JOURNAL D’UN MAÎTRE : RETOUR D’UN CLASSIQUE

Texte rédigé par - | Littérature,News,Reportage | Vendredi 30 avril 2010 11:32

Les éditions TABOU viennent de rééditer en format de poche un des récents classiques de la littérature SM, « Journal d’un Maître » de Patrick Lesage qui était épuisé dans sa version originale (parue chez Flammarion) depuis quelques mois.

Ce livre, paru en 2005 aux éditions Flammarion, vient de quitter le catalogue de cette honorable maison. Sa faute ? Ne plus être (mais l’a-t-il été ?) en harmonie avec l’esprit de la célèbre maison d’édition. Il n’empêche que, rapidement épuisé, cet ouvrage honni, inséré par « erreur » au catalogue par Emmanuel Pierrat, introduit par Pierre Bourgeade, fut incontestablement un succès. Preuve en est des multiples articles parus dans Libération (rubrique Portrait en pleine page de la 4 de couverture), Paris Match, Entrevue, Max, Men’s Health, pour ne citer que les plus connus, et même un passage télé à La Méthode de Cauet. Cerise sur le gâteau : les droits italiens ont été cédés à Mondadori et la version club au Livre du Mois (épuisé depuis). En bref, c’est un « classique » qui rejoint le catalogue Tabou pour le plus grand plaisir de chacun.

Alors, que contient cet ouvrage sulfureux ? Pas moins que la « vraie » vie de Patrick Le Sage car, pour la première fois, un maître se prête au jeu de la confession et dit tout : son initiation par une danseuse d’un grand cabaret parisien, le fonctionnement de son « donjon », qui accueille les fantasmes les plus étonnants. Artiste du sexe qui vit pour son plaisir, il raconte les soumises, leurs maris et amants, grands patrons, notables, gens de tous bords et de tous milieux. Il évoque les moments les plus forts de trente années de pratique comme cette soumise fêtant son anniversaire dans un bus avec autant de partenaires que de bougies, la soubrette, objet sexuel volontaire et corvéable à merci ou Marie obéissant à l’ordre de se rendre dans les lieux les plus en vue en toute petite tenue…

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Un témoignage aussi fort qu’Histoire d’O sauf qu’ici le récit est authentique.

L’action se déroule dans les soubassements d’un château du XIIè siècle, en plein cœur de Paris. Ce lieu incroyable et authentique sert d’officine à maître Patrick. Il y éduque des jeunes femmes de grands patrons et de notables. La réputation de maître Patrick tient à son raffinement. Lui-même fut éduqué par une danseuse du Crazy Horse : il avait pour condition de ne pas laisser de coups ou de marques visibles sur son corps. Depuis, il a hissé sa pratique au niveau d’un art. Patrick Le Sage raconte en détail les soumises livrées en pâture : femmes offertes, à leur demande, aux caprices d’hommes masqués, attachées, fouettées, marquées. Il explique aussi les ressorts psychologiques de ces pratiques « différentes », leurs paradoxes : qui domine, le dominateur ou la soumise? Un monde où l’esthétique la plus absolue rejoint les perversions les plus basses.

Paru dans Libération :
« Patrick Lesage, 59 ans, maître de cérémonies sadomasochistes. Il tient salon dans sa cave avec son fouet et ses fers rouges pour des pratiquantes bien sous tous rapports. Si le scénario est négocié, le dispositif est verrouillé. La femme vient du dehors, sonner à une porte grise dans une cour pavée du XIIe arrondissement de Paris. Parfois, elle tremble un peu. La peur, l’excitation, ou bien c’est juste qu’il fait froid. Il est tapi dans son antre, dans ces caves du Moyen Age qu’il a repeint de frais. La porte s’ouvre. Elle entre. Se dévêt. Noue un bandeau. On la fait descendre dans les entrailles où gîte le bourreau. Ils se vouvoient. Il donne du « Madame ». Elle répond d’un « Monsieur ». Ensuite, c’est le bonheur dans l’esclavage. Entre adultes libres et consentants, sans rapports d’argent et en toute prophylaxie. Mais avec un strict partage des tâches, où l’inversion des rôles n’est pas une seconde imaginable. Ça fouette, ça ligote, ça garrotte. Ça fait du mal, ça fait du bien. Il s’attache au plaisir de ses soumises, elles le confirment. Mais, il se refuse à tout acte sexuel « pendant les séances ». Cela tient de l’analyste interdit de divan, du mâle méprisant la « petite mort » masculine et du père châtiant bien pour se faire mieux aimer de sa fille éconduite. »

Prix : 9 euros.
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ROMAN CHOC CHEZ TABOU : SNUFF MOVIE

Texte rédigé par Pierre Salo | Littérature | Lundi 15 mars 2010 09:30

Le « Snuff movie », longtemps considéré comme une légende urbaine, il n’est ni une fiction, ni un reportage. Un meurtre, un viol, un passage à tabac devient prétexte à un tournage sommaire dans lequel la victime est vedette. Ce roman éponyme s’en inspire. Il n’est pas pire car rien ne peut- être pire que la souffrance en spectacle mais il n’est pas meilleur et à ce titre il assume pleinement sa qualité de photographie de l’enfer. Imprégné par la vibration d’un milieu subsocial en rupture de contrôles moraux, il est à ce titre aussi puissant dans le sordide que son thème directeur peut l’être. Mais cette différence que l’horreur est dépeinte ici davantage par la suggestion de sa vibration que par sa peinture à grands traits.

Des « Snuffs », Audrey connaît. Son métier – elle est dans la police – l’a familiarisée aux méfaits de la bête lorsqu’elle se déguise en être humain et il n’est pas de jour où elle ne la rencontre sur les lieux de crime. Or, la recherche du père parti depuis vingt ans va la mener au-delà de l’horreur, ou plutôt à l’intérieur de l’horreur par la fréquentation forcée des rouages, des petites mains. Elle découvrira que ce père enfin retrouvé est producteur de snuff movies après une traque où sa personnalité bousculée révélera une nouvelle lecture de ses pulsions sexuelles.

Dès lors, prise entre le rejet et l’espoir, elle ira jusqu’au déni d’elle.  Elle acceptera l’inimaginable…

SNUFF MOVIE de Jean-Michel JARVIS.
Paru aux éditions TABOU. Collection Vertiges. Format de poche. Prix : 9 €
Pour acheter ce livre cliquez ici.

AMOUR ET PLAISIR AU JAPON

Texte rédigé par Pierre Salo | Art fétichiste | Mercredi 18 février 2009 13:56

En voilà un beau cadeau… et la réponse à plein de questions :
Pourquoi les geisha se maquillent le lobe des oreilles en blanc ?
Pourquoi les Japonais aiment-ils tellement faire des noeuds et attacher les femmes ?
Pourquoi on ne dit pas « Je t’aime » au Japon ?
Pourquoi on dit Okama (« honorable fond de marmite ») pour désigner les homosexuels ?
Pourquoi les hommes, pour flatter une femme, la comparent à un poulpe ?
Quelle est la position sexuelle considérée comme la plus normale sur un futon ?

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Ce Dictionnaire de l’amour et du plaisir au Japon est organisé de façon vivante autour de 6 thèmes – le corps, la beauté, l’amour, la sexualité, etc – et d’entrées multiples (désir, tabou, rossignol, orgasme, positions sexuelles, silence, oeil, kimono, tatouage, anormal, voyeurisme…).

Comme dans un jeu de piste, Agnès Giard s’amuse parfois à nous faire passer d’un mot à l’autre : pour savoir la suite d’une histoire, il faut donc aller d’ »infidélité » à « bras » en passant par « Glycine » et parcourir ainsi les étonnantes circonvolutions de cette culture japonaise, si riche en spécialités érotiques et en pensées amoureuses.

Il est étonnant d’en apprendre autant sur soi, et sur notre propre société, dans un livre consacré à une culture si étrangère. C’est le talent d’Agnès Giard : sa passion communicative nous fait mesurer le fossé qui nous sépare de nous-mêmes. Au Japon, où tous les humains ont le devoir de devenir l’égal des dieux, la sexualité fait partie des actes sacrés. Le plaisir, sous toutes ses formes, est assimilé à un rite magique : il s’agit d’exorciser la mort. Quant aux fantasmes – véritables prismes – ils sont considérés comme autant de moyens de nous réaliser : en changeant d’identité, en jouant avec les facettes multiples et changeante de notre personnalité, nous pouvons momentanément redevenir libres, heureux, accomplis.

Bourré de références historiques et mythologies, ce livre de 336 pages comporte de nombreux glossaires (un index de 400 mots japonais achève d’ailleurs l’ouvrage) et surtout une incroyable palette d’oeuvres d’art inédites. 30 artistes japonais contemporains sont présentés dans ce Dictionnaire, qui tient autant du Livre d’art que de l’Encyclopédie érotique.
Paru chez Drugstore (Glénat). En vente dans toutes les bonnes librairies (Fnac, La Musardine, Boutique Dèmonia, Virgin Megastore…).