médicale entièrement équipée, un salon pour les soubrettes et les travestis, une pièce réservée aux femmes soumises, une autre aux adeptes du bondage et deux donjons médiévaux. Nous aimerions que notre “studio” soit le plus beau d’Europe. Pour le faire connaitre, nous allons d’ailleurs y tourner des vidéos SM…

www.avalon-berlin.de

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ILSA STRIX, LA LOUVE DES SOUMIS SEXTREMES

Texte rédigé par Lorna Zone | Interview | Mardi 5 mars 2002 10:51

La blonde Ilsa Strix est une Maîtresse californienne aux origines germaniques. Elle a 30 ans et, en à peine 10 ans de domination professionnelle, elle s’est taillée aux USA une réputation de femme de fer : elle sait parfaitement utiliser les aiguilles, les crochets, les broches et les agrafes qu’elle plante par centaines dans la peau de ses soumis. Ses performances spectaculaires s’inscrivent en droite ligne du mouvement des « Modernes primitifs » lancé à San Francisco par les premiers gays hardcore militants… Ilsa est une perceuse de cœurs.

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Interview : Lorna Zone
Interview réalisée en mars 2002.

Le SM, ça a commencé comment pour vous ?
Par des fantasmes : depuis la puberté, l’inégalité entre les sexes m’excite. Mon premier boyfriend, je l’ai attaché et puni. Je vivais à San Francisco, où la communauté cuir est bien développée depuis les années 70. En grandissant, petit à petit, je suis entrée dedans et à 20 ans, j’en faisais partie comme pro.

Pourquoi êtes-vous devenue professionnelle ?
On dit que ceux qui aiment leur travail ne travaillent jamais vraiment. Pour moi, c’est naturel de faire ce que j’aime et de vivre de mes plaisirs.

Quelle est votre définition de la domination ?
C’est l’art d’utiliser le pouvoir et la confiance qu’un soumis remet entre vos mains, pour en faire une équation érotique. Dedans on trouve : du bondage (art de la restriction), de la discipline (de la punition light aux châtiments lourds comme la fessée), le fétichisme (l’art de sexualiser les objets et les vêtements), la transformation (exploration des genres), la sensation (brouiller les frontières entre souffrance et plaisir) et le fantasme (jeu de rôle).

Comment définiriez-vous le SM ?
Comme une pratique saine, consensuelle, créative, drôle, épanouissante, qui permet de se découvrir et de prendre confiance en soi. Grâce au SM, on peut jouer avec les aspects les plus obscurs de sa psyche.

Qu’est-ce qui vous plait dans votre métier ?
Explorer l’esprit des gens, créer de nouvelles dimensions, sentir ma puissance…

Qu’est-ce qui vous déplait ?
Le quotidien : e-mails, appels téléphoniques, interlocuteurs malhonnêtes, grossiers ou qui nient la sexualité au nom de théories politico-sociales foireuses.

Vous voyagez beaucoup ?
Oui, d’ailleurs là, je vous écris de Sydney en Australie ! La semaine dernière j’étais à New York. C’est un de mes privilèges : mon métier me fait découvrir le monde.

Quel est votre rythme de vie ?
Hors des voyages, je suis très régulière : tous les matins, lever à 7 heures, promenade avec mon chien, gymnastique, travail sur ordinateur. Mon secrétaire s’occupe de la plupart des appels mais je réponds parfois. La journée, je tourne des vidéos pour ma marque (bdsm-video.com), je fais aussi des photos pour le site (ilsastrix.com), j’écris mon journal et je tourmente mon écurie d’esclaves. Le soir, je vais diner avec un ami et en rentrant je lis un livre.

Vous vivez avec quelqu’un ? Votre métier ne pose pas de problème ?
Je vis avec mon rottweiler Dagmar. Il n’y voit aucun inconvénient.

Vous avez des soumis français ?

Oui, plusieurs viennent me voir de France. J’aime leur candeur, ils sont très franc du collier et pleins de grâce.

Quelle est votre originalité en tant que dominatrice ?
J’ai fait des séances assez spectaculaires et très intensives, comme la célèbre « Berkeley 5K » où j’ai enfoncé 5000 aiguilles dans le corps d’un soumis. Durant le « Hundred Hooks over Hollywood », j’ai fait passer un soumis à travers dix séries d’épreuves comportant chacune 100 coups : 100 crochets lui sont passés dans la peau, 100 broches médicales, 100 agrafes, il a reçu 100 marques de fouet, 100 charges électriques etc. Ce n’était pas pendant des séances de SM professionnelles, c’était juste des défis. Chaque défi m’a demandé des années d’entrainement : j’ai appris à manipuler les aiguilles, les crochets… Ca m’a donné l’idée de de fonder www.prodomination.com, le plus grand site d’information professionnelle pour les dominatrices, avec tout un chapitre consacré à la défense légale de notre métier.

Vous êtes très militante dans le milieu ?
J’essaye d’organiser un « front de résistance » ! Actuellement 140 Maîtresses sont investies dans le projet communautaire de prodomination.com et ont aidé à résoudre deux procès… Sur ce site, il y a 5000 photos exclusives prises dans tous les donjons des Etats-Unis, des histoires, des webcams, des interviews, des petites annonces etc. En plus, je fais des ateliers de sado-masochisme deux fois par mois pour montrer les techniques et les mesures de sécurité. J’enseigne aussi la sexualité, quatre fois par mois, à des étudiants de psychologie. Ces deux dernières années, deux de mes vidéos (Queen of pain et Fetish FAQ 1) ont été nominées aux « best fetish vidéos ».

Vous êtes branchée Internet ?
La Silicon Valley se trouve en Californie, alors c’est normal. Mon site est classé comme le site de dominatrice le plus populaire chez Yahoo ! Nous le mettons à jour 6 fois par semaine. Il contient 1000 photos, une centaine de clips, des douzaines de témoignages, mon journal intime, des clips audio, une webcam hebdomadaire et plus encore. J’essaye d’en faire le miroir de la vie incroyable que je mène, un miroir à la fois de la réalité et des fantasmes. On peut y voir ce qui se passe rééllement dans mon donjon.

A quoi ressemble votre donjon ?
J’ai un loft de 180 mètres carrés immaculé et orné des jouets les plus exquis que l’on puisse se procurer moyennant finance ! Comme il y a beaucoup de place, ça me permet de collectionner des grosses pièces de mobilier : une table de bondage qui peut supporter 3 tonnes, un système suspension avec un plafond à miroirs et deux treuils, un coffre d’isolation sensorielle fait sur mesure, et des trônes à bondage en cuir fabriqués spécialement pour moi. Sans compter les cages (une suspendue, une qui roule, une cellule en métal), les croix, les appareils de suspension, des chevaux d’arçon etc. J’aime m’acheter sans cesse de nouveaux équipements pour garder l’excitation intacte. J’adore tout ce qui sort des sentiers battus, les trucs tordus et bizarres. Ce serait rigolo un jour de faire l’inventaire de mes gadgets !

Quels sont vos projets ?
Après dix ans de domination, j’aime toujours être une « centrale électrique ». J’alimente les hommes en énergie ! Ca me fait plaisir quand certains me contactent : s’ils sont sincères et qu’ils veulent me faire plaisir, j’ai l’impression de retrouver mes qualités en eux…

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